Au-delà des difficultés réelles pour mener à bien conciliation travail / enfants en terme d’horaires et d’agenda, il y a une autre difficulté dont on parle moins mais qui me semble toute aussi importante. Il s’agit de très grandes différences de temporalités entre la vie professionnelle et la vie familiale. Je m’explique :
- la vie professionnelle réclame de l’efficacité, de la rapidité, de la réactivité, de la mobilité, de l’agileté, de la productivité en un mot. On est dans l’immédiateté, l’impatience, la vitesse d’exécution. Il s’agit de réduire au maximum les temps morts, de ne pas perdre de temps.
- la vie familiale réclame quant à elle une certaine lenteur et une certaine stabilité, voire de la routine. Les enfants n’aiment pas particulièrement être bousculés. Il ne s’agit pas ici de productivité ou de rentabilité à court terme, de mobilité incessante mais plutôt d’un projet au long cours, sur la durée, avec des répétitions, des repères, des habitudes, des actes gratuits. Il faut prendre le temps d’expliquer, d’apprendre, de faire découvrir. Il faut accepter de perdre du temps parfois, de ne pas vouloir à tout prix remplir toutes les cases temporelles ou chercher à les ”rentabiliser”…
Passer de l’une à l’autre, de cette temporalité basée essentiellement sur la vitesse et le court terme à une temporalité basée davantage sur la lenteur, la durée et la patience demande beaucoup d’énergie, d’efforts et d’adaptation.
On ne peut pas gérer sa vie familiale comme sa vie professionnelle avec le même tempo. ll faut savoir ralentir, changer de rythme… Car si on exige autant de rapidité, de réactivité, on risque fort de se planter !
Et lorsque l’on court de l’un (vie professionnelle) à l’autre (vie familiale), les bugs peuvent être fréquents…d’où des sentiments possibles de frustration, d’impatience, voire de culpabilité.
Un peu comme si la vie professionnelle, c’était monter dans un TGV (il s’agit d’aller viter, d’atteindre l’objectif le plus rapidement possible) alors que la vie familiale ressemble davantage à un voyage en TER, avec des arrêts fréquents, des pannes, des pauses, du temps pour flâner, pour observer, voire pour s’ennuyer… Bref, pas facile de concilier ces temporalités parfois si différentes, de ne pas imposer dans la vie familiale les exigences de la vie professionnelle, d’accepter que les retours sur investissement avec les enfants sont rarement immédiats et difficilement mesurables, qu’une certaine routine et lenteur (deux éléments peu valorisés dans la sphère professionnelle) peuvent être bénéfiques dans la sphère familiale.
Qu’en pensez-vous de tout cela ?
posté le 02/12/2009 | 324 vues | 3 commentaires
@ Teo : tout d’abord merci pour ce commentaire ! je vais essayer de te répondre :-)
en fait, dans mon article, mes réflexions d’adressent autant aux pères qu’aux mères (à tous les parents en fait). D’ailleurs, sur mon blog, plusieurs pères de famille ont réagi, se sentant concernés directement par ces différences de temporalités.
Le sujet de ce billet n’était pas du tout de dire que la vie familiale était exclusivement du ressort des femmes (nulle part, je dis que cela ne concerne qu’elles) ! mais de dire qu’il était parfois difficile de passer du tempo de la vie professionnelle à celui de la vie familiale. Car ils sont parfois très différents.
L’un des commentateurs utilisait à juste titre, me semble-t-il, l’expression d’ajustement mental.
De même, je n’aborde pas la vie sentimentale dans ce billet, pas parce qu’elle n’est pas importante (au contraire, elle est fondamentale !!!) car là , je voulais vraiment mettre l’accent sur les différences entre les vies professionnelles de plus en plus menées tambour battant et la vie familiale qui doit davantage se construire dans la durée, où il faut savoir ne pas oublier l’importance de la lenteur, de la répétition, des habitudes (toutes ces choses qui dans la vie professionnelle ne sont pas forcément valorisées).
Je suis tout à fait d’accord que le temps des enfants ne dure qu’un temps (enfin 20 ans quand même, voire plus !) tandis que la vie sentimentale commence généralement avant et se poursuit bien après ces 20 ans. Ne pas en avoir parlé ne veut pas dire que je l’occulte mais là , je voulais mettre l’accent sur les difficultés que pouvaient rencontrer les adultes (hommes et femmes confondus) “jongler” entre des temporalités bien distinctes.
Je ne sais pas si j’ai été claire, je l’espère :-))
@Parenthèse : Je reconnais que de mon côté, je suis irrité lorsque j’entends des femmes parler uniquement des enfants, comme si le mari n’existait pas ou n’importait plus. A présent, je resitue le message. Il est clair et vaut tant pour l’homme que la femme. Merci de cette précision qe tu as donnée. Bonne journée. Et bon week-end.
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100% d’accord.
Ce qui me frappe : pour la vie familiale il est uniquement question des enfants. Et l’homme dans tout ça ? Il a apporté a petite graine, donc il ne sert plus à rien ?
La vie sentimentale, je n’en trouve nulle trace! Trop souvent, on néglige cet aspect-là .
Parlons chiffres : on vit environ 80 ans, dont un quart chez ses parents et le reste (quand même trois quarts !) ailleurs et - si on a du bol - avec le/ka partenaire de sa vie. Dans cette deuxième tranche (60 ans), on vit 20 à 25 ans avec les enfants, dont grosso modo 1/3 de la journée au boulot, 1/3 en famille avec les enfants et 1/3 au pieu avec le/la partenaire. Ensuite, selon le cas, de 30 à 40 années seule avec le/la partenaire. Et pourtant, trop souvent, les femmes ne font que parler des enfants, l’homme est passé sous silence, il est trasparent ou alors n’existe plus dans leur esprit.
Le couple d’abord ; ensuite les enfants. Les enfants seront heureux s’ils voient leurs parents nager dans le bonheur. Par contre, si les parents ne s’entendent pas ou si les conjoints se négligent mutuellement, la mère aura beau faire tout son possible, les enfants ne seront pas vraiment heureux. Et leur futur couple risque d’en pâtir.
Pour ce qui concerne la vie familiale, rien n’empêche l’homme de prendre sa part des tâches : aider à faire les commissions, à nettoyer la maison, à lui-même faire la vaisselle (après tout, la femme a préparé le dîner), repasser, trier le linge et le mettre dans le lave-linge, repasser les vêtements, outre des tâches plus lourdes telles que tapisser, peindre, etc. En ces temps où la femme a une vie professionnelle, il me semble normal que l’homme prenne sa art des tâches ménagères.
Ne me comprends pas mal : je ne dis pas non plus qu’une femme au foyer se tourne les pouces. Au contraire ! J’ai vécu de nombreuses années célibataire et suis conscient que rester à la maison ne signifie nullrement se prélasser.
Peut-être ai-je mal compris le sens de ton article et mon commentaire est-il totalement à côté de la plaque. C’est une probabilité que je n’exclus pas. Dans ce cas, tant pis pour moi!