Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

25. mai 2012

Mot de passe oublié

louviane

Elle est bonne…

J’ai souvent entendu ça. A mes dĂ©pends. Puisque ĂŞtre bonne, pour un mec, c’est explicatif. Cela veut dire : elle sait “ coucher ”, elle aime bien ça, elle sait y faire, elle fait tout et ne demande rien…

Le problème, c’est que je demandais plus que cela : de l’attention, des gestes érotiques, de la sincérité, de la passion…

BlasĂ©e par cette dĂ©claration d’idĂ©al respectif sur le “ bon coup ”, j’ai cessĂ© d’être bonne. Par lassitude, par frustration, par dĂ©goĂ»t. Puisque la valeur d’une femme se compte en prouesses sexuelles, j’ai cessĂ© d’être une femme. Je ne suis restĂ©e qu’une mère. Sans chair, sans dĂ©sirs…

L’ennui m’a submergĂ©e. J’ai baissĂ© les bras, peu enclin Ă  trouver “ l’âme sĹ“ur ”. Les mois passèrent, longs et austères. Je me suis plongĂ©e dans mon travail. Et aussi dans ma vie bien trĂ©pidante de mère cĂ©libataire. Ma prioritĂ© fĂ»t Ă©tablie ainsi : les enfants grandiront confortablement, ne manqueront de rien. Je vais m’occuper d’eux et mon travail me permettra de rencontrer du monde sans aucune autre forme de procès (pas d’engagement, une vie privĂ©e très privĂ©e, un fossĂ© entre cette vie publique et ma vie privĂ©e).

Bien sĂ»r, cela fĂ»t difficile. Puisque je suis d’une nature affectueuse, sensible. Et ma sensibilitĂ© me jouait des tours : les contacts ne manquaient pas. Je travaillais en magasin. Et les invitations Ă©taient quotidiennes. A chacune d’elles je rĂ©pondais par la nĂ©gative, agacĂ©e d’être “ dĂ©rangĂ©e ” dans mon isolement. Et Ă  chaque refus je me targuais intĂ©rieurement : “ au moins tu es tranquille ! Tu es mieux seule que mal accompagnĂ©e ! ”. Evidemment, qui ne tente rien n’a rien ! Et ça marchait plutĂ´t bien pour moi de ce cĂ´tĂ©-là !

Mon conditionnement psychologique m’a certainement permis d’éviter des catastrophes. Le nombre de cĂ©libataires “ non mariĂ©s ” ou “ non engagĂ©s ” (si, si, cette spĂ©cialitĂ© existe bel et bien !) Ă©tait littĂ©ralement en voie de disparition. Lorsqu’en plus on cherchait, comme moi, quelqu’un de correct et d’intelligent, lĂ  c’était plus corsé ! Voire inexistant…

Puis sans chercher, toujours plantĂ©e dans ma tour d’ivoire inaccessible, “ il ” est tombĂ© sur moi… D’abord gentiment, l’air de rien. A suivre de loin mes pĂ©ripĂ©ties familiales avec mes deux enfants : le petit Ă  l’école, la grande a amener pour son baby-sitting (son premier job). La perte de mon travail. Ma difficultĂ© Ă  trouver un travail-lĂ -tout-de-suite-maintenant… Mon ironie en ce qui concerne la gente masculine (il a rit, mais a compris les sous-entendus).

Il s’est approché de moi. Doucement. Pour ne pas m’effrayer. Il m’a parlé. De tout et de rien. Il m’a fait rire. S’est rapproché encore. M’a souri. A parlé à mes enfants. Gentiment.

Il m’a aussi pressée. Je l’ai refoulé.

J’ai attendu qu’il m’appelle. Il ne l’a pas fait.

Je l’ai appelé. Je l’ai entendu me sourire au téléphone. Je l’ai invité au restaurant. J’avais envie d’entendre sa voix, de le voir, de le sentir.

Au fil du temps, “ il ” m’a envahi. Dans la pensĂ©e. Par son rire. Par sa prĂ©sence. Cela a durĂ© 3 mois. Avant que je ne plie sous son baiser, tĂ©tanisĂ©e par ce que je ressentais… La peur au ventre, je me suis confiĂ©e Ă  lui. Il m’a Ă©coutĂ©e. M’a rassurĂ©e. Et m’a fait basculer.

Depuis, chaque fois que je fais l’amour, je suis arrachée à la terre. Par la tendresse, la passion… Je me sens aimée. Parce que mon homme est bon (ça sonne bien pour lui…).

 

 

 

 

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