Humeurs

L’automne, ou la saison de la mélancolie.

Les sanglots longs des violons de l’automne blessent mon coeur d’une langueur monotone…

Quand Paul Verlaine écrivait Chanson d’automne, il devait probablement être dans le même état que moi actuellement. Le même que beaucoup d’entre nous, certainement.

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En l’espace de quelques semaines, on passe d’un climat estival à un climat profondément automnal, avec le vent qui vient nous réveiller de bon matin, la pluie est quasiment notre lot quotidien, la nature se teinte d’une couleur orangée, de par les feuilles des arbres, quand elles ne sont pas encore tombées. Cette saison n’est-elle pas la plus chargée émotionnellement ?

Bizarrement, tandis que l’été est la saison de toutes les joies, l’automne nous ramène brutalement à la réalité, une réalité dure, sombre, froide comme le pavé que nous foulons de nos pieds chaque jour.

Sur lequel certains dorment chaque jour. Cette semaine, en marchant dans la rue, en prenant le métro, en attendant le bus, en rentrant chez moi, en sortant des magasins, j’ai pensé à tous ces gens qui subissent, de plein fouet, le changement climatique. Ceux-là même qui sont frappés par le malheur, le vrai. J’ai regardé autour de moi, et tout ce que j’ai vu, c’est l’indifférence.

L’indifférence d’une grande majorité de personnes occupées à autre chose, préoccupées par autre chose, et me suis faite la réflexion que le malheur des uns, sans faire le bonheur des autres, ne les intéressait pas du tout, en tout cas.

Et en réfléchissant à tout ça, l’envie de blâmer qui que ce soit ne peut même pas me venir à l’esprit puisque  j’agis exactement de la même façon. Lorsque j’aperçois cet homme sur le quai du métro, visiblement aveugle, à l’oeil bandé, clamer d’une voix tonitruante qu’il a besoin d’argent pour se nourrir, je ne m’arrête pas pour lui donner ce dont il a besoin, je m’arrête pour regarder les autres faire comme s’il n’existait pas.

Quand je vois des êtres inanimés s’agglutinant contre les vitrines des magasins ayant fermé leurs portes, j’ai mal en pensant que le froid qui me fait souffrir dans l’immédiat ne sera plus qu’un lointain souvenir quand j’aurai regagné mon lit tandis que leur lit à eux, c’est cet amas de cartons sur lequel ils reposent, lovés dans un sac de couchage, pour les plus chanceux.

Pourquoi l’automne, me direz-vous. C’est en automne que je repense à tout ça. L’automne précède l’hiver, saison où il est bien trop accablant de s’arrêter sur leur sort. Le monde est bien trop pressé de retrouver la chaleur du foyer, les célébrations de fin d’année…

Toutes ces choses qui me dépriment profondément. D’autant qu’à l’époque où nous fêtions Noël en bonne et due forme au sein de ma famille, je prenais toujours le soin de dresser la table pour tous les convives et un+1, un présumé sans-abri qui passerait par là, et viendrait frapper à notre porte pour venir prendre la place qui est la sienne.

Je compris plus tard que, comme le soufflé qui tombe lorsqu’un enfant apprend que le Père Noël n’existe pas, l’invitation d’un sans-abri à sa table lors du réveillon de Noël relevait d’une fieffée utopie.

Ce billet n’est malheureusement que le sombre constat d’une jeune femme qui, malgré tout ce que la société essaie de lui faire croire, ne connaît pas la crise.

Une jeune femme désabusée par cette société qui, effectivement, entretient la notion de culpabilité, de laquelle nous tentons de nous défaire en adhérant poliment à la Croix-Rouge, Amnesty International ou autres Sidaction.

Moi, moi, moi, moi. À cet instant, je dis oui à la culpabilité, qu’elle me ronge même, du moment qu’elle me fasse réagir. Au moins un peu.

(cc) Rupert Ganzer

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