musique

I want Miles

Vendredi, après un énième pétage de plomb professionnel, ma responsable eut l’intelligence de me dire : Giovanna, rentrez chez vous et essayez d’oublier tout ça.

I want MilesJ’en a profité pour me vider le crâne de tout ce qu’il m’arrive dans mon travail depuis trois mois. Certes, j’attends impatiemment de reprendre des vacances (car une semaine en septembre, ça fait quand même un peu léger), mais ce n’est pas une raison pour me laisser emporter de la sorte. Je n’ai pas à me plaindre, déjà, j’ai un poste. Mais tout de même, je dois avouer que c’est compliqué en ce moment.

Seule solution à mon malaise professionnel : la musique. Voir un concert ? Tiny ne peut pas m’accompagner. Mettre mes compositions sur papier ? Pfff, pas l’énergie. M’acheter un disque ? Avec la rage que j’ai, je pourrai acheter la FNAC Montparnasse en entier, mais je n’ai pas le compte en banque en conséquence. M’isoler avec mon iPod ? Ça ne marche même plus dans le métro. Voir une expo ? Tiens, pourquoi pas.

Ça tombe bien : en ce moment, c’est l’expo We want Miles à la Cité de la Musique (XIXe arrondissement). Décidément, j’aime bien ce lieu, notamment après l’excellente expo Gainsbourg que j’ai vue en début d’année. Depuis que j’ai vu les affiches avec la très belle photo d’Anton Corbijn dans les travées du métro, je me suis dit que je retournerai de bon cœur voir cette expo sur Miles Davis (1926-1991), le jazzman le plus influent, encore à l’heure actuelle.

Cette exposition est encore une fois phénoménale. Entre les bulles où sont diffusés les extraits de ses principaux albums avec les trompettes qu’il a utilisées, les écrans vidéo où sont diffusés des extraits de ses concerts, les vitrines où sont exposées ses pochettes d’albums et ses extraits de partitions (quand il voulait malgré tout maintenir un thème) et les plug’n'play, c’est une mine de documentation sur les influences apportées et reçues de Miles Davis.

J’ai ainsi découvert un artiste complet (puisqu’il était également artiste-peintre à la fin de sa vie, au point de composer lui-même ses pochettes d’albums dans les années 1980) qui fut le premier à oser l’ouverture dans le jazz, dès la fin des années 1960, bien avant Stan Getz ou Herbie Hancock. Il est aussi malheureusement tombé dans l’écueil de l’excès, au point de s’auto-sevrer de l’héroïne en 1953 et d’avoir de gros problèmes de santé entre 1975 et 1980.

L’avantage de ce genre d’exposition est que l’on peut mesurer toute l’évolution de l’artiste. Comme l’expo Gainsbourg, les commissaires de We want Miles ont fait en sorte d’assurer un suivi chronologique de la carrière du jazzman, avec une répartition des objets salle par salle. Tout y est analysé, décortiqué : l’univers artistique, le lien entre la vie personnelle et le processus de création, mais surtout l’œuvre en elle-même (à travers un programme par ordinateur qui fait comprendre au public les procédés utilisés dans la composition et l’interprétation)…

Pour vous inviter à aller voir cette expo, et à mieux connaître l’œuvre de Miles Davis, voici quelques petites friandises :

- Deception (Birth of the Cool, 1949). Il commence à se faire connaître avec cet enregistrement, après avoir suivi Dizzie Gillepsie et Charlie Parker. Devenu une star très vite, il commence à s’autodétruire…

- Blue haze (Blue haze, 1954). C’est le moment où il commence à renaître, après son addiction à l’héroïne. Il reprend sa carrière en main et accepte d’être sous contrat avec une maison de disque.

- Ascenceur pour l’échafaud (1956). Le document sur lequel on voit Louis Malle (réalisateur d’Ascenceur pour l’échafaud) expliquer la manière dont Miles Davis a improvisé avec son orchestre en regardant les images du film, puis a fait la bande-son comme en post-prod, c’est exceptionnel, comme la performance de Miles.

- Summertime (Porgy & Bess, 1958). Décidément, le premier opéra interprété exclusivement par des artistes noirs – merci George Gerschwin – aura inspiré pléthore d’artistes jazz. Miles Davis s’en sort avec maestria, si bien que beaucoup de personnes en ont oublié la version originale, qui est pourtant somptueuse.

- So what (Kind of blue, 1959). Si l’on devait résumer Miles Davis à un seul morceau, ce serait celui-ci, comme on pourrait résumer Dave Brubeck à Take five ou Herbie Hancock à Cantaloupe Island.

- Circles (Miles smiles, 1966). Après l’énorme succès de Kind of Blue, Miles se produit avec des petites et des grandes formations où passent des jazzmen qui feront par la suite des carrières tonitruantes, à l’image de John Coltrane.

- Petits machins (Filles de Kilimandjaro, 1968). C’est son dernier album avant sa révolution rock et électrique, mais personnellement, je ressens déjà à l’écoute une grosse potentialité funk quelques années à l’avance. Aurait-il dès lors été un vrai précurseur ?

- Bitches Brew (Bitches Brew, 1969). Cet album, complètement azimuté, marque les premiers tâtonnements fusion de Miles Davis entre rock psychédélique, pré-funk et world réinterprété. À l’époque, c’était révolutionnaire, et ça l’est encore quarante ans après.

- Chieftain (On the corner, 1972). Comme une suite logique, mais avec un peu plus de maîtrise des effets de sa trompette, encore un petit peu plus de mélange…

- The man with the horn (The man with the horn, 1981). L’album du grand retour. Et on remarque que Miles Davis, même s’il était la plupart du temps à l’hôpital durant cinq ans, n’a pas oublié de voir l’évolution de la musique. Il a logiquement réussi à prendre ainsi la vibe des années 1980. Certains d’entre vous diront que oui, tout de même, cela reste très connoté eighties, mais il faut savoir que c’était ça qui marchait à l’époque, même si, presque trente ans après, ça fait mal aux oreilles de ringardise…

- Tutu (Tutu, 1986). Considéré comme le dernier chef-d’œuvre de l’artiste, il reste pour moi une œuvre très cool jazz, à base de claviers tonitruants et de pas fîtrés (comme dirait le chanteur bossa-raï Jamel D.).

- Jean-Pierre (You’re under arrest, 1985). Enfin, un petit dernier, tiré de l’album qui a inspiré Gainsbourg pour son dernier opus éponyme en 1987.

Et courez vite à la Cité de la Musique… Ce n’est que jusqu’au 17 janvier 2010.

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