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Merci Maman, d’avoir peur

Maman m’a toujours dit de me méfier et de ne jamais parler à des inconnus. Quand j’allais petite chez ma grand-mère, je devais toujours téléphoner à la maison. C’était à l’époque où beaucoup de petites filles se faisaient enlever, notamment avec l’affaire Marc Dutroux. Donc, naturellement, surtout en pleine campagne, Maman était très inquiète.

Lorsque j’ai quitté la maison à 17 ans, je me suis achetée un téléphone portable. En effet, j’ai quitté la maison mineure, maman se sentait encore responsable, bien que je sois titulaire du bac. J’ai donc vécu à Saint-Brieuc, puis Rennes, puis Brest, et je devais appeler ma maman tous les dimanches soirs quand je rentrais dans mon logement étudiant. Encore aujourd’hui, malheur à moi si je ne l’appelle pas, même à 0h30 au retour du train.

Je ne comprenais pas pourquoi Maman s’inquiétait autant pour moi. Certes, je ne sais pas ce que peut ressentir ma mère quand je suis loin d’elle. Moi aussi, je suis inquiète pour elle, mais c’est une autre manière. Je sais qu’elle est une femme forte, puisque qu’elle m’a élevée durant ces 25 ans. Lorsqu’elle a failli s’amputer la jambe l’an dernier, j’ai eu très peur pour elle, mais je savais qu’elle en rigolerait quinze jours après. C’est ma maman.

Et puis ce soir, j’ai compris pourquoi Maman se fait tant d’inquiétude pour moi. En vérité, ma maman est clairvoyante. Elle sait que je vis à Paris. Elle sait que certaines expériences que j’aurai à vivre seront traumatisantes pour ma vie d’adulte. Elle essaie encore de me protéger, c’est normal, même si je vis cette situation comme un étouffement.

Ce soir, je sortais tranquillement du travail. Je traversais le carrefour, quand je vois une voiture s’arrêter. Quatre hommes dans la voiture. Le plus âgé, avec une canne, descend de la voiture. Je crois alors que ces personnes se sont perdues et demandent leur chemin. Le vieil homme s’approche de moi. Il baragouine. Je lui demande s’il parle l’anglais. Il me dit

- Où toi partir ? Pas Française ?

Soudain, je pris peur. Je déguerpis alors vers l’arrêt de bus le plus proche en m’assurant de ne pas être suivie. Par chance, il y a du monde à l’arrêt de bus…

Je rentre chez moi en tremblant, non sans prévenir ma patronne encore au travail, ma soeur et Tiny. Je ne peux m’arrêter de trembler depuis. Maman est morte de trouille. C’est elle qui me fait comprendre la gravité de la chose et de déposer plainte à la gendarmerie. Ce que je vais faire demain.

Cette expérience m’a fait comprendre l’un des principes d’être mère : parfois, nous sommes amenées à élever nos enfants avec la peur au ventre. Mais grâce à ma maman, je sais maintenant que ma vie d’adulte ne se sera jamais construite sans elle. Merci, Maman.

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