Ndlr : article choisi par Magadit durant la semaine de rédaction en chef  Â
Mes deux parents n’avaient pas les mêmes goûts non plus en choix télévisuels, alors après leur divorce, il y avait donc « la télé de chez maman » et « la télé de chez papa »… Les 2 étaient des moments attendus, car chez nous, dans mes deux foyers, de par leur éducation reçue, par pudeur, on parlait pas beaucoup ; les soirées se passaient essentiellement devant le petit écran, seule fenêtre d’ouverture sur le Monde et sa découverte. En ces temps là , pas encore d’Internet et puis les livres qui remplissent les bibliothèques chez maman, j’avais pas encore l’age, ou je ne m’y intéressais pas de 6 à 13 ans ; alors merci à mes parents pour être si différents et à la télé de mon enfance pour avoir commencé à me montrer tout un tas de trucs…
Commençons par celle de chez papa :
J’ai été bercée aux séries Santa Barbara, Dallas et Dynastie ; j’en connaissais tous les secrets. Quoi faire d’autre le samedi et/ou dimanche après-midi, tandis que c’était le week-end de garde de papa et qu’il est sorti en nous laissant là … Sa nouvelle femme se met devant la télé pour regarder ses feuilletons adorés ; alors on en fait autant son fils, ma sœur et moi… Avec mes yeux d’enfant, j’étais émerveillée par le ranch avec piscine et chevaux dans « Dallas », par les robes et tout ce qui brille dans « Dynastie ». Je détestais tous les méchants, leur préférant toujours les gentils.
J’y ai vu des images de familles unies mais me donnant parfois bien moins envie que ma famille désunie. J’y ai vu des hommes et des femmes capables de tout pour un peu plus de pouvoir, d’argent. J’y ai vu des hommes et des femmes s’apprécier, s’aimer, se négliger, se tromper, se taper, se haïr. J’y ai vu des hommes, mais surtout des femmes fortes, « humbles humaines », sombrant dans la folie ou l’alcoolisme. Mais un jour : capables de se dépasser pour reprendre en main le cours de leur vie et y arriver malgré les difficultés…
J’ai été bercée aux spectacles Maritie et Gilbert Carpentier, à Joe Dassin, Claude François, Julio Iglesias, Henri Salvador, Serge Gainsbourg, Michel Berger, France Gall… La plupart du temps, papa était là le samedi soir, alors grand fan de variétés, on était devant la télé : lui, sa nouvelle femme, son fils, ma sÅ“ur et moi… Le grand spectacle du samedi soir de bien des familles. J’en garde de merveilleux souvenirs où l’on entonnait en chÅ“ur le tube du moment. Où ma sÅ“ur et moi on essayait de danser, avec toutes les maladresses des enfants, s’appliquant à bien suivre la chorégraphie… Moments de partage, c’était gai, joyeux, chantant, chaleureux, ces soirs-là devant la télé…
J’ai été bercée aux films de Bourvil, de Louis de Funès, de Jean Gabin, de Lino Ventura, d’Alain Delon et surtout d’Aldo Macione, et Jean Paul Belmondo : les 2 « dieux » de mon père parce que lorsqu’il était là , à la maison, le dimanche ou un soir de vacances, avec lui c’est devant eux qu’on était : sa nouvelle femme, son fils, ma sœur et moi… Qu’est-ce qu’on a pu rire, des grands éclats dans la contagion familiale devant Bourvil et Louis de Funès ou encore d’Aldo Macione.
Mon père nous faisait la leçon du mérite du courage devant les films de Belmondo, qui faisait aussi lui-même toutes ses cascades. La leçon du mérite de la parole donnée et tenue, peu importe le prix, devant ceux de Delon qui, flic ou voyou, ne trahissait jamais la sienne… De Gabin et Ventura, il nous vantait la prestance, la présence, l’assurance, la droiture « des vrais hommes » qui se dégageaient d’eux, aux gré des rôles qu’ils jouaient…
Continuons avec la télé de maman :
Maman ne suit pas de série… Elle nous charrie même un peu quand certains soirs, ma sœur et moi nous voulons regarder un épisode de « Santa Barbara »… La télé a sa place ici aussi mais de manière bien plus épisodique. Un film de temps en temps, oui, mais la plupart du temps avec maman, c’est la chaîne hi-fi qui fonctionne. Et tandis que nous vaquons, ma sœur et moi, à nos occupations dans nos chambres respectives, ce sont Bach, Mozart, Chopin, Rachmaninov, Jean Ferrat, Jacques Brel, Barbara, Léo Ferré qui nourrissent ces après-midi de vacances ou de week-end quand nous sommes chez maman.
Mon premier choc filmique ! Je dois avoir 15/16 ans et je regarde « Vol au dessus d’un nid de coucou » de Milos Forman, avec Jack Nicholson, Louise Fletcher, William Redfield… Je ne sais plus si je suis seule ou pas devant la télé mais je me souviens bien d’un déferlement de sensations, d’émotions, de questions et d’affirmations… Ha, la télé, le cinéma c’est aussi des films comme ça ! Montrer, expliquer ainsi les relations humaines de toutes sortes, les rapports dominants/dominés : la société dans toute sa splendeur… Le 2e, je dois avoir 16/17 ans et je le prends comme une décharge celui-là aussi, « Midnight express » d’Alan Parker, avec Brad Davis, Randy Quaid et John Hurt … Je reste sonnée…
Le 3e choc, je ne l’ai ni chez papa, ni chez maman mais devant la télé de chez moi…. J’ai 22 ans. Je suis grande, j’habite dans mon appartement, et ce soir-là je vois « Delicatessen » de Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet, avec Jean-Claude Dreyfus, Dominique Pinon, Marie-Laure Dougnac, Karin Viard … Je suis achevée. Avec ce film, j’oublie les Santa Barbara, Dallas et Dynastie, Bourvil, Louis de Funès, Jean Gabin, Lino Ventura, Alain Delon, Aldo Macione et Jean Paul Belmondo. Respect, affection sans borne pour leur travail et ces moments qu’ils nous ont donnés en famille… Mais désormais je fais mes choix de télé et ils vont s’orienter autrement. Je vais aller voir ailleurs, d’autres réalisateurs, d’autres comédiens…
Désormais, je ne me referais pas un seul épisode, d’aucunes de ces séries, mais merci. Par contre je ne dis pas non, de temps en temps, pour un épisode d’Oz, Weeds, Millennium ou Sex and the city…
Désormais, je ne regarde plus les variétés à la télé. Je chante devant mon PC en écoutant (liste pas mise en ordre de préférence, il n’y en a pas) : Boris Vian, Barbara, Brel, Emily Loizeau, Arno, Pierre et Marie Notte, Louise Attaque, Hubert Félix Thiéfaine, Bob Marley, son fils Damian, Krs One, Rockin’Squat, NTM, Assassin, Snopp Dogg, Missy Elliott, Tarace Boulba, Marvin Gaye, Aretha Franklin, etc. Accompagnée tout de même parfois par certains de mes amies/amis…
Désormais, mes comédiens préfèrés sont bien différents mais eux, ils ne sont pas rien. Je ne les ai pas oubliés. Je prends d’autres leçons devant les films de Louis Jouvet, Jean Claude Dreyfus, Patrick Deweare, Jean Marielle, Jean Rochefort, Marlon Brando, Jack Nicholson, Forrest Whitaker, Al Pacino, Johnny Depp, Robert de Niro, John Turturro… de Terry Gilliam, Jim Jarmush, Sam Peckinpah, Brian de Palma, Martin Scorsese, Tim Burton, David Fincher, Charlie Chaplin, Jean Marboeuf, Yves Boisset…
Un film c’est toujours mieux sur grand écran mais le petit, ça peut toujours servir…
(cc) confusedvision
posté le 27/10/2009 | 827 vues | 7 commentaires | tags: grandir films enfance télé famille musique | une personne a aimé
Rhooo Madame !!!!! Mais oui, c’est vrai que je suis la vieille ici : on me doit le respect hi, hi, hi…. Merci mademoiselle, touchée que ce texte t’ai touché… et ravie que nous ayons cette claque en commun
Moi, mes parents sont aussi divorcés, mais ils l’ont fait quand j’avais quinze ans, idem que pour Rose H, je pense qu’ils ont trop attendu.
Mais je me souviens de soirées devant la télé ou au son du tourne-disque. Ma Tante presque pamée en écoutant Mike Brant. Et les dessins animés avec maman; Lady Oscar, Candy, Ulysse 31. Un autre monde sans Pokemon. Mon père avait les mêmes idoles que le tien, Belmondo, Lino Ventura, et Cie. Faut rajouter Terence Hill et son acolyte Bud Spencer, des éclats de rire à en avoir mal au ventre devant leur blague de potache. Je n’y arrive plus maintenant. Dommage. Une chanson qui me marqua : “Papa préfère Nounours, maman les variétés, moi ce que je préfère ce sont les films d’amours”, ^^^mdr. Le pire, c’est que c’était vrai.
lili_ mai : ho oui, j’avais oublier Terence Hill et Burt Spencer, mon père n’en râté pas un… Ca ne me fait plus marrer non plus eux, hi, hi, hi !!!! Les dessins animés oui aussi, mais je les regardais plutôt avec ma soeur, Goldorak, Ulysse 31 ou Albator (mon préféré) et Candy, cette connasse de Candy qui m’a fait croire que l’amour pouvait venir à bout de tout… je l’aimais bien à l’époque elle aussi…
Eh bien, moi j’ai passé mon enfance hors France sauf l’été, mais on avait quelques uns des programmes dont tu parles.
Maritie et Gilbert, je les kiffe!! C’était grand, ça me faisait rêver, je voyais mon idole Cloclo! Les autres aussi. On chantaient avec eux, c’était le vendredi soir et c’était la fête!
Autre point marquant dans ma vie : Dynastie pour Alexi - Colby -Carrington - Dexter : la garce. Qu’est ce que j’aimais ce personnage, vicieuse, mauvaise! Et puis l’homme de l’Atlantide et ses doigts palmés, Starsky & Hutch avec Huggy et Shérif fais moi peur et Chips et Benny Hill!!
Enfin, à 19h30, il y avait les dessins animés et je me suis construite avec Glodorak, Bouba l’ourson et Candy. Faut pas s’étonner que je connaisse les génériques par coeur encore aujourd’hui! J’assume!
Quant aux films, valeurs sures : Bébel.
@IsabelleJuliette : J’ai dit madame comme j’aurai pu dire jolie, ou copine, ou Isabelle, tout simplement ! Loin de moi l’idée d’appuyer sur cette minuscule génération qui nous sépare. ;)
C’est juste que tout ce qui me rappelle que je vais bientôt passer la date de cible ciblée ici, sur LR : les 20/40 ans… Ca me fait peur, (pfff même pas vrai, je serais la même le lendemain de mes 40 ans) alors c’est pretexte à décalage !!!!! :)
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Mes parents ne sont pas divorcés… C’est dommage pour eux, d’ailleurs. :)
Petit plus Periglioni pour Delicatessen et Vol au dessus d’un nid de coucou, le premier que j’ai vu seule (grosse claque aussi!) et le deuxième que j’ai vu avec mon père (souvenir à lui tout seul). Pour ce qui est des choix musicaux, je plussoie à l’infini !
Bel article madame. :)