Le postulat de base de mon travail (qui, je le rappelle, est secrétaire éditoriale), est qu’il faut aujourd’hui une grande dose de créativité pour se démarquer. Je me rappelle des premiers essais que j’ai faits pour une couverture de livre. Mes patrons se sont désespérés de me voir aussi peu créative sur le plan graphique (sachant que c’était quand même pour ça que j’ai été embauchée…). Ils m’ont balancé : Ce serait pas mal que vous alliez voir des expositions d’art contemporain. Autant me faire écouter du Christophe Maé en boucle. Depuis, j’ai appris à me faire les dents, et mon patron m’a même félicitée pour l’affiche que j’ai faite pour promouvoir une semaine de réflexion autour de la Bible et de l’écologie.
Depuis le début des années 1980, avec la tertiarisation de la société, les métiers de la création ne se sont jamais autant développés. La société étant devenue ce qu’elle est devenue, la création est devenue une valeur marchande comme une autre.
Tout d’abord dans les arts : que ce soit la musique, l’écriture, les arts théâtraux ou plastiques, jamais dans l’histoire les artistes n’auront été aussi médiatisés. Je dirais même qu’à l’heure actuelle, nous pouvons observer comme une survalorisation de l’art. Alors que les artistes, auparavant, traînaient des réputations sulfureuses (fréquentations pas glop, vies misérables), aujourd’hui, peu de parents seraient honteux que leurs enfants soient reconnus dans quelque domaine de création.
Ensuite, dans la vie quotidienne. Et là, j’entends bien sûr le rôle prépondérant qu’a pris la publicité depuis quelques décennies. Car dans notre société de consommation, il faut savoir vendre un produit, et ce par n’importe quel stratagème. Ce postulat a été illustré de manière très forte avec le fameux 99 francs de l’ami Frédéric Beigbeder. Résultat : la création a envahi jusqu’à nos vies intimes. Pour la cuisine, pour le sexe, pour l’éducation des enfants… La routine ne pardonne pas en 2009.
J’ai eu de la chance : j’ai une maman qui a érigé la création en principe d’épanouissement. C’est pour cette raison d’ailleurs qu’elle s’est épanouie dans son rôle d’institutrice. S’il est bien un métier où la création est de mise, c’est le métier qu’a embrassé ma maman il y a 36 ans. En effet, il faut s’avérer parfois très imaginatif pour élaborer des pédagogies différentes adaptées à tous les enfants, quel que soit leur niveau de développement.
Si bien que ma maman nous a élevées, ma sœur et moi, comme l’on pouvait élever des dames de compagnies au temps des Lumières. N’ayant jamais reçu d’éducation culturelle (puisqu’on l’a tout de suite dirigée vers de filières techniques, étant donné qu’un conseiller d’orientation l’a qualifiée de débile), elle a voulu compenser cette lacune avec ses filles. Résultat, je me suis retrouvée à faire de la danse à 3 ans et du solfège à 4. Et ma sœur a eu droit au même traitement.
À l’heure actuelle, au moment où j’ai fait de mon principal trait de caractère mon métier, se pose à moi une question cruciale : la création se doit-elle d’être survalorisée de la sorte ? J’entends bien qu’il y ait des personnes qui aient des dons particuliers, ou qu’ils aient réussi à force de travail à avoir un talent particulier, mais pour autant, ne doit-on pas être vigilants sur les systèmes qui utilisent la création comme valeur marchande ? Et surtout, dans quelle mesure la valorisation de la création cesse d’être un moyen d’expression légitime pour devenir un miroir aux alouettes ?
(cc) Art Comments
posté le 02/10/2009 | 746 vues | aucun commentaire | tags: commerce mondialisation marketing artiste création publicité art Culture
NB : Avant de commenter, rendez-vous sur la charte des commentaires
Vous devez vous identifier pour pouvoir laisser un commentaire.

L'histoire de mes premières fois #5 : Tévouille Un vendredi sur deux retrouvez “L’histoire de mes premières fois” sur Ladies Room !
Belles et Rebelles Retrouvez le dernier édito de Laurie pour sa semaine de rédac' chef, une spéciale rébellion !
Some kind of unreal music #17 : Nécrologies Petit retour sur les carrières de deux figures emblématique de la musique.
J'en ai tellement entendu parler que je voulais voir ça par moi-même. Je parle de Paulette, bien sûr, le magazine communautaire lancé par Irène Olczak. En 2010, c'était la version web, puis plus...
Bref, programme court ou shortcom, est diffusée sur l’antenne de Canal + depuis septembre 2011. Ce n’est pas la première série de ce genre. Un gars une fille avait aussi eu un grand succès...
Ce jour-là, j'avais mis trois heures à me préparer pour le concert qui m'attendait et j'ai bien fait. Habituée des petits concerts de ma ville, frêle esquif aimant la bière, j'étais encore une fois parée...
Parfois, je me sens proche des idées de Brigitte Bardot. Je ne parle pas de cette obsession pour la choucroute ou l’aigreur haineuse, mais plutôt de la croyance en un monde animal...
C’est sous la pluie battante que je le regarde partir, la nuit tombe doucement ce soir, timidement. Dois-je le rattraper pour lui dire ce que je ressens ou laisser faire la vie qui peut-être le ramènera à moi ? Je n’ai pas le courage...
Travaillant depuis peu dans le domaine du droit, une collègue m'a conseillé de lire le roman d'Autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère afin de mieux appréhender le monde de la jurisprudence...