Au départ, on ne se méfie pas plus que ça. On entre, après avoir vu un peu de lumière, on fait un peu des politesses, on reste en retrait, on n’ose pas trop…
Puis on finit par s’enhardir. On pousse franchement la porte, et on s’installe dans le canapé. Voire on allonge carrément les pieds sur la table. On prend ses aises en somme. Au départ, sans autre but avoué que de passer un peu de bon temps, de se distraire. Puis on se prend au jeu. On se dit pourquoi pas moi ?
Et on essaie. On créé un nid, plus ou moins à son image, plus ou moins ressemblant, plus ou moins reluisant. On allume quelques bougies, et hop… Les premiers invités se pointent. Avec souvent les mêmes idées, et une tendance à être furieusement d’accord avec tout ce que vous faites. Les bénis oui-oui , les cireurs de pompes (à la vraie salive homologuée, ça bave, ça en jette, ça reluit). On entretient. On croit devoir.
On se conforme Ă une image. Finalement, ce n’est que ça. Un public en demande, en attente de trouver une communautĂ© d’idĂ©es ou d’humour, des pseudos Ă©crivains, artistes, humoristes, des journalistes manquĂ©s qui tentent de s’inventer une vie derrière un masque. Des humains dĂ©shumanisĂ©s, qui n’ont pour toute matière que leurs mots, et pour toute substance qu’un avatar. Un pseudo. Un ersatz.
C’est ça les blogs. De l’humour formaté pour public averti et pas difficile, des fausses perles jetées à une assemblée de nourrains mal dégrossis, des pseudos provocations pour rebelles 2.0 dont la plus grande rébellion dans la vraie vie sera de ne pas sortir les poubelles en charentaises mais en Louboutin, des essais de grandiloquence littéraire pour des embryons d’écrivains en mal de publications, qui n’écriront jamais autre chose que des pages misérabilistes sur le désespoir de vivre et la difficulté d’être un artiste compris, des standing ovations sur commande d’un public déjà acquis à votre cause, des miroirs aux alouettes de gens biens, des saillies humoristiques à tire-larigot, des expositions de fantasmes, des façons de penser que l’on croit iconoclastes et qui ne sont que des perceptions légèrement amplifiées de ce qui se fait de plus banal , des bandes reformées comme au bon vieux temps des cours de récré.
Les moi-je, que rien d’autre que leur petite vie n’intéresse, partageant le plus intime ou le plus ridicule, sans honte ni retenue.
Les aime-moi, criant Ă qui veut un tel dĂ©sir d’être reconnu, voulu, dĂ©sirĂ©, exsudĂ© tellement Ă travers les lignes que ça en pue comme au fond d’un cloaque.
Les regarde-moi, pervers pervertis par leur propre image dans le miroir, masturbateurs exhibitionnistes de leur terreau intellectuel et fantasmatique, dont la semence appauvrie ne fertilisera rien d’autre que des rĂŞves avortĂ©s.
Les comprends-moi, en mal de psychanalyse, et qui salissent leur clavier de leurs névroses les plus profondes.
Les hais-moi, se construisant une image forte sur la détestation et le rejet.
Pas besoin de s’aventurer très loin pour retrouver chacun de ces exemples. Pas besoin d’être très fin pour être tour à tour l’un ou l’autre. Personnage.
Un jeu de rôle. Une mini société. Avec ses codes et ses lois, avec ses panthéons et ses purgatoires, avec ses élus et ses plébéiens.
Riez de moi, avec moi, croyez en moi, voyez-moi, dĂ©testez-moi, frappez-moi, admirez-moi, louez-moi, achetez-moi, lisez-moi, conspuez-moi, crachez sur moi, embrassez-moi, abandonnez-moi, encensez-moi, prostituez-moi…
FaĂ®te d’Ă©mois…
Faites de moi…
Ce que vous voulez.
Exister.
(cc )arquera
posté le 01/09/2009 | 752 vues | 9 commentaires | tags: verve microcosme jeu de role existence mensonge blogs écrire | 5 ont aimé
Et pour ne rien gâcher, c’est si bien Ă©crit. :)
@Mely: Bien bien merci, la vĂ©ritĂ© Ă travers le mensonge, c’est une pirouette.
@Rose H: Compliment qui me touche jusqu’au fond du disque dur, mon clavier en rougirait presque :)
Oui, bien dit, c’est vrai, mais quand on dĂ©couvre au fond du web ce petit blog romantique, ces photos touchantes, ces sensations vivantes; qu’on se dit qu’au fond de chaque internaute dort une artiste…
Toutes ces sensibilitĂ©s tapies, anonmymes, qui Ă©closent au ras de l’eau, Ă peine perceptibles… Parfois dans le mĂ©tro, je me dis qu’Ă cĂ´tĂ© de moi est assise celle-lĂ mĂŞme qui m’a tant touchĂ©e la veille au soir. Se dire que le monde est plein de talents anonymes, la foule faite d’artistes si sensibles, je trouve que ça rĂ©chauffe.
Bien sĂ»r, c’est vrai et bien enfoncĂ©, ce que tu assènes, mais c’est trop beau; tous ces talents qui osent se lancer sur la glace et laissent une trace parfois Ă©phĂ©mère, mais unique, et parfois si belle… ça me fait oublier les cohortes que tu dĂ©nonces.
Ces timiditĂ©s qui se dĂ©couvrent, ces vies qui s’ouvrent, ces douleurs qui se publient, derrière lesquelles on sent l’adolescente surdouĂ©e en dĂ©sarroi dans sa province dĂ©bile, l’infirmière Ă©puisĂ©e par un monde qu’elle n’arrive plus Ă prendre en charge, et puis mĂŞme si c’est fatiguant aussi, tous ces commentaires dĂ©biles, cette humanitĂ© qui se met Ă se parler, moi, ça me change quelque chose.
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAh…..
Enfin un vrai commentaire :)
Je commençais Ă croire que ça n’arriverai jamais (sans vouloir vexer les contributrices prĂ©cĂ©dentes, mais je n’ai pas besoin qu’on m’applaudisse)
J’aime l’ironie, et l’exagĂ©ration. C’est volontairement que j’oublie les vrais talents. Il faut parfois savoir se moquer un peu de soi mĂŞme ;)
Mais il faut bien reconnaĂ®tre que les vrais “talents” ne sont pas lĂ©gions, et que si l’on peut Ă l’occasion faire un texte bien torchĂ©, ce n’est pas pour autant qu’on est quelqu’un. Ce que d’aucuns ont tendance Ă croire dès lors que sur leur espace de production, ils trouvent deux trois commentaires dans le sens du poil.
Il y a une espèce de “code”, qui fait que on reste trop polis dans les commentaires, on applaudit… Et qu’est ce que ça amène?
Rien.
A part enfler l’Ă©go.
“Au fond de chaque internaute dort un artiste”: Non mais , tu t’es relue rassure moi? Dans la foule, certainement, il y en a quelques uns, mais dire que chaque internaute l’est, tout ça parce qu’il a torchĂ© quelques lignes, sur des sujets souvent bateaux, ou qu’il s’est dĂ©ballĂ© façon confessions intimes, je trouve ça exagĂ©rĂ©.
Ce n’est pas compliquĂ© de faire pleurer dans les chaumières, ça ne l’est pas non plus de se faire publier sur un blog, il suffit de rĂ©flĂ©chir deux secondes Ă ce que veulent les gens: du sexe, des larmes, un peu de provoc… Pas besoin de talent pour ça, ou d’une âme d’artiste, la logique suffit.
Houuu qu’elle est agitĂ©e la Moira, hou lĂ lĂ mais qu’elle gigote :)
C’est que c’est tonique Ă ct’âge lĂ ! T’es sĂ»re que tu ne lui donnes pas un peu trop d’Vitamine C, binguieu, ce qu’elle est Ă©nervĂ©e :)
Tu sais qu’il y a des aveugles qui reconnaissent les couleurs Ă leur vibration au toucher, tu sais que les sourds lisent sur les lèvres.
Tu sais que pour produire ces monologues, et dĂ©ployer ces cyber-politesses, il a fallu, comme tu l’as dit d’ailleurs, juste avant et juste après, qu’elles ” s’y ‘autorisent “.
Il y a autour de toute cette prise de parole, ce dĂ©ballonnement, certes, planĂ©taire, une immense libĂ©ration. Ma voix vaut celle des autres au sens oĂą pour une fois, aucune barrière ne m’est opposĂ©e.
La voie est libre ! Oui, on entrouvre la porte, le formulaire d’inscription m’acceptera, quels que soient le genre, l’âge, etc.
Quant à ma race, on ne me la demandera plus, et mon pseudo déguisera le tout.
Devant cette porte toujours ouverte, je vais faire un pas qui est celui de m’autoriser moi-mĂŞme Ă ĂŞtre l’Ă©gale des autres. C’est le genre d’acquis qu’on ne t’enlève plus.
Tu as la chance, Moira, d’avoir grandi dans un milieu qui t’as Ă©duquĂ©e, libĂ©rĂ©e, donnĂ© des outils intellectuels pour Ă©valuer, dĂ©partager, hiĂ©rarchiser, et mĂŞme une habiletĂ© pour Ă©gratigner, railler.
On t’as tant aimĂ©e que tu es grande. Mais donne et pardonne, tu rendras ce qu’on t’a donnĂ©.
Laisse pousser cette mousse, maladroite, et se mirer dans ses dialogues idiots. Laissse, qu’elle fasse un terreau car nos filles y pousseront, et leurs fleurs seront plus fortes.
Aime ce qui, un instant, s’est aimĂ© soi-mĂŞme et a vibrĂ©, hardie, Ă la surface de son ĂŞtre.
Et la voix fĂ©minine dĂ©sormais enfle, irrĂ©pressible, comme une vague de rĂŞve dans le possible de l’humain, apportant le mĂŞme espoir de dĂ©passement aux aveugles et sourds que nous sommes, la seule vraie chance pour l’humanitĂ©, qui est l’altĂ©ritĂ©, l’acceptation de la diffĂ©rence, et hue, avance en fanfare, le cortège de fraternitĂ©s et de sororitĂ©s qui va avec. Races, religions, minoritĂ©s, loisirs crĂ©atifs, arrivez par ici, passez au stand maquillage, qu’on vous frictionne et qu’on vous mĂ©lange dans une sauce douce, le cocktail maison de pamplemousse et de bienveillance.
De la fantaisie ? J’en ai au jet ? Des paillettes de fĂŞte ? c’est Ă la fontaine lĂ bas.
J’aime, en particulier, la fleur minuscule qui n’a osĂ© pousser que dans l’anfractuositĂ© du rocher. Sa fille sera une fleur, sa petite-fille un chĂŞne.
Il y a des pays où une femme serait poursuivie, pour dire ces choses. Elle est à plaindre, celle qui va recevoir la visite de la milice, mais elle est sauvée.
Elles sont plus Ă plaindre encore, celles qui vont intĂ©grer que ” ça ne se fait pas”. Cent personnes psychiquement castrĂ©es pour une emprisonnĂ©e, ça vaut le coup de continuer.
Cent personnes qui osent désobéir, ça devient lourd à gérer.
Alors moi je dis, rien que pour célébrer cette liberté, rions, cent blogs nuls pour un bon, ça vaut encore le coup :)) mon coeur est content.
Et surtout, merci mille fois de m’avoir donnĂ© le courage de faire cette superbe remarque :) mon coeur te remercie.
:*
Ce texte se veut une constatation biaisĂ©e forcĂ©ment puisque totalement subjective, (quoique certains puissent croire Ă sa totale objectivitĂ©, cf les comms prĂ©cĂ©dents), …
Ma spĂ©cialitĂ© Ă©tant la mauvaise foi, bien sĂ»r que j’aime pousser les gens dans leurs derniers retranchements. Je souris doucement de voir que certains ne l’ont pas compris, je suis extremement contente de t’avoir amenĂ© Ă faire ces commentaires, qui dĂ©passent largement le cadre de mes espĂ©rances. C’est intelligent, construit, cohĂ©rent (mĂŞme un peu lyrique Ă certains moments) et quoique je ne sois pas d’accord avec tout ce que tu Ă©nonces, au moins voilĂ de vrais commentaires utiles.
Quant au lieu en lui mĂŞme, effectivement, personne ne te demande quoi que ce soit Ă l’entrĂ©e, il n’y a pas de molosses ou de gardiens pour en interdire l’accès, mais reconnaissons aussi que dans la grande masse, il s’agit la plupart du temps d’un endroit assez consensuel, et qui me fait parfois plus penser Ă une rĂ©union tupperware, voire un site de rencontre dans les commentaires, qu’Ă de vrais Ă©changes, nourris et construits; Je ne nie pas les vrais talents de plume qui s’y nichent, je dis juste qu’il faut donner au peuple ce qu’il veut. Du pain et des jeux. Ca n’a pas changĂ©. J’observe depuis un long moment, je le connais tres bien je crois maintenant. Formater un article pour faire une Une, c’est simple une fois qu’on a compris.
Je n’ai pas plus de talent qu’une autre, je me cache aussi derrière un pseudo, je fais ce que je veux de ma plume.
Ce qui me dĂ©sespere dans les blogs,comme dans la vie rĂ©elle d’ailleurs, c’est cette tendance Ă faire croire aux gens qu’ils sont des personnes qu’ils ne sont pas. Observe la tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ©, observe cet accès Ă la cĂ©lĂ©britĂ© facile et galvaudĂ©, pour rien. Les blogs, c’est pareil, on peut te porter aux nues, et te donner une certaine dimension, alors que de fait, tu n’es et ne sera jamais qu’une anonyme parmi la foule. Tu n’es personne. Et c’est pour ça que tu Ă©cris.
J’ai cessĂ© de lire quasiment tous les blogs, parce qu’au fond, ils crient tous la mĂŞme chose, l’angoisse de l’etre humain devant la solitude. Combler. Combler les vides. Consommer, Ă outrance, les Ă©motions, le mauvais esprit, la provoc, des mots….
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