EgarĂ©e sous une pluie mĂ©tallique, il voit, extatique, une diaphane abandonnĂ©e sur le bord d’un trottoir. “C’est Elle” souffle t’il.
“Que fais tu lĂ ?” lui demande t’il doucement sans s’abaisser Ă son niveau.
“J’attends, j’attends depuis des jours je crois qu’on m’a perdue.”
Les cils de la belle dégoulinent de noir, le coin de la bouche écorché, elle ne se souvient de rien.
“Ils m’avaient dit qu’ils reviendraient toujours mais ils ont menti non?”
“Je crois” rĂ©pondit-il un peu mal Ă l’aise. Il regardait le bout de ses chaussures avant de reposer les yeux sur elle.
“Comment tu t’appelles?”
“Je ne sais plus trop, ça dĂ©pend des fois, ça dĂ©pend d’eux.” Et elle se mit Ă pleurer. Il sut qu’elle avait compris que ça ne servait Ă rien de rester lĂ Ă attendre.
“Alors choisis ton nom, je veux prononcer ton choix”.
La diaphane ouvrit ses yeux pour la première fois vers lui. Ils étaient gris. Sa bouche en coeur piquait la goutte de pluie dans un seul souffle.
“Je ne sais pas.”
“Tu dois savoir, il le faut. Si tu ne veux pas rester lĂ il faut choisir.”
La belle trempĂ©e pris un air effrayĂ© mais l’instinct de survie est le plus fort se dit-il un sourire de loup accrochĂ© Ă son doux visage dessinĂ© dans les nuĂ©es de l’amour.
” Je suis LĂ©na alors”.
” Bien LĂ©na, c’est joli.” Les yeux gris prirent un Ă©clat mordorĂ© dans un rayon de lune.
Pour la première fois depuis l’Ă©clipse dernière, elle se leva. Elle le regardait pleine d’espoir. Visiblement, elle n’avait pas tout compris.
” LĂ©na, je ne peux pas choisir pour toi. Tant que tu ne sais pas, je ne peux pas te prendre avec moi.”
“Mais tu as dit que je devais choisir un nom et ensuite…”
“Ensuite rien du tout. Tu as pris TON nom, insistant bien sur les mots, tu n’as qu’Ă continuer.”
Les lèvres de LĂ©na tremblaient, sa poitrine se souleva dans un hoquet. Il mit ses bras autour d’elle et lui dit:
“Continues LĂ©na, je suis lĂ , je vais te retrouver bientĂ´t. C’est jurĂ©. Mais d’abord tu dois ĂŞtre LĂ©na…”
Elle ne pouvait que croire ses yeux. Il ne cillait pas. Elle se sentit traversée par une onde de force et comme si elle avait compris quelque chose, elle se détacha de ses bras et dit:
“Tu seras lĂ . Je reviendrai quand je serais LĂ©na…Je dois ĂŞtre LĂ©na.”
Elle caressa la joue glacĂ©e du jeune homme, plongea ses yeux gris dans l’iris brun et passa son chemin.
Il la regardait partir sur ses longues jambes, un sourire un peu Ă©nigmatique sur les lèvres, un peu fier de lui, et il pensa: “mais tu n’auras pas besoin de revenir ma belle…je serai lĂ au moment venu, je te retrouverai…”
Il mit sa capuche, tourna le dos Ă la belle qui partait, alluma une clope et marcha dans l’ombre, son visage lisse parsemĂ© de grains de beautĂ© attira les louves en fourrure mais il savait que la plus forte se reconstruisait en ce moment prĂ©cis. Il retroussa ses babines exquises les faisant ronronner de sĂ©duction avant de retrouver le mystère de sa vie. LĂ©na.
posté le 18/11/2009 | 481 vues | 3 commentaires | tags: fiction | 2 ont aimé
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