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Du maintien de l’art en milieu hospitalier

Je n’aime pas les hopitaux, et tout ce qui a un rapport avec le milieu médical en général. Pourtant, j’ai deux tantes et quelques cousines qui  sont infirmières et qui semblent réellement épanouies dans leur métier. Malgré tout, c’est toujours avec appréhension que je vais chez le médecin. C’est encore pire dans un hôpital, même si ce n’est que pour voir une copine à la maternité.

Et puis j’ai été sensibilisée à l’art dans le milieu hospitalier par deux choses :

- J’ai une cousine arthérapeute dans les maisons de retraite. Après une formation de théâtre à l’université, elle a décidé d’embrasser cette formation assez longue (quatre ans). Elle est persuadée du bien-fondé de l’expression artistique qui pourrait pallier certaines pharmacopées dans la prise en charge thérapeutique des personnes.

- J’ai participé l’an dernier, lorsque j’étais en stage, à la publication d’un livre du psychiatre Jean-Claude Ameisen et de l’artiste François Arnold, Les couleurs de l’oubli*. C’est un ouvrage bouleversant sur le travail en atelier de ces deux protagonistes chez des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Chaque semaine, ces patients d’un service de gérontologie en pleine forêt francilienne viennent peindre tout simplement. L’expérience montre que, sous l’action de leur plume, certains points de leur mémoire reviennent de manière fugace. Personnellement, j’ai été particulièrement émue par un chat bleu peint de manière enfantine par une vieille dame.

Lorsque j’ai voulu me lancer dans une batucada, je me suis renseignée sur la troupe d’artistes. Ens’Batucada fait partie du collectif d’artistes Les Mêmes, qui sont hébergés depuis 1995 dans l’ancienne Blanchisserie de l’hôpital Charles Foix (Ivry/Seine). Dans une politique de résidence culturelle, cet hôpital a décidé de créer une interaction entre les malades et les artistes. En gros, faire de l’arthérapie dans un service gériatrique.

Après dix ans de collaboration active – 1997-2007 –, le collectif est sommé de partir. Il joue la montre avec la mairie d’Ivry/Seine, la DRAC d’Île-de-France et surtout avec la direction de l’hôpital et de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris qui l’a employé au départ. C’est ainsi qu’en janvier 2009, des premières actions ont été menées pour le maintien des activités culturelles à la Blanchisserie. Après l’arrivée d’une nouvelle direction en mai, l’échéance du déménagement a été repoussée à décembre 2009.

Une nouvelle série d’actions a été menée toute la semaine dernière. Lors de l’inauguration de l’exposition L’humanisation de l’hôpital, le mardi 20 octobre au musée de l’AP-HP, environ 70 manifestants des Mêmes et de KP5 (autre collectif d’artistes hébergé à la Blanchisserie) sont intervenus avec le slogan Déshumanisation de l’hôpital et avec une parodie de l’affiche de l’expo. Ils ont ainsi obtenu de rencontrer le directeur de l’AP-HP. Résultat, ils ont obtenu une table ronde qui se déroulera bientôt…

C’est dans cette ambiance que je débarque dans cette batucada. Certes, je n’ai ni l’emploi du temps, ni la connaissance du mouvement pour pouvoir plus m’engager, à mon grand regret. Car j’y retrouve un collectif très amusant, très joyeux et pour autant très pro.

Cela m’a amené une nouvelle fois à réfléchir sur la notion d’art dans la société. Après mes études d’histoire, j’ai compris que la manifestation artistique était un formidable reflet sociologique. Le fait de réduire l’accès des personnes en difficulté à l’art marquait une politique assez répressive quant au déroulement de la vie en société.

Enfin, outre l’aspect bénéfique sur le mental, l’art permet d’observer l’environnement de manière moins prosaïque, donc moins désespérée. En cela, il est plus que nécessaire de maintenir des résidences d’artistes et des activités culturelles au sein des hôpitaux et des maisons de retraite. C’est une mission de santé publique.

*Éditions de l’Atelier, 2008.

12 Responses to “Du maintien de l’art en milieu hospitalier”

  • ok pour les bénéfices de l’art thérapie. Moins ok pour les collectifs de zozos qui vont faire les cons dans les services de gériatrie (c’est compliqué la gériatrie, s’il faut quatre ans de formation pour être art thérapeute c’est pas pour le fun, alors j’ai quelques doutes sur ce que font les fameux collectifs d’artistes).
    Sinon effectivement il y a une certaine défiance du politique face à l’utilité de ces thérapies comme traitements non médicamenteux. Sauf que si on avait des chercheurs moins sectaires sur ce point (“c’est pas prouvé par nous donc c’est pipeau”) peut-être que les financiers chouineraient moins.

  • et franchement, quitte à mettre du blé dans les services de gériatrie, j’aime autant que ça serve à former les soignants qu’à subventionner des artistes qui viennent terroriser des patients qui n’en ont pas besoin (nooon je déconne) (enfin presque)

  • et là je regarde leur site et ce qui me frappe c’est qu’ils parlent de l’utilité de l’art (en jolis lieux communs mais passons), de relations transgénérationnelles, de la venue d’artistes prestigieux, mais pas une fois des patients de l’hôpital, de ce qu’ils en pensent, de ce que cela leur apporte.
    Alors si leur action a un bénéfice (c’est possible, je ne le nie pas), qu’ils le montrent. Sinon ça fait un peu trop “yabon subventions”, j’en ai peur. (ayé c’est bon j’arrête).

  • lol j’étais en train justement. Bon sinon je trouve rien sur les raisons de leur expulsion, justement. Enfin rien de ceux qui l’ont décidée. Tu sais pas où ya un peu d’info objective là dessus ?

  • Heu, je ne crois pas. Je crois surtout qu’ils sont en fin de contrat avec l’AP-HP.

  • et donc après lecture du site des mêmes et de l’article sur rue89, ils ne font pas de l’art thérapie (il y en a mais c’est organisé par le personnel), mais des évènements et des expos une fois par mois, en échange de locaux. C’est bien aussi mais c’est pas pareil, et apparemment la préoccupation de la direction est que l’entretien de ces locaux lui revient trop cher. C’est pas cool du point de vue des artistes mais ça se conçoit du point de vue du gestionnaire (et non, ce n’est pas scandaleux qu’un directeur d’hôpital réfléchisse aussi en gestionnaire, parce que quand l’hôpital aura fermé on sera bien avancé).
    Et apparemment leur action n’est pas assez pertinente (pas assez soutenue, pas assez de moyens – 150000 euros par ans, c’est peanuts) pour être maintenue, c’est l’idée de départ qui coince. C’est de l’humain et c’est plein de bonnes intentions mais ce n’est pas thérapeutique, et actuellement vu l’état de la SECU c’est ça le problème… pas une “déshumanisation” (bien fantasmée) de l’hôpital, je dirais.

  • Et puis tu sais, GS, quand on parle de politique culturelle, c’est rarement avec de l’objectivité…

  • Bon, évidemment, j’ai fait le lien avec l’arthérapie, bien que le collectif Les Mêmes n’aient pas grand-chose à voir. Mais personnellement, même si ce n’est pas thérapeutique, tu préfères voir quoi à l’hopital ?

  • Vaste question :)). Puisqu’apparemment on parle plus de gériatrie plus que d’hôpital, je dirais que le truc primordial, c’est de proposer une vraie formation aux soignants : yen a des très bien mais yen a aussi bcp qui infantilisent les patients et ça, c’est mauvais (mal! mal !).
    Ensuite responsabiliser un peu les gens, c’est bien joli de déplorer l’isolement des personnes âgées mais s’occuper un peu de ses propres vieux ne peut pas faire de mal (oui, je sais, c’est difficile parce que le boulot, parce que les gosses, parce que la distance géographique, mais ceux qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes… etc).
    Se mettre un peu plus à niveau des programmes de soins aux personnes âgées très désorientées qu’on connait pas très bien en france (enfin ça s’agite là dessus quand même !) mais qui permettent de meilleurs soins et une meilleure relation avec les vieux.
    Pas mal de trucs à faire au niveau de l’architecture des bâtiments, ça se développe pas mal en ce moment, mais des maisons de retraite ouvertes sur l’extérieur, par exemple, des salles plus lumineuses, des espaces verts thérapeutiques, des potagers, des espaces pour faire la cuisine…
    Initier des liens entre les écoles, les collèges, et les hôpitaux, pour consolider le lien intergénérationnel : effectivement il y aura des questions de sécurité mais ça se fait et c’est positif pour tout le monde.
    Perso, en gros je pense qu’il faut permettre aux gens placés en institution de se recréer une vie, et ça ça viendra surtout du fait qu’on arrête de les considérer comme de vieux enfants ou comme des charges et de l’amélioration d’un vrai lien social.

  • Certes. Mon père a été directeur de maison de retraite pendant 30 ans. Ma soeur a choisi de faire un stage d’études en institut gériatrique (elle est assistante sociale). J’ai aussi été amenée à cotoyer des vieux dès toute petite. Ce n’est pas que les vieux ne veulent pas réinventer leur vie. Le plus souvent, c’est qu’ils ne le peuvent pas. Oui, c’est une véritable souffrance pour eux de redevenir dépendants, mais c’est malheureusement une réalité qu’on ne peut ignorer.

  • bah je ne l’ignore pas, je sais très bien que la dépendance est dans bien des cas inévitable, mon point de vue est juste que la dépendance n’empêche pas le projet de fin de vie. On fait des trucs très bien là dedans maintenant – si on accepte nous aussi (la famille, les soignants) la fin de vie dépendante comme un état qu’il faut comprendre, et surtout appréhender de façon à respecter l’individualité de la personne âgée (et ce même si elle a complètement perdu les pédales et que plus personne ne la reconnaît). Si on se met dans cette optique, on peut aider les vieux à s’approprier leur dépendance et leur “nouvelle” vie. Donc à pouvoir la réinventer.

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