Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

28. mai 2012

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Eline

Vacances, enfants et vin de pays

Ndlr : Article sélectionné par Rose H pendant sa semaine de rédaction en chef.   

J’adresse un énorme merci au producteur de ce petit vin rouge de pays mis en bouteille à Béziers, qui m’a permis de supporter le pire, et d’éviter l’irréparable, pendant ces vacances exotiques en famille. Grâce à nous - mon admirable homme et moi-même - le club a certainement dû repasser une commande de rouge pour finir sa saison. Je me revois même au bord des larmes tentant de forcer le loquet du frigo à vin qui offrait un peu trop de résistance, ou arrachant nerveusement le bouchon plastique en simili liège avec les dents, avant même d’être assise, devant une salle comble de G.M. asiatiques interloqués. Je m’excuse au passage pour l’image déplorable de la femme française que j’ai pu véhiculer à cette occasion.

vacances-enfants.jpgVu l’effet haussier de notre passage au club sur les courbes de consommation estivales de pinard dans la zone Asie, c’est toute la filière vinicole de l’Hérault qui devrait nous remercier, ou plus précisément remercier direct les trois gnomes qui me ressemblent (surtout du bas du visage) et qui ont le don de rallonger le temps et de nous faire regretter le bureau. C’est un peu comme l’âge des chiens, mais à l’envers : une heure avec eux ressentie comme sept, avec Polpot comme G.O.  Privation de sommeil (c’est répertorié comme une forme reconnue de torture, pour preuve, les américains l’ont pratiqué à Guantanamo) ; assujettissement à des interrogatoires absurdes et ininterrompus ;  supplice de l’eau (si, 12 heures par jour de corvée de piscine avec une grappe d’anguilles dans les bras, ça compte).

On se dit qu’on est vraiment des inadaptés de la parentalité quand on n’arrive même pas à assurer sereinement les trois heures et quart qui séparent la sortie du mini-club du coucher, y compris l’apéro (ils se bourrent de chips, ça compte pas), le pestacle (option (i) ils y participent, ça compte pas, option (ii) ils sont spectateurs, on a le droit d’amener des cocktails dans des verres en plastique, ça compte pas) et les temps morts où ils sont aux toilettes. On a abandonné l’accompagnonite aux toilettes aiguë le deuxième jour, tant pis s’ils ne se lavent pas les mains, c’est déjà ça de gagner, et comme ça on fera les malins à la rentrée, on aura eu la H1N1 avant tout le monde.

Je me demande fréquemment comment ça se fait
que l’on n’impose pas des examens pour vérifier les aptitudes à la capacité de parent. Je suis sûre que pour adopter un chat à la SPA, il y a au moins un formulaire de motivation, non ? Par contre, pour être parents,  n’importe quels imbéciles qui ont oublié la pilule/pas mis de capote/arraché leur implant avec les dents/omis d’interrompre le coït (si, ça existe il parait comme méthode de contraception), peuvent y prétendre. Je ne parle pas des parents adoptifs qui sont clairement des saints et dont on exige beaucoup trop comme justificatifs d’aptitude à la parentalité.

Ni de nous, astres de la procréation voulue, de la grossesse choisie, de l’interruption de la contraception programmée. Bizarre, dans notre cas il doit y avoir une amnésie des trois premières années car on a remis ça tous les trois ans, en plus pervers que nous sommes, en hurlant de joie à l’apparition des deux lignes bleues dans la fenêtre du test grossesse. C’est inexplicable. Je connais la théorie selon laquelle l’amnésie des premières années de l’enfant proviendrait de son incapacité à mettre des mots sur des expériences, donc à fixer ses souvenirs par le biais du langage. Mais pour nous et les trois premières années des enfants, pas d’amnésie possible.

Je me souviens précisément avoir prononcé les mots : « pitié, arrête de te tortiller, qu’on en finisse avec cette couche, mais c’est pas possible de faire des bouses pareilles quand on est si petite », voire même, en remontant un peu plus loin «  la péridurale, vite maintenaaaaannnt, mais qu’est-ce qu’elle fout cette anesthésiste ! ». Je ne sais pas ce qu’il c’est passé. Pour l’instant, on en est à compromettre nos idéaux de diététique à coup de frites et de nuggets à la volaille reconstituée, et de forcer des portes de frigos à pinard pour dix minutes de tranquillité.

Pourtant, la parentalité, même pendant les vacances, c’est gratifiant, au moins cinq minutes par jour. Si, on peut même faire un « best of » à la fin de l’année, à la saison des bêtisiers, cette période bénite entre Noël et le jour de l’an, quand nos animateurs préférés du PAF crient bonne année à l’enregistrement du 15 décembre alors qu’en fait le 31 ils sont pénards dans un resort de luxe aux Maldives avec trois nounous. Nous on se repasse le film de notre année de parents en banlieue parisienne : la petite dernière a appris à faire des bisous baveux qui font même pas « smack », le cadet fait ses premiers jeux de mots « une prise de judo-range » (on le craignait, c’est confirmé, il développe l’humour ‘yau de poêle de sa mère), la maîtresse de la grande ne nous a pas suggéré de consultation en pédopsy cette année, seulement des cours de théâtre. Tout va bien.

Les vacances, il parait que ça fait grandir les enfants. Je ne sais pas, mais en tout cas, c’est éducatif pour tout le monde. On a découvert qu’on pouvait mettre un bébé dans une piscine avec une couche normale, et que ce n’était pas la fin du monde si on avait oublié de prendre les couches spécial piscine avec Nemo dessus. La petite ressort juste de l’eau moulée comme Maya l’abeille avec cinq kilos en trop, aux fesses exclusivement (donc plus ressemblante à sa maman). On en déduit que la couche normale peut absorber un tiers du poids du bébé en eau, donc que ce n’est vraiment pas la peine de la changer six fois pas jour en temps normal. Ça c’est cadeau, c’est une info que Pampers ne vous donnerait pas. On apprend aussi qu’un enfant de moins de six ans peut vivre exclusivement de coca-cola et de frites pendant plus d’une semaine.

Sans être malade. Bon, on n’a pas fait toutes les analyses de sang. Mais la règle du « pas plus de un Mac Do par mois », et les brocolis à tous les repas, c’est vraiment bobo has been. J’espère que la devise « tout est joué avant six ans » ne vaut pas pour les vacances. Aussi, niveau anglais, le club ça compense carrément quand on est dans la seule école élémentaire de France qui ne fait pas anglais dès le CE1. En moins de temps qu’il n’en faut pour dire « mon royaume pour un verre de rouge », les nains savent déjà se présenter à leurs petits copains Coréens du Sud en mandarin, commander un « Coke » au bar à la serveuse qui ne parle que le tagalog, faire des doigts d’honneur comme les petits anglais avec l’index et le majeur, et chanter une chanson en indonésien (OK, ils font les crazy signs en même temps, mais ça le fait). De quoi se plaint-on ?

Je suis sûre que dès notre retour, on aura quelques photos idylliques de bambins bronzés et épanouis à montrer à notre entourage : dans la piscine, devant des temples balinais, avec des singes en liberté (là, pour distinguer nos gnomes des singes, fastoche, nos gnomes sont ceux à qui les touristes ne jettent pas de bananes). Enfin, de quoi attirer dans ce doux guet-apens nos amis qui n’ont pas encore d’enfants. Y’a pas de raison que pendant leurs vacances, les autres couples fassent des grasses mat’, des diners en amoureux et bouquinent au bord de la piscine tranquillement, pendant que nous on assure le renouvellement démographique et l’avenir de la retraite par répartition en buvant du vin balinais (c’est encore expérimental vu l’arôme de crevettes, mais parfois faut faire avec ce qu’on a).

Heureusement, les vacances touchent à leur fin, dans deux semaines, tout le monde au boulot. Il faut se tenir prêt pour la rentrée des classes, les listes de fournitures, les manies des nouvelles instit’, les horaires de crèche, les déclarations de chèques emploi service universels. C’est le retour chez nous, et d’ailleurs, comme résolution de rentrée numéro un, je soutiens la filière viticole française, à qui l’on doit beaucoup : je commande quelques caisses de rouge de Béziers immédiatement. 

(cc) peasap

 

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Derniers commentaires

 

Très, très drôle !

Moi qui suis fan des enfants en temps normal, je crois qu’en lisant cet article, je le suis encore plus de leurs parents, en fait. ;)


Mention spéciale à la prise de judo-range. :D


 

J’adoooore! Le coup du diplôme obligatoire pour être parents : je me suis fait la même réflexion ce we, après avoir dit à ma fille à propos du bonbon qu’elle avait dans la main : “mange le vite, il est déjà tout sale!” Ton article est hilarant!


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