Lena marchait depuis des jours Ă sa recherche. Elle avait relevĂ© le menton et sentait pour la première fois le vent s’engouffrer sur sa gorge.
Elle se rappelait de ce garçon si beau. Elle n’en avait jamais vu de tel durant ses pĂ©rĂ©grinations. Ces souvenirs assombrirent ses yeux.
La nuit tombĂ©e rĂ©veilla ses sens. Instinctive, elle regarda le bout de ses boots usĂ©s. Un camel un peu rapĂ©. Par quoi? Par la vie…S’enveloppant un peu plus dans sa veste en laine, elle replace son Ă©charpe blanche trop longue et moelleuse.
Elle baisse les paupières et inspire jusqu’Ă ce qu’un violent coup de pied dans les reins la projette au sol. Le choc est si brutal qu’elle a juste le temps de mettre ses paumes pour amortir sa chute. L’intĂ©rieur des mains lui brĂ»le, un sifflement s’empare de sa tĂŞte.
Elle ouvre les yeux et sent de grosses mains caleuses retourner son corps puis son visage. Eblouie par un réverbère, elle ne voit pas arriver le coup sur ses lèvres.
Le sifflement se fait plus aigu. Un goĂ»t de rouille se rĂ©pand dans sa bouche. L’homme la maintient au sol d’un genou sur son abdomen. Elle lèche l’intĂ©rieur de sa joue droite, les yeux mis clos, et sent sa force reprendre le dessus.
Tu m’as prise par surprise pourriture…
” Non, s’il vous plait, ne tapez plus….” Lena entend le ricanement gras de son agresseur. Le genou ne comprime plus son corps, elle attrape les couilles du mec Ă travers son jean un peu lache et les tord jusqu’Ă ce qu’il hurle de douleur. Ce cri rauque, le sang dans sa bouche, le sifflement dans ses oreilles, tout se conjugue et elle laisse Ă©clater un rire cristallin, sortant ses petites dents blanches. Cet instant lui semble durer une Ă©ternitĂ©…En rĂ©alitĂ© trop court pour profiter pleinement de ce moment de grâce.
Je suis Lena. Je suis Lena. Je suis Lena….
Elle se relève, et court, court, court en riant…La folie n’est pas loin lorsque le salĂ© vient se mĂŞler au rouillĂ©. La gueule en sang, elle s’engouffre dans une ruelle et repose son visage contre la pierre humide d’un mur pour pleurer. Tout a Ă©tĂ© tellement vite!
Son souffle court fait de la fumĂ©e se dit-elle en un sourire qui se transforme bien vite en grimace. Le hoquet des pleurs se calme quand elle entend des pas sur les pavĂ©s. Prise de panique, elle se remet Ă courir, si vite qu’elle ne sent plus ses jambes, elle est transportĂ©e, elle souffle, elle n’a plus le temps d’attraper de l’air quand deux bras l’encerclent et la bloquent sans lui laisser une chance.
N’attendant aucun coup pour riposter, elle balance ses pieds, ses jambes, ses avant-bras libres sur son agresseur qui lui glisse Ă l’oreille ” C’est moi. ArrĂŞte, tu vas te faire mal” dans un soupir qui ressemble Ă un sourire.
Il la laisse tomber sans toutefois la relacher. C’est lui. C’est lui, il est lĂ . Il est revenu. Il n’a pas menti. Elle ferme les yeux et le laisse la bercer contre lui.
Lena sent la chaleur s’emparer de son corps meurtri par les coups et la peur. Elle ferme les yeux. Le coeur saute dans sa poitrine lorsqu’il respire dans son cou, Ă travers ses cheveux. Des dĂ©charges Ă©lectriques parcourent son corps, les mains de Lena s’agrippent aux bras de l’inconnu si connu. Elle le ressent dans son âme.
 Quelques heures plus tard:
Lena se rĂ©veille dans des draps propres. Elle s’Ă©tire dans le coton avant d’ouvrir un oeil. OĂą est-elle? Elle porte un tee shirt qui n’est pas le sien. Elle plonge sa tĂŞte dans l’encolure du vĂŞtement et y renifle l’odeur qui s’en dĂ©gage. C’est Son odeur…
Sa bouche est nettoyĂ©e. Elle ne se souvient pas. La plaie est pourtant lĂ , attestant de son agression. Qui Ă©tait ce type? Pourquoi avait-il voulu la tabasser? Elle se retourne et pousse un petit cri de douleur…Son dos doit ĂŞtre bleu. La rĂ©alitĂ©.
J’ai peur…
“N’ais pas peur.” Il avait dit ça avec un tel calme…Sa voix grave caressa Lena. Il s’est approchĂ© du lit, s’asseyant sur le bord, il caressa le front de Lena si doucement qu’elle aurait pu penser que c’Ă©tait irrĂ©el…Son visage Ă©tait encore plus doux que dans ses souvenirs. Elle observait le brun de ses yeux si purs, les trois grains de beautĂ© Ă la naissance de sa cloison nasale. Elle se retint de les toucher. Sa beautĂ© la pĂ©trifiait.
Le contact de sa peau provoqua un tremblement qu’il apaisa en posant sa paume sur la tĂŞte de la jeune fille.
” Tu as su rĂ©agir hier. J’ai eu mal pour lui.” Elle resta interdite et recula Ă l’autre bord du lit.
” N’ais pas peur…je ne voulais pas te faire peur…je suis arrivĂ© Ă la fin. Tu cours vite, dit-il en souriant lentement.
” Pourquoi, il m’a fait ça? Pourquoi? et toi tu es qui? Qu’est ce que tu me veux? je ne comprends plus”. Il traversa l’espace qui le sĂ©parait d’elle. Il Ă©tait troublĂ© par les yeux gris embuĂ©s. Il fallait qu’il rĂ©ponde pour la calmer.
” Je suis lĂ pour toi, tu le sais. Je suis RaphaĂ«l…Ne t’en fais pas”.
Sur ces mots, Lena fut emportĂ©e par la lassitude. Elle devait dormir. Cela faisait trois jours qu’elle n’avait pas dormi. Elle s’abandonna sur l’oreiller tandis que RaphaĂ«l, l’air inquiet, s’allongea Ă cĂ´tĂ© d’elle en lui tenant la main. Il faut que ça marche…RaphaĂ«l…Elle rĂ©pĂ©ta son nom dans son sommeil.
image: http://www.zepoze.com/art-vivant/dessiner-manga-dessin-manga-peintures-dessins?pid=574
posté le 28/11/2009 | 2902 vues | 2 commentaires | tags: fiction charme | 2 ont aimé
@Mely. Instinctive, elle regarda le bout de ses boots usés. Un camel un peu rapé. Par quoi? Par la vie…
“These boots are made for walking, and that’s just what they’ll do
one of these days these boots are gonna walk all over you.”
Lena 10 ; agresseur 0
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