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26. mai 2013

Mot de passe oublié

pheno

J’attrape rapidement mon trench sur le porte-manteau. Un instant, j’hĂ©site. Serai-je Ă  la hauteur ? Cette inquiĂ©tude disparaĂ®t instantanĂ©ment quand la clĂ© tourne dans la seconde serrure. J’enfile mon manteau et fais un nĹ“ud avec la ceinture.  Mes mains sont tremblantes et moites. J’ai l’impression que mon cĹ“ur va sortir de ma poitrine. J’ai chaud. J’ai envie de m’enfuir.

attachemoi2.jpgLa porte s’ouvre. Je me retrouve nez Ă  nez avec lui. Il me regarde droit dans les yeux et sourit. J’en fais de mĂŞme avec un petit sourire narquois.
«  Bonjour mon amour » dit-il avec tendresse et douceur. Il s’approche et me prend par la taille. Son visage se rapproche du mien. Nous avons l’un et l’autre un large sourire. Je reste silencieuse jusqu’au moment oĂą il me tend ses lèvres.
« Attention, tu vas encore m’enlever tout mon rouge Ă  lèvres ! Juste un baiser du bout des lèvres… »

Nos lèvres s’effleurent. Je sens ses mains presser mon corps contre le sien. Je passe ma main autour de son cou, la descends dans son dos et fais de lents cercles sur ses omoplates. Joue contre joue, nous restons un instant enlacĂ©s ainsi. J’entends son souffle non loin de mon oreille. J’essaie de le sentir contre ma peau mais seule mon ouĂŻe est capable de saisir sa respiration.

Il est calme, pas d’halètements. Je me recule lentement, retire mes bras que je laisse tomber le long des siens qui tiennent toujours ma taille. Je contemple son visage avec une certaine bĂ©atitude que l’on ne retrouve que chez les amoureux transis.

« Tu avais l’intention de sortir ? »

- Oui, je dois aller faire une course. J’en ai pas pour longtemps.

- Tu veux que je t’accompagne ?

- Non, j’en ai vraiment pas pour longtemps, je vais juste chercher des clopes.

- On sort ce soir ? Je vois que tu es bien apprêtée.

- J’ai une petite idĂ©e derrière la tĂŞte oui, mais tu verras…

- Oh, une surprise ?

- hmm… Je file, je reviens.

- Je t’aime !

Je passe devant lui, nous nous croisons sur le pas de la porte. Il rentre dans l’appartement alors que j’en sors. Il m’attrape par la taille alors que je suis encore de dos, me serre contre lui et simule un coup de reins.

« - Moi aussi ! Allez ! Je reviens ! »

J’enlève ses mains de ma taille, me retourne vers lui, lui vole un baiser du bout des lèvres et me dirige vers les escaliers. J’entends derrière moi :

- A tout de suite ! Je vais prendre une douche rapidement et me préparer.
- Ok !

Je dĂ©vale les escaliers. J’ai la tĂŞte ailleurs. Le fait d’aller m’acheter des cigarettes en sous-vĂŞtements sous mon trench m’excite lĂ©gèrement mais me semble naturel bien que je ne le fasse pas tous les jours.

Je sors de l’immeuble. Les mains dans les poches vĂ©rifiant que mon porte-monnaie est bien lĂ . Je marche vite mais je ne sais pas pourquoi, je ne suis pas pressĂ©e. Je ralentis le pas. Je relève la tĂŞte et croise un couple avec une petite fille tenant la main de sa mère. La femme me toise et me rappelle que je suis en talons hauts, bas rĂ©sille et fardĂ©e Ă  outrance. Je sens dans son regard la jalousie et un peu de haine. Elle me regarde de bas en haut tandis que l’homme scrute mon visage. Je n’arrive pas Ă  dĂ©crypter son regard, me dĂ©sire-t-il ou se dit-il qu’il prĂ©fère sa compagne ?

Peu importe, j’avance lentement avec un petit air malicieux, satisfaite de provoquer des Ă©motions chez autrui, quelles qu’elles soient. Je jubile en entendant le bruit de mes talons sur le trottoir comme le bruit d’une horloge dont le tic-tac ne ferait que tac. Je marche, la tĂŞte haute, le dos bien droit, balançant mes jambes l’une après l’autre, la tĂŞte ailleurs, un vent lĂ©ger glisse sur ma figure et soulève de part et d’autre de mon visage les mèches noires Ă©bène de mes cheveux lissĂ©s Ă  l’extrĂŞme.

J’arrive au tabac. Un groupe de jeunes Ă©phèbes assis Ă  une table Ă  ma droite, plantĂ©s devant leur demi, parle fort et rit, jusqu’Ă  ce que l’un d’entre eux me regarde fixement et baisse la voix. Les deux autres se retournent dans ma direction, me scrutent, me dissèquent. J’ai l’impression que chacune des parties de mon corps est Ă©tudiĂ©e Ă  la loupe, oubliant que je porte un trench et qu’il est sĂ»rement difficile pour eux de pouvoir imaginer en dĂ©tail chacune des parties de mon corps. J’ai la sensation d’ĂŞtre nue jusqu’Ă  ce que l’un d’entre eux me ramène Ă  la rĂ©alitĂ© en me jetant un sourire et un regard dĂ©goulinant de perversitĂ©, malsain et libidineux, provoquant chez moi un dĂ©goĂ»t inhumain, un malaise intĂ©rieur, j’ai envie de vomir.

Ce sentiment que l’on retrouve dans les situations d’inceste ou de viol, l’horreur qui se dĂ©gage lorsqu’on constate que c’est son corps qui provoque cette excitation chez l’autre alors qu’on ne l’a pas dĂ©sirĂ©, perdre tout contrĂ´le et ne pas maĂ®triser le dĂ©sir que l’on attise, ĂŞtre innocent et impuissant face Ă  un dĂ©sir sexuel non dĂ©sirĂ©. C’est dans ces moments-lĂ  qu’on arrive Ă  se dĂ©goĂ»ter de soi-mĂŞme. Je veux ĂŞtre dĂ©sirable et j’aime l’ĂŞtre, mais Ă  cet instant prĂ©cis, je ne veux plus l’ĂŞtre, je voudrais que toute mon Ă©nergie sexuelle disparaisse.

Le buraliste me sauve :

- Mademoiselle ? Vous désirez ?
- Bonjour ! Deux paquets de Lucky 25 s’il vous plaĂ®t !
- 12 euros s’il vous plaĂ®t !
- VoilĂ  !
- C’est parfait ! Au revoir !
- Merci !  Au revoir !

Je quitte le tabac, sans me retourner vers les jeunes attablĂ©s. Je suis mĂ©langĂ©e entre le sentiment de dĂ©goĂ»t et de satisfaction. C’est une sensation Ă©trange. Je prĂ©fère oublier les Ă©motions nĂ©gatives et me dire que j’ai pu susciter une lĂ©gère excitation chez eux, tout en Ă©tant consciente du fait que je pouvais incarner Ă  leurs yeux un fantasme, celui de la « salope ». Celle qui n’est pas respectable, celle Ă  qui on ne fera pas d’enfant et Ă  qui on ne demandera jamais le mariage parce que bien trop impure. Mais celle Ă  laquelle on n’oppose que très peu de rĂ©sistances.

Je me dĂ©pĂŞche de rentrer. J’arrive devant l’immeuble, monte les escaliers, j’ai un peu chaud et je suis essoufflĂ©e. Je rentre dans l’appartement, j’entends l’eau de la douche couler dans la salle de bain. Je file dans la chambre, glisse mes paquets de cigarettes dans mon gros sac. Je procède Ă  une dernière vĂ©rification, j’espère n’avoir rien oubliĂ©, je refais la liste dans ma tĂŞte, fouille au fond de mon sac, tout y est.

Je prends mon sac Ă  main, vĂ©rifie que la petite enveloppe y est, je l’ouvre, la clĂ© et le code Ă©crit de manière manuscrite sont Ă  l’intĂ©rieur. Je suis angoissĂ©e et excitĂ©e Ă  la fois.

[A suivre]

Revoir le “Attache-moi” part #1

(cc) Markusram

 

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Derniers commentaires

 

J’ai lu le premier, dĂ©vorĂ© celui-ci, je me prĂ©cipite vers les deux autres…


 

Merci. Je sais que c’est lent mais c’est nĂ©cessaire.


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