Il y a des jours (presque tous les jours) où j’ouvre les portes de ma penderie et je ne vois que le compteur et la conduite, la lumière blafarde, des strates vestimentaires d’un autre âge, des velléités de bals costumés, des dons reçus avec joie mais finalement délaissés, des décolletés trop amples, des tailles trop serrées, une robe de mariée pourpre, des sachets de lavande éventrés, des pashminas du millénaire dernier (« So 1999 !») des chemisiers repassés, pliés, patientant sagement dans leur sachet de pressing depuis l’époque où la sky line de Manhattan avait encore des tours jumelles, des affaires, des AFFAIRES, des vraies, celles de dizaines de saisons de soldes cumulées… STOP !
Je songe un instant Ă cette merveilleuse utopie, le dressing zen, un truc de folie inspirĂ© du livre « L’art de la simplicitĂ© » de Dominique Loreau. Il y a dans cet ouvrage tout un chapitre sur les habits, au fil duquel l’auteur nous livre les clefs de la zĂ©nitude, de la mesure et de la tempĂ©rance vestimentaire. J’en ai retenu ou fantasmĂ© quelques unes : privilĂ©gier la qualitĂ© sur la quantitĂ©, les matières naturelles, une très belle chemise blanche, les ranger soigneusement et par couleur, investir plus dans un article qui va beaucoup servir…
Pas des tips de fashionista déjantée, ça c’est sûr, mais pas du Bernadette Chirac non plus. Au contraire, c’est pile-poil de la décroissance-écolo-bio-je-ne-me-laisse-pas-avoir-par-les-pages-mode-tendance-des-mags-féminins-et-je-vais-mettre-les-économies-réalisées-sur-un-fond-commun-de-placement-responsable. En tous cas, ça devrait être une lecture obligatoire avant toute expédition shopping ou soldes.
Bref, c’est décidé, pour la rentrée : à moi le dressing zen où tout ne sera qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté !
Privilégier la qualité sur la quantité. Quand on part de si loin, no problemo. On lâche, on se détache, on se dit que l’on est riche de ce que l’on donne. J’aimerais bien être riche de ce que je peux vendre sur e-bay, mais pas le temps d’être une fille à la page ET de faire du bizness sur internet, suivre des enchères, prendre des photos, aller quinze fois à la poste et tout ce binz.
Donc on y va, je fais des piles.
Pile 1 : Relais Croix-rouge (la boîte en métal qui ressemble à un vide-ordure géant, une fois qu’on a rabattu le couvercle, il n’y a plus moyen d’aller récupérer la petite jupe grise sauf à revenir de nuit avec une scie à métaux)
Pile 2 : poubelle.
Pile 3 : le futur dressing zen. Ta-da !
Pile 4 : le « ne sais pas »
Constatations navrantes.
Pile 1 : on sera une sainte mineure sur le prochain calendrier de la Croix-rouge.
Pile 2 : on a subi tellement de lavage de cerveau écolo-recyclage qu’on n’y arrive pas. Une vieux T-shirt décoloré recyclé en chiffon.
Pile 3 : du noir, du beige, du gris ; ça le fait dans le genre jardin japonais ?
Pile 4 : la sournoise, jusqu’au plafond.
Je revisite la pile 4. C’était trop mou du genou, « ne sais pas », comme intitulé, j’aurais dû m’en douter. Ce que nous croyons posséder nous possède comme on dit. On lâche, on se détache.
Je scinde la pile 4 en une sous-pile 4 (a), « articles à valeur totémique, souvenirs, t-shirts collectors de concerts des années 80 », et une sous-pile 4(b) pour les forts potentiels poubelle mais en sursis (« le purgatoire »).
Bilan à l’issue de ces mesures corrective : salon encombré de piles de fringues. Époux consterné : « c’est ça ton rangement zen ? »
J’inspire par le nez, j’expire par le nez aussi, comme au yoga, quoi.
Je fusionne la 4(b) “le purgatoire” avec la 2 “la poubelle”.
Voilou !
Deux descentes au local poubelle plus tard (que Nicolas Hulot et Emmaüs veuillent bien m’excuser), et un voyage au point relais Croix-Rouge, et c’est fait. Juste avant de claquer le coffre de la voiture, je ressors quand même de la pile 1 une petite veste noire en laine bouillie de Loft by design et qui n’a pas pris une ride depuis l’année du « non » à la nouvelle constitution Européenne.
En repartant du relais Croix-rouge, je freine brutalement en imaginant une paysanne polonaise avec mon col roulé noir et ma petite jupe grise de l’hiver 2004-2005. J’ai failli faire demi-tour, puis je me suis reprise. J’en suis pas au Daila-Lama en zénitude, mais je commence à sérieusement à méditer transcendentalement. Je m’arrête juste avant d’avoir à porter des draps oranges, promis.
De retour chez moi, je saisis mon râteau et trace les sillons dans les menus galets de mon dressing zen, je pose une délicate orchidée dans la chambre de thé et j’observe les cerisiers en fleurs. Un vent nouveau se lève, le Qi circule dans la penderie… Mais je ressens déjà comme un appel d’air… les harmonies de beiges, de noirs, de gris c’est bien beau tout ça, mais où est l’azur ? Deux ou trois trucs de couleur, voire un truc bling, ça ne me trouerait pas le karma.
La petite flamme du désir, vous savez, ce néon désagréable qui clignote et grésille, et bien elle est revenue. Elle ne se calmera qu’à coup de carte bleue. En plus, avec la nouvelle loi, il va y avoir plein de magasins ouverts le dimanche maintenant, non ?
(cc) loop_oh
posté le 22/09/2009 | 1878 vues | 7 commentaires | tags: Zen rangement dressing fringues Formes | une personne a aimé
Ma pile 4 c’est plus : on ne sait jamais, des fois que… RĂ©sultat je ne fais plus de piles, sauf la 1 mais elle n’est pas hyper haute… indĂ©crottable.
souvent je ne resiste pas car a chaque fois les fringue que je jette son la mode ki arrive l’annĂ©e daprĂ©s damned je suis maudite lol ;)
conclusion vous avez passe la journee a perdre du temps et ne rien jeter…..
l’hypocrisie est tenace quand meme….. :D
Meuh non frenchie, elle a fait de la place, qu’elle va s’empresser de combler, la femme a horreur du vide.
je l’ai lu aussi! et sur le coup j’Ă©tais vraiment persuadĂ©e de m’y tenir… pas seulement pour ce qui est du dressing… sur le plan dĂ©co aussi… et j’avais meme achetĂ© le flacon d’huile sensĂ© etre le “seul produit de beautĂ© utile”, et le petit bol de la taille de mon estomac dans lequel ne devait plus entrer aucun aliment non-necessaire Ă ma survie… euh…le bilen… bah disons que le chocolat, les cookies et les fraises tagada sont necessaires Ă ma survie… et pour ce qui est du dressing, je croule toujours sous les piles…mais je suis zen, car si je suis bordĂ©lique, maintenant c’est sciamment!
Ah, les bordéliques contrariées !
Le coup du produit de beautĂ© unique pour toutes occasion, j’y ai pensĂ©, mais c’est trop hard core, je n’ai pas osĂ©.
Tu me comprends DAF, on vide et on remplit, c’est un cercle infernal, la machine qui me nourrit me dĂ©truit !
En attendant, c’est toujours le bordel dans la penderie…
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ahah La description de la pile 4 (la fameuse). C’est si vrai.. Je range mon dressing tout les mois et la pile 4 est toujours la plus remplie.