Je suis l’Aboulique. La déesse du vide, du rien, de l’attente.
Je suis l’Aboulique, celle qui a peur d’être déçue, celle qui a peur d’être comblée.
Je suis l’Aboulique, celle qui ne demande rien et pourtant qui a besoin de tout.
Je suis celle que l’on oublie, je suis celle qui ne sait plus comment trouver la force. Je suis celle qui est couchée en position fœtale au bord de la piste de danse. Je suis celle qui a peur. Je suis celle qui ne dit rien. Je suis celle qui rêve, mais qui n’espère pas.
Je suis l’Aboulique. Je suis celle qui te regarde sans même te voir. Je suis celle qui comprend tout trop bien, trop rapidement, trop aisément.
Je suis l’Aboulique. Créature contemporaine, invention grecque. Je suis celle qui n’avouera jamais rien. A quoi bon, tout n’est que souffrance potentielle.
Je suis l’Aboulique. Celle qui n’osera jamais, celle qui ne dira rien, celle qui attendra sans jamais vraiment espérer un lendemain qui chante.
Je suis l’Aboulique. Je suis pleine de pseudo-drames à expier, de tragédies à oublier, digérer, recracher, détruire. Détruire.
Je suis l’Aboulique, celle qui ne veut rien, celle qui a besoin de tout. Celle qui a besoin de toi. Celle qui se taira jusqu’à la fin. Celle qui attendra que les choses soient moins douloureuses, moins démesurément importantes.
Je suis l’Aboulique, celle qui ne croit plus, celle qui était la Déesse Usas, celle qui croyait aux lendemains. Celle qui oublie, qui perd, qui déforme, qui entend, qui tire des conclusions, s’oublie en hypothèses.
Je suis l’Aboulique. Je remplis des pages, je remplis mon corps, j’oublie, j’oublie, j’oublie. Je t’oublie mon Joli.
Je suis l’Aboulique. J’ai peur, je me consume, je me conforte, je disparais, je me cache. Oui, je suis tellement bien cachée. Mon âme enveloppée d’une camisole de force, je suis l’Aboulique. A bord de tout, jamais intégrée dans rien. Trop peur. A quoi bon ?
Je suis l’Aboulique, je ne veux rien, je ne vaux rien, laisse-moi donc couchée là . A quoi bon me bouger ? A quoi bon me relever ? Je ne ferais que tomber d’un peu plus haut.
Je suis l’Aboulique. Celle qui ne paie pas de mine, celle à qui tu donnes le bon Dieu sans confession, celle à qui tu parles, celle qui ramasse les miettes de toi pour les vénérer, à l’abri, seule dans sa forteresse, seule dans son lit, seule dans son corps et dans son âme.
Je suis l’Aboulique. Celle qui murmure des chansons d’amour et des paroles douces. Celle qui implore le monde entier, l’Univers tout entier. Celle qui veut un changement, celle qui a trop peur d’oser affronter. Celle qui reste là , couchée au sol, au bord de la piste de danse. Celle qui observe en silence.
Je suis l’Aboulique, celle dont le cœur ne peut peut-être plus être réchauffé. Celle qui se noie dans des chaleurs sublimées et irréelles. Celle qui regarde les étoiles et la Lune en enviant leur sort.
Je suis l’Aboulique, je suis l’Aboulique.
Envie de rien, besoin de tout. Je suis celle qui écoute, couchée dans le noir, des voix appartenant à des êtres humains que je ne connais pas. Que je ne rencontrerais peut-être jamais. Je suis l’Aboulique, rien, rien de tout ça n’est assez fort pour me sortir de ma léthargie.
Je suis l’Aboulique. Je suis l’Aboulique, je suis celle qui a choisi sa place. Consciemment. A défaut. Je suis celle qui se contente de son sort, celle qui fait de puérils caprices mais n’agira pas. N’agira jamais.
Je suis l’Aboulique, Reine de Rien.
Je suis l’Aboulique, je suis l’Aboulique.
(cc) iwalk.jp
posté le 26/09/2009 | 539 vues | 6 commentaires | tags: aboulique sentiment humeur poésie | 2 ont aimé
Bien sĂ»r que le coeur peut encore ĂŞtre rĂ©chauffĂ©. MĂŞme si tu n’y crois plus, tu laisses tout de mĂŞme la porte entr’ouverte. Un espoir tapi, tout au fond, mais prĂ©sent… il existe.
@ Coppelia : Je sais pas quoi dire, t’as tapĂ© juste.
@ Blotty : Merci…
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Ca me fait penser Ă la chanson de Carla Bruni, ce gimmick “Je suis ‘l’Aboulique”.
Sauf qu’au lieu d’ĂŞtre gnian-gnian, c’est Ă©mouvant. :)