ndlr : Cet article a été choisi par Pomme pendant sa semaine de rédaction en chef.
Il parait que c’est incroyablement clichĂ© d’aimer Paris. Surtout lorsque l’on en vient. Il parait aussi que nous autres les Parisiens, ne serions pas de vrais parisiens si nous ne dĂ©nigrerions pas notre ville Ă chaque mĂ©tro pris, Ă chaque rue pavĂ©e traversĂ©e, Ă chaque pigeon en vadrouille croisĂ©.Â
J’ai beau ĂŞtre nĂ©e aux frontières de Paris, Ă Vincennes, juste Ă cĂ´tĂ© du Château, (ce qui m’a d’ailleurs valu le surnom de Princesse auprès d’un adorable taxi… parce que figurez-vous que j’ai une affection rĂ©ciproque pour eux, contrairement Ă leur mauvaise rĂ©putation intra muros) je n’en reste pas moins une banlieusarde aux yeux des vrais Parisiens. Le pĂ©riphĂ©rique, un pauvre panneau barrĂ© Paris Ă l’orĂ©e du bois, le RER… autant de barricades plus ou moins infimes qui ne me permettent pas de rentrer dans le cercle prisĂ© des habitants de la ville lumière.
Ce doit ĂŞtre ça. J’ai pourtant Ă©tĂ© toujours plus qu’accoutumĂ©e Ă flâner depuis mes premiers mois de gamine dans paris, du jardin d’acclimatation et ses manèges rigolos, jusqu’aux larges trottoirs des Champs-ElysĂ©es et le charme des petits bistrots de Bastille. Je me suis toujours rappelĂ©e m’Ă©merveiller sur les quais de Seine et ses vendeurs de carte postale et de vieilleries en tout genre, me hâter Ă me balader avec ma grand-mère si chic et si parisienne de cĹ“ur, dans les Grands Magasins, ou me pâmer sur une Tour Eiffel illuminĂ©e qui me remplie encore d’une effervescence sans nom Ă sa seule vue.
Chaque jour que je suis Ă Paris, soit 365 jours par an ou presque, je suis une vraie touriste, et je suis incroyablement clichĂ©. Tellement clichĂ© que pour un simulacre de Parisienne, je ne devrais pas avoir tant d’affection pour cette ville, parce que ce n’est pas de bon ton, voyez-vous. Pourtant, malgrĂ© moi ou pas, il semblerait que j’ai l’aura d’une Parisienne dans toute sa splendeur. C’est en tout cas ce que m’a affirmĂ© un parisien pur souche, père d’une amie proche. Ça me va d’ailleurs autant que ça me dĂ©range, (et je dois quelque part m’y soumettre, probablement encore plus Ă l’heure du dĂ©jeuner avec ma demi-baguette sous le bras). Parce que la Parisienne a du goĂ»t, qu’elle est vive et crĂ©ative, a le goĂ»t des bonnes choses, mais qu’elle reste incroyablement hautaine et constamment de mauvais poil.
Si donc ĂŞtre parisienne se rĂ©sume Ă toiser les autres de haut, comme j’en vois bon nombre Ă l’entrĂ©e du Baron ou attablĂ©es aux terrasses de Montorgueil ; ou plus vieilles, avec une dĂ©gaine Ă la Anna Wintour, sac Dior greffĂ© au bras Ă l’entrĂ©e du Daily Monop’, avoir une moue de dĂ©goĂ»t et un geste de la main signifiant un “dĂ©gagez !” sec et sans pitiĂ© Ă une gitane de passage, alors effectivement, je prĂ©fère rester une petite banlieusarde des quartiers absolument pas mal-famĂ©s. (si ça existe !)
Lorsque je croise des touristes dans le mĂ©tro, je m’efforce toujours d’avoir l’air agrĂ©able, juste pour contrer Ă mon petit niveau toutes ces gueules de porte cochères qui semblent attendre la mort Ă la prochaine station. Je salue chaque matin ce joueur de guitare mexicain dans les couloirs du mĂ©tro parce qu’il me met de bonne humeur quand les autres l’ignorent sans scrupules.
Et j’ai une technique parfaitement rodĂ©e pour sĂ©duire ou amadouer les garçons de cafĂ©, parce que ces loustiques Ă veston qui font partie intĂ©grante du dĂ©cor et du clichĂ© de la ville, sont drĂ´lement difficiles Ă apprivoiser. Il suffit de plaisanter un peu avec eux et Ă coup sĂ»r, vous aurez vos glaçons ou la boite d’allumettes pour votre copine illico, dans la seconde ! De la suite dans les idĂ©es les petites Françaises !
Mais surtout quel bonheur que de squatter ces mĂŞmes terrasses bondĂ©es jusqu’Ă pas d’heure (enfin si, celle du dernier mĂ©tro en comptant les correspondances…), le verre de rosĂ© en prolongement continu de la main, en charmante compagnie, Ă palabrer sur la suite de la soirĂ©e, sur l’appartement tant attendu qui pointe le bout de son nez, ou sur la dernière collection A.P.C.
Non, vraiment, j’ai eu beau chercher, ĂŞtre exaspĂ©rĂ©e de tout, de rien, j’ai eu beau voyager dans d’autres villes, d’autres contrĂ©es, m’Ă©chapper… elle m’a toujours rattrapĂ©e. A l’instar de la graffeuse Miss Tic, que l’on peut d’ailleurs croiser au dĂ©tour des ruelles de Paris, “revenue de tout, j’y suis retournĂ©e“, ou comme Camille, j’ai fait le pari de quitter Paris, mais je n’ai jamais rĂ©ussi. Ville de l’amour, comme on dit. Parisianisme Ă deux sous, snobisme en veux-tu en-voilĂ , me voilĂ pourtant sur le point de rentrer dans le groupuscule Parisien.
Il m’en aura fallu du temps, des efforts, des dĂ©convenus pour siĂ©ger dans La Belle (mais si souvenez-vous !). Ironie du sort, celui qui me trouvait justement si Parisienne, vient de me dĂ©goter l’appartement de mes rĂŞves. La boucle serait-elle bouclĂ©e ? Aucune idĂ©e, trop tĂ´t pour le dire. Pour le moment, c’est au son de La Vie En Rose (de Grace Jones, Ă©videmment) que j’attends avec cette impatience de petite fille gâtĂ©e mon “trousseau” (drĂ´le de coĂŻncidence, c’est aussi le nom de la rue en question !) de clĂ©s, tout en flânant dans la boutique - toujours rose - de la rue Lesdiguières. Vous voyez, je vous l’avais bien dit, je suis terriblement clichĂ©.
(cc) dullhunk
posté le 19/08/2009 | 1515 vues | 14 commentaires | tags: ville vie Quotidien paris amour | 2 ont aimé
Devenir intramuros c’est gĂ©nial, tu peux faire la gueule et insulter tout le monde, t’as le droit t’es un intramuros!!
Marchze 20 minutes pour rentrer chez toi (ça change des 45 minutes du derniers RER, metro, bus).
@ Storia : c’est notre enfance je pense qui nous rend comme ça…
@ Bake : arrĂŞte de me faire rĂŞver ! ;)
Et encore Loou, je n’ai vĂ©cu que 4 ans Ă Rennes. Mais Rennes, pour la campagnarde presque malouine, c’est la ville de tous les rĂŞves.
je te suis Ă 200% Loou. Je suis comme toi une parisienne de coeur qui garde des Ă©toiles dans les yeux, qui demande au taxis de faire des dĂ©tours la nuit pour prendre les quais de seine, passer devant la pyramide du louvres… Je bombe le torse devant les touristes, je suis Ă©mue, j’aime ma ville. Je la vois encore avec des yeux innocents. Alors que j’en connais les dĂ©fauts par coeur. Alors oui je suis une parigot, peut etre mĂŞme encore plus parigot depuis que j’ai retraversĂ© la ligne frontalière…
@Loou & Magadit : je ne suis pas une vĂ©ritable parisienne, je suis une squatteuse, une intruse qui essaie de faire son trou. Petite je ne venais qu’en vacances l’Ă©tĂ©, plus tard j’y ai fait quelques Ă©tudes. Et quand certains Ă©vĂ©nements politiques m’ont obligĂ©e Ă quitter un pays ensoleillĂ©, la question ne s’est pas posĂ©e : Paris ou rien pour (re) construire ma vie.
J’aime cette ville, elle me fait vibrer, elle m’Ă©meut. Je comprends ce que vous dĂ®tes et il me reste tellement Ă dĂ©couvrir parce qu’en fait je ne la connais qu’en surface.
Bel article, qui retrace très bien les mĂ©andres des sentiments amoureux que l’on peut nourrir pour Paris. “je t’aime moi non plus” - enfin si je t’aime, mais pas s’il faut, pour ĂŞtre des tiennes, se comporter de manière odieuse, condescendante… mais si ce n’est pas obligĂ© (les vieilles rombières du 7e semblent ĂŞtre un modèle tout Ă fait obsolète de la parisienne), alors oui ! je signe pour sept ans ou plus.
Parisienne d’adoption depuis 4 ans, je souscris Ă ton article ! Alors mĂŞme que je ne pensais pas aimer cette ville (je venais directement de Berlin, alors j’en avais, des a priori sur le cĂ´tĂ© snob et sclĂ©rosĂ© de paris), je me retrouve aujourd’hui Ă ĂŞtre plus parisienne que le roi!, Ă dĂ©fendre paris en toutes situations.
J’aime Paris parce que c’est une belle ville, un lieu unique qui cache bien des choses ! J’aime la photo alors Ă chaque ballade, c’est un rĂ©gal !!! ^_^
Je n’ai pas honte de dire que j’Adore Paris, J’aime Paris, je chĂ©ris Paris!!! Paris me manque lorsque je suis Ă l’Ă©tranger, quand je suis en France!!!
Paris c’est la ville de l’Amuuuuuuuuuuuuuuuuurrrrrrrrrrrrrrrrrrr bref
Mon Paris!
Alors lĂ , je vois que nous sommes bien nombreuses Ă avouer haut et fort notre admiration pour Paris. EnamourĂ©, c’est bien ça le terme. Et quand cela vient de filles chaleureuses qui ne se prennent pas la tĂŞte, c’est encore mieux ! Parce que moi, j’ai clairement l’impression qu’on est vue comme de vĂ©ritables harpies. La preuve que non !
Et puis soyons honnĂŞtes : la plupart des gens ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont de vivre ici…
Loou, belle dĂ©claration Ă Paris et aux parisiennes, en te lisant j’ai la larme Ă l’oeil d’ĂŞtre passĂ©e extra-muros…
tu me donnerais presque envie d’y aller, tiens. Mais ceci dit, vraiment, malgrĂ© ton très beau texte, paris, non, c’est pas possible pour plus que de simples vacances.
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