Inutile de préciser quel sport monopolise l’attention des médias français : personne n’échappe au football. On en débat à l’envie, particulièrement des prestations des Bleus, sans jamais penser aux… Bleues, qui, le jour même du très médiocre France-Iles Féroé, ont gagné 4 à 0 un match préparatoire à l’Euro 2009 contre l’Ecosse. Sans rencontrer aucun écho : le football féminin est en effet invisible. Les exigeants supporters français ne se satisfont pas du niveau, et les joueuses échouent à susciter l’attention – et l’émulation.
Pour qui a vu et subi France-Roumanie pendant l’Euro 2008, évoquer le faible niveau des Bleues pour expliquer leur absence médiatique tient de la plaisanterie. Cela étant, l’envergure du foot féminin français est en effet peu satisfaisante. D’une part, il n’existe pas de filière professionnelle ; les joueuses sont contraintes d’exercer un métier en parallèle, ce qui ne leur permet évidemment pas de s’investir comme elles le voudraient.
D’autre part, le vivier reste maigre : 60 000 femmes sont aujourd’hui licenciées de la F.F.F (pour 2 millions d’hommes) ce qui pénalise la sélection. Mais s’il semble évident qu’une plus forte visibilité permettrait à plus de fillettes de s’intéresser au football féminin, les médias sportifs font la sourde oreille.
Ceci s’applique bien sûr à nombre d’autres sports tout aussi méconnus. Le cas du football est néanmoins singulier : s’il s’agit d’un sport extrêmement populaire au masculin, les femmes qui le pratiquent sont rares, et assez franchement dévalorisées. Que l’on attaque encore les sportives sur leur physique, et que l’on n’encourage ni la combativité ni la puissance physique des femmes n’est pas nouveau. Mais le football n’est ni le plus violent, ni le plus éprouvant des sports ; en revanche c’est un véritable symbole.
Le football, pratiquĂ© par nombre de jeunes garçons, est un moyen de prouver sa valeur et son appartenance Ă la gente masculine. Les femmes, quand elles s’y intĂ©ressent, sont habituellement relĂ©guĂ©es au rang de supportrices qu’on prĂ©fère vaguement ignorantes des règles du jeu. Celles qui sont sur le terrain, qui deviennent capables de dribbler n’importe quel footeux du dimanche, s’attirent alors des animositĂ©s en faisant sauter les verrous d’un vĂ©ritable club viril.
La nécessité de développer le football féminin va au-delà d’une simple reconnaissance sportive, puisque ce n’est pas le sport pratiqué mais les femmes qui le pratiquent qui ont besoin d’être reconnues. L’enjeu est en réalité de taille : précisons que c’est exactement le même mécanisme qui est à l’œuvre dans d’autres domaines comme l’orientation professionnelle, où les vieux stéréotypes influencent encore les choix des jeunes filles.
Là encore, il s’agit avant tout de réussir à faire tomber les préjugés. Cela passe bien évidemment par l’intérêt que les journaux, radios, télévisions, sites Internet sportifs… voudront bien risquer d’accorder au Féminines. Et par la curiosité des spectateurs – et spectatrices.
(cc) jonboy mitchell
Edit du 03/09/2009:
après une victoire contre l’Islande, une dĂ©faite contre l’Allemagne et un nul contre la Norvège, les Françaises se sont qualifiĂ©es pour les quart de finale qui ont lieu ce soir mĂŞme! Les Bleues n’avaient jamais atteint ce stade de la compĂ©tition auparavant.
Pour mémoire, les garçons ont échoué à se qualifier pour leurs propres quarts lors de leur Euro en 2008.
posté le 17/08/2009 | 1143 vues | aucun commentaire | tags: mysoginie football médias sport femme
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