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De l’évolution musicale bénéfique

Ranger un artiste ou un groupe dans une case, parfois, cela peut finir par être lassant. En effet, lorsqu’on est habitué à entendre les disques d’un artiste, on a parfois l’impression d’entendre le même album à chaque fois. Je prends l’exemple de U2. Ils sont là depuis 1976, mais ça fait depuis le début des années 1990 qu’on a l’impression qu’ils n’enregistrent rien de nouveau. Après tout, ils ont trouvé la clé du succès, alors pourquoi se priver ?

De l’évolution musicale bénéfiqueCar la tentation est grande d’utiliser les mêmes recettes qui ont fait le succès. C’est d’ailleurs le principal problème de la catégorisation musicale, qui, au final, n’inspire pas les artistes à l’ouverture vers d’autres styles. Les mecs qui sont connus pour faire du jazz, par exemple, surprendront en glissant vers la pop. Cela peut avoir d’heureuses conséquences, comme pour Peter Cincotti, Michael Bublé ou Jamie Cullum, comme cela peut faire fuir le public amateur de jazz et dégoûter les amateurs de pop.

Malgré tout, certains artistes arrivent à évoluer dans leur carrière musicale avec succès. En effet, leur évolution tient au fait qu’ils ont un style très mainstream qu’ils se contentent le plus souvent de réactualiser. Certes, on a l’impression au final qu’ils ne changent pas, mais il n’est pas courant d’avoir un style courant et de faire des carrières de plus de trente ans.

Et puis il y en a d’autres qui changent radicalement de style. Dans ce cas, il y a deux cas de figure : soit on se retrouve avec des artistes qui semblent toucher un public plus important avec leur changement de style, soit on se retrouve avec des artistes qui tombent dans la quasi-confidentialité, bien que ce style musical leur corresponde mieux.

Décortiquons maintenant ces diverses tendances d’évolution musicale :

Les évolutions de carrière

- Marvin Gaye. Oh que si, il a évolué, comme tous les artistes soul qui ont su commencer dans les années 1960 et qui ont pris la vibe des années 1970. Ne serait-ce que dans ses thématiques abordées (il parle moins d’amour à la papa pour évoluer vers une conscience politique et des paroles osées…). On peut remarquer aussi qu’à l’instar de Marvin Gaye, beaucoup d’évolutions dans la carrière musicale sont liées à des évolutions de vie. Ici, son divorce, sa prise de position dans le mouvement des droits civiques, la mort de sa collègue et amie Tammi Terrell ont représenté des moments clés pour sa carrière…

- Madonna. C’est d’ailleurs ce qui a fait sa carrière : savoir prendre le pouls de la tendance musicale pour surfer dessus. J’avais déjà longuement exposé cette problématique dans un précédent papier. Dans le même temps, Michael Jackson s’était lancé dans cette brèche de suivre l’évolution musicale du son dancefloor. On aime ou on n’aime pas, mais il faut avouer qu’ils ne se sont jamais plantés sur la marche à suivre…

Les ruptures bénéfiques

- Nelly Furtado. Alors que sa musique pop sucrée assez gnan-gnan commençait à devenir de plus en plus confidentielle, car confinée aux pays de langue latine, la Canadienne d’origine portugaise a rencontré Timbaland, qui lui a pondu un pur album de R’n'B. Résultat : The Loose et une coloration en blonde ont considérablement relancé sa carrière sur le plan international.

- Coldplay. Là, le contexte est tout autre. Le groupe avait déjà un succès notable depuis leur premier album Parachutes, dans le registre brit-pop mélancolique à la Radiohead. On sentait déjà les prémices d’une rupture avec X&Y, mais c’est l’inévitable Viva la vida (pour moi, l’album de la décennie 2000) qui marque une véritable rupture de style. En effet, Brian Eno, à la réalisation, a donné du dynamisme aux compositions de Chris Martin, et à mon sens, c’est ce qui manquait à Coldplay pour devenir le meilleur groupe de sa génération.

- Feist. L’ex-punk canadienne, suite à une extinction de voix, a bien été forcée de se mettre à un style un peu plus calme. Sa reconversion dans le folk est à mon sens extrêmement réussie.

- Eric Clapton. Enfin, l’ancien guitar hero à la Fender magique dans les années 1970-80 a attendu d’enregistrer son MTV Unplugged en 1991 pour entériner sa reconversion dans le blues. Depuis, il rend régulièrement hommage à BB King avec toujours autant de succès.

- Les reconversions bénéfiques, mais confidentielles. Beaucoup de leaders d’anciens groupes cultes (George Harrison dans son temps, mais aussi Mark Knopfler, Roger Hodgson, voire Robert Plant – oui oui !) sont repris par une nouvelle scène folk et world. Certes, ils vendent beaucoup moins d’albums qu’avec leurs groupes respectifs, mais leur reconversion donne parfois des petits bijoux sur le plan qualitatif. C’est dommage de les oublier pour autant.

Faire carrière dans la musique nécessite donc bon nombre de compromis, et se borner à un style musical peut parfois condamner sa carrière. Comme quoi, comme dans toute chose, l’évolution a du bon.

(cc) ici et ailleurs

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