Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

20. mai 2013

Mot de passe oublié

coppelia

Ndlr : article choisi par Magadit durant la semaine de rédaction en chef 

Les choses s’apaisent pendant un temps, malgrĂ© quelques suspicions et sms quand il sait qu’elle est de sortie. Mais le ver est dans le fruit et murit. Elle doute, dĂ©cide d’utiliser les mĂŞmes armes mĂŞme si ce n’est pas dans sa nature. Elle trouve le moyen elle aussi d’épier ses deux tĂ©lĂ©phones portables. Des messages suspects, des mails tendancieux, des numĂ©ros qui reviennent très rĂ©gulièrement, qui l’intriguent. Une femme notamment… Il est inscrit sur le site de rencontre de leurs dĂ©buts…

manipulee2.jpgAlors qu’il est sorti faire une course, elle fouille l’ordinateur portable et découvre ce qu’elle supputait sans vouloir l’accepter. Des échanges conséquents, des photos, des confessions à d’autres amis. Il est déchiré entre deux. La raison et la stabilité, l’amour pépère, elle, et la passion absolue, des ébats extraordinaires et hors-normes, l’autre… La douleur éclate, violente, hideuse.
A son retour elle lui met les preuves sous le nez. Il essaie de nier, d’esquiver, d’inventer. Elle tient bon, ne relâche pas la pression. Il se rend, avoue. Il entretient une autre relation à quelques kilomètres, il se pose des questions. Il dit que c’est depuis qu’il a des doutes sur elle qu’il a cherché du réconfort ailleurs. Mais elle n’est plus dupe de ses mensonges. Elle recoupe les faits, les dates et le confond. Il joue double jeu depuis le mois où il lui a demandé sa main… Belle preuve d’amour s’il en est. Il ne sait plus quoi inventer pour se sortir du bourbier. Elle le voit comme il est lâche, menteur, moche. L’autre est aussi allée le voir à l’étranger où il vit, a dormi dans leur lit là-bas. Il a passé des week-ends avec l’autre à Paris sans qu’elle ne s’en doute évidemment. Il la dégoûte, se dégoûte.

Tout s’effondre, elle a du mal à encaisser et pourtant la vérité est là, devant elle. Que faire ? Besoin de temps, de reprendre son souffle. Mais d’abord, un choix. Que décide-t-il maintenant ? Elle ou l’autre ? C’est elle. Dans ce cas, elle exige qu’il lui écrive et lui annonce leur rupture. Elle veut lire, voire dicter les mots. Il s’exécute, penaud. Le mail la satisfait un instant. Qui lui dit qu’il tiendra parole, qu’il n’appellera pas pour rattraper les choses, mentir encore, garder sa poule puisque la passion le ronge et lui fait manquer d’air quand ils sont ensemble ? Il jure, promet, se prosterne, il viendra tous les week-ends sans exception. Lasse, elle hoche la tête.

Vengeance… Le mal la ronge, grandit en elle, remet tout en question. Elle n’a plus confiance. Peut-elle encore le croire ? Elle va essayer mais n’est pas vraiment convaincue. Elle tient un journal, y confie ses doutes, par ailleurs elle ne parle de rien, exceptĂ© Ă  sa meilleure amie qui est catastrophĂ©e.

Finalement un clash de plus en raison des doutes qui les habitent et c’est le point de non retour. Là, il menace, sa violence est verbale. Il l’accuse de tous les torts, la traite de malade, lui conseille de se faire suivre… Elle croit rêver. C’est l’hôpital qui se moque de la charité. Il l’informe qu’il va mettre au courant sa famille, son employeur, afin que toutes les forces puissent lui venir en aide. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’elle réalise vraiment combien il est manipulateur, affabulateur et mythomane. Elle est effrayée par l’ampleur des dégâts, mais curieusement elle n’a pas peur. Elle est forte.

Abattue, déçue, déglinguée mais tenace et tête de mule, en avant ! Elle comprend qu’il ne reculera devant rien pour ne pas laisser échapper son « jouet », il doit continuer à la contrôler. Or il n’en est pas question. Elle ne doit plus lui permettre de l’atteindre, elle ne doit pas rentrer dans la valse et maintenir le lien. Ils se mettent d’accord sur une date pour qu’elle quitte l’appartement, elle a un peu plus d’un mois. Il est de passage quelques jours, elle s’arrange pour ne pas le croiser mais fouille consciencieusement tous les recoins quand elle rentre. Elle découvre ainsi un brouillon de lettre pour ses parents dans la poubelle, dans laquelle il se lamente et se pose en victime.

Il leur demande d’aider leur fille car elle a besoin de soins pointus. Il l’accuse de l’avoir trompé depuis le début en fournissant des détails limites pornographiques et explique qu’après avoir essayé de pardonner, il a épuisé ses ressources de tolérance ! Elle n’en croit pas ses yeux et refuse que ses parents puissent lire cela d’elle, même s’il s’agit d’un tissu de mensonges. Au dessus d’une armoire, elle trouve des copies de mails échangés avec ses amis, qu’il a réécrit, modifiés, jusqu’à les transformer en échanges tendancieux et sexuels. Elle a l’impression de vivre un mauvais rêve. Comment faire pour le stopper, prouver que c’est lui, le ravagé ?

Elle utilise l’ordinateur familial, certaine qu’il le consulte pour y trouver tous ces documents qu’il trafique ensuite. Elle rédige plusieurs courriers (qu’elle n’enverra pas), à leurs parents respectifs, aux ami(e)s les plus proches, à leurs directeurs, expliquant la situation, les conjurant de faire attention à l’être malsain et dangereux qu’il est et les prévenant qu’il est susceptible de les contacter. Elle n’omet aucun détail, recopie les sms qu’il lui a envoyés. Elle lui envoie le tout en pièce jointe et l’informe qu’elle dépose une main courante à la police en guise de prévention. S’il se permet de la salir, elle mettra tout en œuvre pour le détruire. Elle contactera la mère des enfants pour qu’elle ait des billes dans leur guerre sur la garde, elle informera qui de droit des affaires pas très claires qu’il traite dans son job, le fisc pourrait bien s’en mêler. Bref, elle joue avec ses armes à lui. Satisfaite, elle attend la suite de la bagarre.

Elle prévient ses amis de la rupture et évoque ses difficultés. Tout le monde la presse de partir le plus vite possible. Son père est prêt à faire le voyage car il craint que ce malade ne s’en prenne à elle. Mais elle sait qu’il ne tentera rien, il est trop lâche et a trop à perdre. Il va la harceler mais s’arrêtera toujours à la limite, il ne lui donnera pas de billes pour le poursuivre. Et c’est le cas. Il essaie par tous les moyens de maintenir un lien, aussi ténu soit-il. Or elle ne répond plus ni aux coups de fil, ni aux sms, ni aux mails, rien de rien, nada. Il persiste. Lui propose de garder ses meubles les plus volumineux si elle le souhaite dans un premier temps, il vient guetter devant l’immeuble, le téléphone sonne en pleine nuit.

Elle fait ses cartons. Il prétexte la mise en vente de l’appartement pour venir faire des visites, elle disparaît bien avant l’heure, se fait raccompagner. Enfin, elle déménage, soulagée. Pense que c’est fini. Que nenni. Il vient 2 fois à son bureau, pour lui laisser des affaires qu’elle aurait oublié (des médicaments périmés…) manque de bol pour lui elle est en rtt à chaque fois, la chance ? Il la suit, elle le voit un jour qu’elle sort du métro dans son nouveau quartier, il n’est pas discret. Elle entre dans une boutique et ressort prendre le métro. Elle se cache dans une encoignure de couloir et le voit passer la cherchant de tous côtés. Elle remonte et rentre chez elle en courant. Combien de temps tout cela va-t-il encore durer ?

Finalement le pompon, arrive sur sa messagerie professionnelle. Elle reçoit un mail d’une femme se présentant comme la nouvelle compagne du monsieur. Est-il possible de lui raconter l’histoire du côté féminin pour qu’elle se fasse une idée précise de la réalité ? Et puis quoi encore ? Une réponse bien sentie et la demande expresse de cesser ces manipulations malsaines qui n’ont pour but que de savoir ce qu’elle est susceptible de raconter à l’extérieur tellement il a peur de voir écornée sa « belle » image.

Il y a eu une ou deux autres tentatives à plusieurs mois d’intervalle, mais elle a pu retrouver la paix et la sérénité. Elle a pu se reconstruire, faire de nouveau confiance, mais cela a mis du temps. S’il ne l’a pas bousillée c’est qu’elle a un caractère bien trempé. Néanmoins elle en a bavé.

Ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort, certes, mais ça peut coûter cher.

(précédemment : Manipulée /1)

(cc) horriblecherry

 

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“S’il ne l’a pas bousillĂ©e c’est qu’elle a un caractère bien trempĂ©. NĂ©anmoins elle en a bavĂ©. Ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort, certes, mais ça peut coĂ»ter cher.”


Mais il est possible de s’en sortir !!!! Et tu nous le dĂ©montres très bien dans ce texte pleins d’espoirs… Et puis on peut pas les laisser gagner ces salauds !!!!!


 

Ah que non! Il faut se battre et les aplatir!


 

J’avais lu la première partie ce matin et j’attendis avec impatience la suite. je n’ai pas Ă©tĂ© déçue.

J’ai souvent peur de tomber sur un homme comme ça. Oui, je sais il ne sont pas tous pareils… mais quand on lit ce genre d’histoire, ça reste dans la tĂŞte. je m’imagine lors de mon prochain rendez vous galant demander: “au fait, tu serais pas un manipulateur par hasard?” comme ça pas de perte de temps :p

Parceque force est de constater que ca prend du temps pour vraimment connaitre une personne.


 

@miss B : malheureusement ce n’est pas Ă©crit sur leurs fronts, en gĂ©nĂ©ral, ils ne se reconnaissent pas comme tel, bien entendu.

On ne connaĂ®t jamais les gens complètement, c’est mon avis. Il y a des affinitĂ©s, de la chimie, des sentiments, tout cela est complexe.

Maintenant tous les hommes ne sont pas des manipulateurs, lĂ  on a affaire Ă  un beau spĂ©cimen, bien atteint, qui relève d’une pathologie avancĂ©e.

Je ne crois pas qu’il y ait de règle, si ce n’est se respecter soi-mĂŞme. A partir du moment oĂą on sent qu’on n’est pas Ă  sa place, que les choses ne se passent pas correctement, qu’on se sent avilie, redevable, qu’on doit s’excuser de n’avoir rien fait….Warning!!!


 

Merci à la rédac pour ces magnifiques illustrations.


 

@ Coppelia : Ravie que ça te plaise :)

Et j’en profite aussi pour te fĂ©liciter pour ces deux textes qui sont tout simplement superbement Ă©crits et très touchants


 

je viens de lire les deux textes, ça me rappelle quelqu’un…heureusement ça s’est terminĂ©, non sans dommages collatĂ©raux, mais ce genre de personne je ne supporte pas, je ne suis pas violente, mais ce mec lĂ  j’aurais pu le zigouiller pour ce qu’il a fait, Ă  une personne, Ă  une famille, ça serait des animaux=nuisibles. Je n’en dĂ©mords pas, jamais de tchat, sites de rencontres….on tombe assez sur des dingues sans les chercher, mais alors ça….et puis les mecs qui se plaignent…c’est louche!bref, merci coppelia pour ces deux textes, on ne se mĂ©fie jamais assez


 

C’est tellement dur d’aimer sans prendre de risques, tellement dur de voir ce qu’ils nous cachent si bien. Merci beaucoup ! j’en ai les poils au garde Ă  vous. Parce que c’es triste et parce que c’est fort. Parce qu’on doit se protĂ©ger tout le temps, parce que c’est Ă©puisant de rester sur ses gardes, parce qu’au final c’est lassant d’ĂŞtre si cruellement déçue. Je viens tout juste de croiser le chemin d’un spĂ©cimen de cette pathĂ©tique espèce. Comme toi je recolle, je reconstruis, vite et bien. Sans trop de dommages finalement. Mais c’est dĂ©cidĂ© on ne m’y prendra plus… et en mĂŞme temps… on ne m’y reprendra plus Ă  quoi ? Ă  croire ? si seulement c’Ă©tait vrai…


 

@Loou : je rougis!

@Mely : vigilance!

Il y a une chose que je n’ai pas dite par rapport Ă  cette histoire, c’est qu’une fois terminĂ©e, tous mes amis, je dis bien tous sans aucune exception m’ont dit qu’ils n’avaient jamais senti ce mec. Personne ne comprenait ce que je faisais avec, mais Ă  part ma meilleure amie, personne n’a eu le courage de m’en parler. Trop compliquĂ©… Ca m’a laissĂ©e songeuse.


 

Les mecs bien existent, les manipulateurs aussi. Je suis aussi passĂ©e par lĂ . Quand on est comme la fille du texte, ici, sĂ»re de soi, on s’en sort… Sans doute plus forte. A d’autres, comme moi, il faut plus de temps… L’estime de soi est mise Ă  mal. Limite, j’ai failli croire que j’Ă©tais aussi nulle et conne qu’il le disait. Après m’avoir mise sur un piĂ©destal, traitĂ©e comme une princesse, il m’a salie, humiliĂ©e, et rĂ©pĂ©tait comme une Ă©vidence combien j’Ă©tais faible et inutile. Mensonges, manipulations…Jusqu’Ă  ce que je lui Ă©chappe. Et que je me reconstruise… Je crois que ce qui le fait vraiment c…, c’est de voir qu’il ne me fait plus peur et qu’il n’a plus de prise sur moi.

Ce sont des nuisibles, et il en existe des mâles comme des femelles. Après, on a l’impression de les voir venir, et on apprĂ©cie davantage les gens qui vous prennent comme vous ĂŞtes. Etre entourĂ©e par les copains qui sont lĂ  depuis des annĂ©es, et puis se rendre compte qu’un autre peut vous aimer sans vous mettre Ă  mal…

Je suis toujours estomaquĂ©e quand je l’Ă©coute mentir et fabuler pour se faire mousser. Avec le recul, il fait bien reconnaĂ®tre qu’ils sont pitoyables : devoir mentir pour salir l’autre, manipuler pour ĂŞtre vu comme un mec bien. Ils font pitiĂ©, en fait.


 

Tout Ă  fait d’accord, ils font pitiĂ©…. de loin!


 

C’est drĂ´le, ça me rappelle mon papa. Et ma maman se demande pourquoi je n’ai pas envie de le voir depuis leur divorce…


 

@magadit : si, tu croiras de nouveau, fais-moi confiance. Simplement, tu seras peut-ĂŞtre plus difficile Ă  atteindre au dĂ©part, c’est normal et celui qui persistera, ne sera pas déçu. Mais il devra sans doute montrer patte blanche… C’est ce qui m’est arrivĂ©.

@storia : aie! Ta Maman a pardonné ou simplement elle est passé à autre chose sans rancoeur?


 

Ouh lĂ  ! Le divorce a Ă©tĂ© prononcĂ© en juillet, après 31 ans de mariage et 25 ans de “j’avance-je recule” pour ma mère… Donc c’est encore un peu frais, tu comprends…


 

En effet, désolée. Et du coup, je comprends pour toi aussi.


 

En effet ça fait largement flipper comme histoire.

Je confrime ce genre de spécimen éxiste aussi côté féminin.

J’ai 3 trucs Ă  dire:

- Finalement on est tous manipulateurs, tand dans la periode de sĂ©duction qu’ensuite pour garder son/sa partenaire.

- A lire magadit, le coeur (et tout le concept des sentiments) c’est un lego en fin de compte.

- Tu as eu de la chance de le voir venir et d’anticipĂ© le combat, il n’a pas eu le temps de foutre en l’air ta vie pro/perso…etc


Toute façon avec les malades comme ça, la seule solution c’est coffre de twingo+parpaing+canal de l’ourcq (multiple varation possible avec sac Ă  patate+fer Ă  repasser+cave)


 

@bake : pour ta solution, sur le moment j’avoue que j’aurais bien aimĂ© en ĂŞtre capable!


 

Euuh.. Si il faut casser qques jambes j’suis lĂ  hein? lol ;o)


 

@mistermowax : je te remercie infiniment!! C’est du passĂ©, dĂ©passĂ©, donc pas besoin, mais je garde l’info au chaud, on ne sait jamais!


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