musique

De la percussion comme déformation professionnelle…

Ndlr : article choisi par Magadit durant la semaine de rédaction en chef  

Lors de ma découverte du métier de graphiste, j’étais en stage dans une imprimerie. Le graphiste que j’observais durant toute une semaine était batteur dans un groupe de rock. Or, si vous avez un batteur dans votre entourage, vous connaissez le tic qu’ils ont de taper partout… Donc, pendant que les pages sous XPress se chargeaient, il tapait avec ses deux index. Outre le fait qu’il se flinguait les phalanges, il m’agaçait au plus haut point…

De la percussion comme déformation professionnelle…Une autre manie des percussionnistes est de matérialiser les rythmes de manière vocale par des onomatopées. Un de mes copains, pianiste mais surtout batteur, n’arrête pas de nous faire des Boum tuku tchak tuku boum tukutu boum tuku tchak tuku boum…  Et tout ça en plein milieu de la conversation. Ce qui avait évidemment le don d’agacer ses potes (dont moi-même) au plus haut point…

Et puis ce matin, je me suis réveillée en faisant Tac-tac-tadak-boum-tak-tak-tadak-tac-tadak-boum et en tapant dans les mains. C’est normal : lundi, c’est Batuc. Mais ça m’a quand même bien inquiétée. Car je me suis aperçue, en écoutant mon iPod, que je matérialisais les rythmes avant la mélodie, désormais. Et je me surprends à faire aussi des Clap-clap-clap-clapclap dans les couloirs de l’entreprise.

J’en ai conclu que le fait de devenir percussionniste avait complètement modifié mon rapport à la musique. Pourtant, je devrais bien m’en sortir, niveau rythme : je danse depuis l’âge de 3 ans et je dirige depuis 12 ans une chorale. Et pourtant, j’ai l’impression d’avoir perdu mes repères depuis que j’ai intégré une Batucada. J’ai l’impression de revenir au solfège de base et de me planter la gueule comme une débutante quand je n’arrive pas à maîtriser une phrase telle que Tak-tadak-tadak-tadak…

J’ai aussi l’impression de me référer aux sources de la musique. À cette pulsation (batucada en portugais) primale qui émane du cerveau reptilien. Au dernier rempart qui se dresse avant de se dire qu’on ne sait pas s’exprimer. Je ressens cet état de vibration que j’ai tant déploré dans mon apprentissage de la danse, puisqu’elle me faisait nier la notion de corps.

C’est pour cette raison que je me suis mise à regarder ce que font les autres, quitte à me déconcentrer et perdre le fil. Car chacun interprète la vibration d’une certaine manière pour me guider : le sourdo me donne l’impulsion, tandis que le shakêrê/ghanza me temporise… Tout cela sous l’œil du repinique qui enlumine l’ensemble. En cela, cette symbiose, même si elle n’est pas parfaite pour l’instant, a le mérite de me faire dire Je vis, j’écoute les autres et je dialogue avec eux.

En vérité, la percussion, par son aspect primal, peut devenir une addiction. Mais il vaut mieux vibrer avec sa percussion que de se fermer aux autres…

(cc) [fokus]

One Response to “De la percussion comme déformation professionnelle…”

  • Enorme !!!! Quel sens du détail, du bien expliquer pour faire ressentir… Et quel sens de la remise en question qui n’a rien d’étonnant lui, déjà vu ça dans d’autres de tes chroniques…C’est bien tout ça, tout ce qui passe de toi au travers et comment tu les conçois tes écrits qui fait que ça date pas d’hier que je te quitte plus ici toi aussi !!!!!

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