musique

De la drague à la sauce musicale…

Mais oui, nous les filles, nous aimons nous faire draguer. Ce n’est pas parce que nous rembarrons la gueule que nous sommes des sales putes frigides et lesbiennes. Seulement, messieurs, il faut l’art et la manière de nous draguer, et parfois même, il faut savoir faire preuve de psychologie pour s’adapter à notre personnalité. C’est dur, hein ?

De la drague à la sauce musicale…Pour vous aider, messieurs, il y a une arme redoutable : la musique. Démonstration : je suis dans un bar, lors d’un premier rendez-vous avec un Tiny de base. Malgré le fait que l’on discute beaucoup, je suis tendue. Tout d’un coup, la BO de Shaft passe dans le bar. Et là, la magie s’opère : je deviens séductrice et je laisse faire le Tiny de base. Hai capito ?

De mon gros passif d’ambianceuse musicale, j’ai défini quatre thématiques de drague en association avec la musique :

1 – La drague « courtoise » et romantique

Du fait que la courtoisie, avant d’être une qualité trop souvent oubliée en voiture, était un divertissement qui consistait à tenir des conversations galantes entre gens de compagnie, et le plus souvent au sein d’une cour princière. C’est d’ailleurs dans les cours princières du Sud-Ouest de l’actuelle France que s’est développé l’amour courtois, ou l’art de déclamer des vers et de chanter des sérénades à l’élue de son cœur. Des souverains tels que Guillaume d’Aquitaine ou Alphonse X Le Sage (roi de Catalogne) sont surtout connus aujourd’hui pour leurs œuvres littéraires à faire fendre les cœurs des étudiantes médiévistes lorsque déclamées d’une voix rauque (comme rendue rauque par le désir, mais c’est juste une extinction de voix) par un professeur d’une trentaine d’années sapé comme un croque-mort… *Dédicace*.

Par la suite, même si la galanterie est restée l’apanage des puissants et des princes, l’on voit peu à peu, avec les Lumières, puis le mouvement romantique, des héros littéraires et des auteurs qui développent cet art du bien parler pour embobiner les dames. La musique fait toujours partie intégrante de l’expression des sentiments les plus doux ou les plus tourmentés.

Pratique :

- Alphonse X le Sage, Cantiguas a Santa Maria : Rosa das rosas. Alors oui, il faut noter que, très tôt dans l’élaboration de l’amour courtois, la femme est déjà considérée comme la plus belle et la plus sauvage des fleurs, qu’il faut mériter de cueillir et de butiner. Ce morceau date du XIIIe siècle, à une époque où l’amour courtois essaie d’appuyer la nouvelle théologie du sacrement du mariage, à savoir que les deux époux soient consentants, donc doivent forcément s’apprécier, dans un sens…

- Jean-Baptiste Lully, Le Bourgeois Gentilhomme : Marche pour la cérémonie turque. Le roi danse. Avant d’être un film avec Benoît Magimel, c’était la philosophie de Louis XIV. En effet, les activités de cour n’ont jamais été aussi développées qu’à Versailles, et le roi n’était pas en reste. Danseur, musicien, poète, esthète, il établissait ainsi sa puissance auprès de ses conquêtes. La Renaissance était passée par là…

- Franz Schubert, Trio n°2 en Mi bémol. Le néo-classicisme musical qui suivit la mort de Mozart dès la fin du XVIIIe siècle laisse la part belle à l’expression tendre des sentiments, que l’on se susurre sous un arbre à l’abri d’une garden party

- Ludwig van Beethoven, Sonate pour piano n°14 en ut dièse mineur, dit la Sonate au clair de lune. Le jeune Werther déclamant son dégoût de vivre en haut d’une falaise, Chateaubriant les cheveux au vent… Oui, l’homme romantique du XIXe est en quête d’absolu et a le sentiment torturé. Soit il est vraiment dépressif, soit c’est une superbe technique pour chasser la bécasse, mais il est vrai que ceci reste tout de même quelque peu excessif…

Réponse des femmes

- Georges Bizet, Carmen : Habanera. Conjuguant à la fois la poésie médiévale, la théâtralité baroque et l’absolu romantique, ce morceau synthétise tout le propos.

2 – La drague jazzy

Alors là, permettez-moi de vous dire : c’est l’upper classe. La nonchalance du jazz a permis ainsi à des centaines de crooners en puissance ou en herbe de montrer une certaine assurance, tout en restant léger. Bien évidemment, les Américains (surtout d’origine italienne comme le démontre ma sélection) tiennent la dragée haute, si bien qu’il n’y a guère que les Italiens de souche qui peuvent rivaliser avec cette technique de badinage (Bobby Solo pour ne citer que lui dans les années 1950).

Autre démonstration : j’attendais le bus, un soir sur les quais de la Vilaine, à Rennes. Tout à coup, je vois débarquer au feu rouge une Porsche Carrera décapotable. Au volant, le sosie de Jean Sarkozy en brun (son père, en gros). À côté, une morue décolorée. Jeannot fait vrombir le moteur… Et au moment où le feu passe au vert, il branche sa sono et j’entends Fly me to the moon tandis qu’il détale sur le boulevard Ma réaction ? Espèce d’enfoiré de me laisser à l’arrêt de bus comme une conne !

Pratique

- Franck Sinatra, Fly me to the moon (In other words). Bon ben Franck Sinatra, le milieu mafieux, Las Vegas, Marylin Monroe, l’archétype du mec qu’il ne faut pas fréquenter, mais qu’on fréquente quand même, parce qu’il nous a bien embobinée, le salaud !

- Peter Cincotti, Are you the one ? Oui, c’est peut-être une conception tout à fait américaine et matérialiste du romantisme, mais avouez quand même que le charme agit avec ce petit chou à tête de communiant…

- Harry Connick Jr., It had to be you. Pour avoir servi de BO pour le mythique Quand Harry rencontre Sally, et parce qu’Harry Connick Jr. puait quand même le sexe à sa grande époque…

- Dean Martin, Sway. Même s’il est aussi mafieux et Sicilien que Sinatra, je préfère quand même le cher Dino. Car chez lui, on sent quand même tout l’effort que la séduction peut lui prendre, alors que chez Kiki, on dirait que c’est trop facile… En gros, à côté de Dean Martin, Sinatra passe pour une feignasse de la drague…

Réponse des femmes

- Diana Krall, The look of love. Il y a deux archétypes de la femme jazzy en manière de séduction musicale : la maman et la putain. Oui, je sais, ça fait cliché, mais c’est à peu près ça. La maman est une femme noire au caractère très affirmé qui enveloppe de douceur, voire de pathos (voire Billie Holliday). La putain est une blonde éthérée qui souffle le chaud et le froid, telle Diana Krall.

3 – La drague soul

Ce qu’il y a de bien, avec ce type de drague musicale, est qu’on va droit au but. Certes, on y met les formes, mais on n’y va pas par quatre chemins. Seul le rapprochement des corps compte, si bien que les artistes n’hésitent pas à être très explicites et lascifs, tant dans leurs paroles que dans leurs attitudes à base de gémissements et d’exhortations à se laisser aller…

Jamel Debbouze résume très bien cette philosophie du rapprochement corporel lorsqu’il rencontra Barry White : Qu’est-ce que j’ai pu niquer sur vos chansons ! Évidemment, comme dans toute compétition de séduction, il subsiste des rivalités qui mènent à la surenchère de débauche : des morceaux de 27 minutes (pendant ce temps-là, pendant les instrus, ils ont le temps de se taper la choriste), des paroles salées, voire des évocations très physiques (notamment Barry White qui suait… Bon, ça peut ne pas être très classe, comme cela peut évoquer une activité physique qui se pratique minimum à deux pour commencer à être sympa…)… Bref, LA technique de drague musicale absolue.

Pratique

- Marvin Gaye, Let’s get it on. #1 4 eva. Pour moi, après sa période en sucre dans les années 1960 – où, ségrégation raciale et condition de fils de pasteur oblige, il ne disait pas un mot plus haut que l’autre –, il se lâche complètement dans les 1970′s : il trompe sa femme, il parle de fesse (même si c’est à mots couverts), il dit merde à son papa qui finit par le descendre après Sexual healing… N’empêche qu’il reste dans mon cœur comme le symbole de mes premiers émois sexuels enfantins. Si si, rappelez-vous, les plus âgées d’entre vous : la pub Lévis dans la laverie, avec en bande-son I heard it through the grapevine… :p

- Barry White, Never gonna give you up. Comme il le dit lui-même au début du morceau : hummmm. Il restera à jamais la voix parlée la plus sexe de toute la musique. Lascif. Sexuel. Primal. Animal. Inimitable. Certes, il était physiquement moins avantagé et moins stylé que le dieu Marvin, mais sa voix surpassait tout.

- Isaac Hayes, Moonlight Loving (Menage a trois). L’artiste le plus connoté 1970′s, blaxpoitation et libération sexuelle. Pour lui, la drague soul est moins une question d’attitude à adopter (même s’il est looké comme un mac) que de propositions directes. C’est aussi le roi des instrus de 45 minutes. En gros, si t’as rien réussi à choper pendant le morceau, c’est que t’es juste un loser.

- John Legend, Save room. Le digne héritier Marvin et de cette philosophie de drague musicale. Perso, j’ai juste envie de lui dire : Prends-moi n’importe comment, mais ne cesse surtout pas de chanter…

Réponse des femmes

- Donna Summer, Love to love you baby. La soul sister se doit d’être aussi lascive, sinon plus, que son brother. Autrement, une soul sister a forcément une bonne dose de répondant, quitte à employer des moyens un peu « détournés » pour les besoins sonores du morceau…

4 – La drague relou

Nous voilà arrivées au sujet qui fâche. Car sous couvert qu’on est en boîte de nuit et que le DJ n’a pas forcément la classe quant à la playlist, certains hommes se glissent pernicieusement dans la brèche pour tenter de vous aborder comme on négocie sa vache au comice agricole. En général, ce n’est pas leur premier verre de la soirée, ni vous la première fille qu’ils abordent… Ce genre de musique leur donne des ailes pour tenter de rentrer une cagole dans leur 205 GTi tunée par Jacky Moumoute. Malheureusement, cela existe, et je me dois de dénoncer ces faits…

Pratique

- Partenaire particulier, Partenaire particulier. Particulièrement ravageur chez les étudiants des aumôneries CGE et des grandes écoles, qui prennent malheureusement ce morceau au premier degré (puceau attitude…). Se méfier aussi des quadra fraîchement divorcés qui vous balanceront Rhô, toute ma jeunesse !

- String Color, La ficelle. Là, on commence à toucher le fond… et pas forcément la ficelle. En gros, c’est une actualisation de Toi qui voulais toucheeeeer, toucher la chatte à la voisine… Mais quelle fille censée ne répond pas à cette proposition par un pain dans la gueule ?

- Max Boublil, Ce soir… Bon, on va dire que c’est un comique et que ce morceau est interprété au 27e degré. Si c’est Michel Fourniret qui vous énonce cette affirmation, vous êtes en droit de vous inquiéter pour votre vie… Mis à part ces considérations, c’est vrai que ce n’est pas la classe absolue non plus.

- TTC, Girlfriend. Ce qui fait rire mon cousin et sa bande de potes à l’Escalier n’est pas vraiment à tolérer en matière de drague musicale. Du même niveau que le funeste Baby de Booba en ce qui concerne la traîte de la gent féminine comme du bétail.

Réponse de femmes

- Yelle, Mal poli. La Briochine, qui a déjà répondu à TTC avec Je veux te voir, dresse le portrait de ces gros lourds qui profitent d’une ambiance chaude musicalement pour malmener les jeunes filles qu’ils abordent. De toutes façons, Yelle est bisexuelle et je suis sa maîtresse, et na ^^

Romantique, baroque, jazzy, soul ou relou, chaque drague a son style de musique. Dans certaines situations, vraiment, messieurs, rappelez-vous en : cela en dit long sur vos intentions…

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(cc) JenniPenni

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