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La musique est-elle caricaturale ?

Dis-moi ce que tu écoutes, je te dirai qui tu es. L’être humain a cette capacité de ranger ses congénères dans des cases bien délimitées, de sorte que, lorsque l’on sort de l’archétype, on devient tout de suite une personnalité paradoxale (comme moi quoi). Mais, dans ce sens, toute personnalité est paradoxale. M’enfin bon, là n’est pas le sujet.

La musique est-elle caricaturale ?De la musique comme vecteur émotionnel

Bon nombre de mes congénères aiment être bouleversés par la musique. Des artistes/groupes tels que Radiohead, Jeff Buckley ou Muse ont du succès parce qu’ils savent remuer nos petits cœurs au point de verser des petites larmes ; d’autres comme Rage Against the Machine ou Marylin Manson peuvent servir de catharsis à un sentiment de ras-le-bol exacerbé ; la techno dont les rythmes sautillants et rapides rappellent le battement du cœur pendant l’orgasme… Moi-même, mon apprentissage de l’expression est passée par la musique (sans quoi je serais actuellement autiste).

Il arrive donc aux auditeurs de musique qu’ils aient l’impression de ressentir exactement ce que peuvent ressentir les créateurs de la musique qu’ils écoutent. Ce formidable pouvoir d’empathie que génère la musique est l’une des raisons pour laquelle cet art est l’un des principaux moyens utilisés pour débloquer certaines déficiences de l’expression (n’est-ce pas, Mika ?). Mais tout le monde ne ressent pas la même chose en écoutant la même chanson. Quand la plupart de mes copines s’éclatent sur Relax, take it easy dudit Mika, j’ai juste envie d’égorger ce brave jeune homme tel un mouton pour l’Aïd. Cela n’empêche pas que je le considère comme un artiste de talent. Certes, je n’aime pas, mais là n’est pas la question.

Voyons maintenant l’aspect réunificateur de la musique.

Communauté musicale et Toile

Ce n’est pas parce que l’on traîne avec des copains qui kif le rap qu’on va se mettre à kiffer le rap. D’abord, on vient à la communauté musicale parce qu’on aime la musique. C’en est même le principe fondamental. Je prends un exemple : dans les années 1990, mes copines aimaient les boys bands, pas moi (je préférais le rock qui fait head banger). Je ne formais donc pas une communauté musicale avec elles. Dans ce sens, j’ai longtemps été mise à l’index parce que j’écoutais aussi du classique et du jazz.

Alors que le concept de communauté dans le réel est mis à mal, on n’a jamais vu autant de communautés musicales virtuelles. Internet a ceci de merveilleux que les mises en commun sont facilités par l’exposition de la personnalité de chacun sur la toile (FB, je te vois !). Par conséquent, la mise à l’index de la part d’une communauté musicale n’est plus possible. C’est ainsi que celui qui, comme moi, avait honte de s’extasier sur du Claude Nougaro (à 17 ans, je précise) peut désormais afficher son amour sur la Toile sans subir de vindicte populaire.

Chats, blogs, MySpace, FB, Twitter… Tout est bon pour afficher haut et fort son appartenance musicale. Mais l’un des aspects de ce communautarisme est sans nul doute le rapport entre musique et mode.

WTF ? Un gothique qui écoute du Chantal Goya ?

Malcolm McLaren et Vivienne Westwood, en 1975, avaient bien adapté ce concept marketing : pour vendre leurs fringues, il fallait monter un band pour servir d’image de marque. Ce band deviendra le plus grand groupe punk de tous les temps (les Sex Pistols, faut-il préciser) et lancera la mode du combiné t-shirt déchiré-perfecto-jean mort-crête-épingle à nourrice. CQFD.

Vous ne verrez jamais, en effet, des jeunes lookés t-shirt moulant et fluo écouter du Nirvana. Ma sœur, par exemple, s’est mise aux chemises de bûcheron et aux cheveux gras après la découverte du grunge. Ma petite cousine de 14 ans s’est mise au slim-ballerines-frange en découvrant les BB Brunes (grâce au ciel, elle n’a pas encore succombé aux Wayfarer). Cela veut-il dire que la musique n’est qu’une affaire de chiffons ? J’ai l’impression que ça l’est de plus en plus, malheureusement.

Quoi qu’il en soit, le communautarisme musical est, à mon sens, tout aussi dangereux que le communautarisme religieux. Mais j’ai bon espoir : toute tentative de caricature de la musique échoue, car la musique est en un sens universelle.

(cc) nafra cendrers

9 Responses to “La musique est-elle caricaturale ?”

  • Très bon article. Je suis d’accord sur le cas de mika moi non plus j’aime pas mais bon ça marche bien. Bien sur que la musique n’est pas qu’une affaire de fringue mais plus une affaire de ressenti, mais lorsque l’on est ado ou en devenir et qu’on se cherche ona besoin de s’identifier. Cela nous permet de nous contruire aussi. La musique adoucit les moeurs et nous aide à chaque instant de notre. vie Elle est universelle et devrait permettre de faire la paix. Après tu as raison on est pas obliger d’amier la même chose c’est surement ça la fôrce de la musique. Peut-être qu’n écoutant un peu de tout on est plus ouvert et tolérant. Enfin voilà ton article est très intéressant.

  • EXcellentissime article Storia. J’en redemande des comme ça !

  • Nice article, et pour appuyer un sujet que je connais, dans le délire “dit moi ce que tu portes, je te dirais ce que tu écoutes”, le wutang clan dans les années 90 qui lance le wu ware et permet d’habiller l’ensemble de ses fans partout dans le monde.
    La marque FUBU “afro american gears for afro american people” qui sponsorise LL cool J et permet de toucher un large public de fan.
    Plus récemment la marque technonik déposé en même que le “mouvement”.
    Mais il est clair que l’habit ne fait pas le moine par exemple Guru qui présente Jazzmatazz, Roy Hargrove avec ses albums orienté hiphop, 20syl et HocusPocus…Etc

  • il y a une part de vrai….mais je mettrais un bémol.
    J’écoute aussi bien ntm que bb brunes(tu le sais now^^), les red hot que camille, là je suis en crise rap français (première consultation de doc gynéco, histoire de me souvenir qu’avant je l’adorais et que le titre Nirvana, ben le texte j’aurais voulu l’écrire…), j’aime AFI, et pourtant, j’ai MON style. Pas de wayfarer, pas de baggys, bref, il existe aussi des éclectiques, qui n’ont pas besoin de se ranger dans un style….Ma meilleure pote, tu pourrais croire qu’elle est baba roots vu son look, ben elle idôlatre zazie.

    Je crois qu’on parle surtout de la plupart des gens qui n’ont pas trop de personnalité à un moment donné et qui se cherchent au travers des gens qu’ils admirent.
    Et ça tu peux le trouver ailleurs que dans la musique….quelle cadette n’a jamais voulu copier sa soeur, sa cousine?

    Au niveau musical, je vois pas trop le changement au niveau fringues, pour les beatles on a eu oasis, pour les slims de jagger on a bb brunes, pour les casquettes et les muscles de tupac on a 50 cent…
    Bref, rien de nouveau sous le soleil…
    Pour la phrase: “Vous ne verrez jamais, en effet, des jeunes lookés t-shirt moulant et fluo écouter du Nirvana” détrompe toi…je vis au quotidien avec une espèce adolescente trés surprenante…Pour ceci je ne suis pas d’accord.
    Pour cela je suis à fond avec toi: “Mais j’ai bon espoir : toute tentative de caricature de la musique échoue, car la musique est en un sens universelle.”

  • @Mely : Justement, je suis personnellement no style et j’écoute tous types de musique. Mais je suis désolée, ton espèce adolescente – et je l’ai encore vu à ReS – est une espèce d’exception qui confirme malheureusment la règle, surtout chez les adolescents. J’ai peut-être, dans mon adolescence, eu ma période chemise de bûcheron-cheveux gras (ha, ma soeur…), mais je n’ai jamais autant ressenti cette espèce de communautarisme autour de la musique et de la fringue chez les jeunes. J’aurais peut-être dû préciser que ce que j’écrivais était de l’ordre du ressenti…

  • Oui tu as raison Mély que tu peux avoir ton propre style vestimentaire sans être totalement influence par ce que tu écoutes. Après c’est peut être moi qui caricature là. Mais souvent quand tu es ado tu te cherches car ta personnalité est en plein façonnement. Ainsi on est plus facilement influrncer et on se cherche un style vestimentaire qui ressemble souvent à ce qu’on écoute histoire de se démarquer certains le font pour s’affirmer d’autres serebelnet un peu. Par exemple autor du skate se crée la communauté des skaters qui pour la plupart portent des baggys, des sweeat et des vans où ce qui s’en approchent mais certains aiemnet sans pourtant pourtant ressembler au cliché que je viens de te donner.

  • @Jess : disons qu’il est très difficile de se démarquer avec son style vestimentaire lorsqu’on écoute un certain style de musique. À ce propos, j’aurais peut-être pu évoquer l’interprétation de la fameuse déterritorialisation de Deleuze par André Manoukian. J’observe ceci avec la Nouvelle Star, où un cas flagrant de déterritorialisation s’est produite lors d’un casting. Les jurés voient débarquer un mec stylé death metal, avec vêtements noirs, cheveux longs, platform shoes et piercings. Ils s’attendaient à un truc d’anthologie, fait de borborygmes. Et ce mec a chanté timidement « Don’t stop the music » de Rihanna en se déhanchant comme une midinette. Le jury a été estomaqué. Comme quoi, la caricature a la vie dure.

  • Je suis à peu près d’accord sur tout ton article!Si l’on devait s’habiller par rapport à la musique qu’on écoute, je changerais de look tous les jours, et encore, je peux dire toutes les heures.Je chante , joue du piano, est été bercée par la musique .J’aime tout ce qui se fait mais avec beaucoup d’esprit critique face à la musique “fast food ”
    J’ai été looké avant de devenir chanteuse professionnelle, alors que la musique a toujours fait partie de ma vie, même lorsque j’étais dans le ventre de ma maman.La musique est un art.On ne devient pas musicien du jour au lendemain.S’il y avait en France une vraie culture musicale, nous n’en serions peut être pas là, à simmplement s ‘identifier par un habillement des plus superficiel et rien connaître aux notes de musique.Il faut l’apprendre avant de l’aimer…mais très bon article tout de même!

  • @ nanahari : mais il y a en France une vraie culture musicale, comme partout ailleurs. Sauf que ce que je décris là ne tient pas de la culture musicale, mais de la condition humaine. Autrement dit, je m’aperçois que, sous couvert de servir une communauté (virtuelle ou réelle), la musique devient prétexte à ségrégation. C’est tout, pour le moment.

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