J’aime avoir un train de retard. Ce train de retard que j’appelle communĂ©ment “avoir du recul.” Ainsi, alors que j’apprends hier dans le Monde que Marie N’Diaye obtient le prix Goncourt pour Trois femmes puissantes et FrĂ©dĂ©ric Beigbeder le prix Renaudot pour son Roman français, me vient l’idĂ©e de faire un petit tour dans un de mes magasins prĂ©fĂ©rĂ©s, j’ai nommĂ© Gibert Jeune. La caverne d’Ali Baba des bouquins, comme une Ă©norme boutique de fripes littĂ©raires
.
En me baladant dans les rayonnages, mon regard s’arrĂŞte sur le roman de Boris Bergmann, Viens lĂ que je te tue ma belle. Boris Bergmann, c’est ce jeune homme de dix-sept ans aujourd’hui qui s’est vu attribuer le prix de Flore des lycĂ©ens en 2007. Celui pour lequel je me suis demandĂ© ce qui Ă©tait encore passĂ© par la tĂŞte de FrĂ©dĂ©ric Beigbeder. Force m’ait Ă©tĂ© de constater que ça n’avait pas franchement l’air d’une hĂ©rĂ©sie, tout compte fait.
 Dans son roman, sous forme de “journal imaginaire”, Boris nous compte l’histoire de la mĂ©tamorphose d’Isidore Ballin, du prĂ©-ado timorĂ© qu’il Ă©tait au bĂ©bĂ© rockeur branchouille qu’il va devenir. Son rapport Ă l’amour, Ă la vie, aux gens, change du tout au tout.
Après lecture de cet ouvrage d’une centaine de pages, dont je ne dĂ©peindrai pas rĂ©ellement les dĂ©fauts tant ils sont foncièrement superflus, je rĂ©alise, avec satisfaction, que l’adolescence est bel et bien derrière moi. Cette volontĂ© de tout Ă©craser sur son passage, d’agir en bande, de se faire le plus de nanas possible, de vouloir souffrir, de vivre Ă deux cents Ă l’heure, n’est-ce pas l’impatience de la jeunesse qui entraĂ®nait chez nous ce comportement ? Cette manière que nous avons tous eu de bafouer avec culot l’autoritĂ© parentale, et pas seulement, n’Ă©tait-elle pas nourrie par l’impression (en tous points fausse) que la vie Ă©tait devant nous ?
Ayant frĂ©quentĂ©, Ă l’Ă©tĂ© dernier, une bande de lycĂ©ens fraĂ®chement bacheliers, Ă©tant moi-mĂŞme en 3e annĂ©e de fac, la rupture n’en fut que plus Ă©vidente. Dans l’ensemble, ils n’avaient qu’un an de moins que moi, et pourtant je les considĂ©rais comme des gamins. Alcool, drogue, filles : voilĂ Ă quoi se rĂ©sumait leur vision de la vie, et davantage encore des vacances.
Ainsi donc j’ai compris, et j’ai souri, Ă la lecture du roman de Boris Bergmann, plutĂ´t que de crier Ă une caricature honteuse de la jeunesse dorĂ©e. Ce qu’il raconte est d’une vĂ©ritĂ© implacable, parfois triste, de ce Ă quoi aspire la nouvelle gĂ©nĂ©ration :
“Je hais les trentenaires. Ils sont dĂ©jĂ vieux, mais ils se croient jeunes. Je hais les trentenaires, leurs baskets, leurs jeans, leur barbe de trois jours… Quelle horreur. L’un d’entre eux s’approche des filles : “C’est donc vous, la rĂ©volution rock !” Ah oui, les trentenaires et leur ironie, c’est ça le pire. Je rĂ©ponds du tac au tac, comme Ă mon habitude : “Non, on est simplement la rĂ©volution bourgeoise.”
De lĂ Ă voir en Boris le nouveau Beigbeder, je dirai qu’il a tout le temps de voir venir. Une chose est sure, il est bel et bien un acteur de cette nouvelle gĂ©nĂ©ration dont on attend le meilleur comme le pire.
posté le 04/11/2009 | 260 vues | 2 commentaires
Tu ne crois pas si bien dire ma ptite mely! :)
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La jeunesse ado passe vite mais au vu de certains de mes agissements ces derniers temps, je crois que je le reste fonciérement.
Rose h, on a trop de choses en commun!