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25. mai 2012

Mot de passe oublié

penseesdeblonde

J’ai connu Cantor dans une galerie d’art où il exposait l’une de ses grandes tantes, peintre de l’Ecole de Rouen. A l’époque j’étais à fond dans l’impressionnisme, le genre facile d’accès pour néophites… Alors, l’Ecole de Rouen, j’étais à fond !

Bertrand (car c’était son prénom) n’a pas tardé à m’interpeler.
La clop éternellement au bec, la mèche rebelle, l’œil azur. Beau mec, au courant de cet état de fait.
Très vite il m’invita écouter le vent dans les haubans. Très vite j’acceptais.

J’ai toujours été attirée par les extra terrestres.

Notre relation a été courte, intermittente et intense.

Je me souviens de nos longues discussions au téléphone, où nos voix s’endormaient, nous laissant le sentiment de nous endormir ensembles.
Je me souviens de la frustration engendrée par ces mêmes discussions car nous ne pouvions nous voir.

Je me souviens des messages glissés sous ma porte qui me rendaient folle quand au matin je découvrais que mon amant platonique était passé… et reparti.

Il y avait the Rose, et Le Grand Bleu, My Lady Blue.
Le brame des cerfs et le souffle du vent.
Il y avait nos lectures partagées, Kundera, Borges et Luis Porque
Il y avait notre bulle intemporelle, nos billets posés déposés, nos messages en chanson interposées.
Il y avait les soirées Rock chez Gégène, Be Bop a Lula, et la bande des doux dingues
Il y avait le Tango qui altérait nos sens, mes bas sur sa cuisse, et nos baisers en bord de Marne.

Il y a eu aussi nos nuits d’amour. Physique. La jouissance de nos corps, les regrets, et les silences.

Et puis malgré tout, la certitude de toujours être là l’un pour l’autre. Même loin, même dans très loin. Toujours dans nos souvenirs.

Et ses mains sur le piano. Ses mains sur les miennes, ses mains … Notre « bulle », qu’importe le temps, qu’importe les gens, qu’importe l’aspérité de la vie.

Plus de 20 ans ont passé. Et je garde dans mon cœur le souvenir tendre et doux de Cantor. Une année à part, où nos incursions rendaient le quotidien moins morose.

J’ai relu nos lettres il y a deux ans, nos messages glissés en douce sous la porte. Quand je pense à lui, j’ai un grand sourire intérieur qui s’insinue jusqu’à mes lèvres, et la certitude, que parfois, depuis sa nouvelle vie, il a une pensée douce pour moi.

L’an dernier, j’ai revu Bertrand Cantor, sur Facebook. D’un mot dans sa messagerie, il m’a immédiatement requestée. Nous nous sommes souvenus de beaucoup de choses. D’autres pas. Tant pis. L’essentiel reste dans ce que nous avons vécu. Dans la sérénité qu’apporte la certitude que quoi qu’il advienne, l’autre aura toujours un regard plein de tendresse sur le passé partagé.
Que le mot « toujours » est propice Ă  la dĂ©finition de la bulle. Il est steppes ardentes d’Ă©ternitĂ© que les seules ailes d’un oiseau peuvent rĂ©duire en cendres.

 

 

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