Quel bonheur ! Dieu sait que je ne misais pas deux pennies sur ce livre que j’avais classĂ© dans la catĂ©gorie des “livres-que-je-lis-pour-me-dĂ©tendre-et-que-je-n’ai-rien-d’autre-Ă -faire”.
J’ai pourtant passĂ© d’extraordinaires moments avec des tĂŞtes couronnĂ©es (le Duc et la Duchesse de Windsor, Ali Khan, la Princesse Grace de Monaco, Lee Radziwill, la Princesse Marella Caracciolo…), d’acteurs et d’actrices flamboyants (Greta Garbo, Rita Hayworth, Richard Burton et Elizabeth Taylor, Cary Grant, Gary Cooper, Marlène Dietrich, Marilyn Monroe, Zsa Zsa Gabor, Orson Welles…), de rĂ©alisateurs (Visconti…), d’Ă©crivains (Truman Capote…), de photographes de gĂ©nie (Cecil Beaton), de “gens bien nĂ©s” (Barbara Hutton, Gloria Swanson, Porfirio Rubirosa, Dorothy di Frasso, la famille Livanos, la famille de Rothschild…), de stylistes (Oleg Cassini qui redessinait les robes des grands couturiers europĂ©ens que Jacky K., devenue First Lady, se voyait interdite de porter) de politiques (famille Kennedy, Churchill…), de richissimes hommes d’affaires (Aristote Onassis, Howard Hughes, Gianni Agnelli, Stavros Niarchos…), d’artistes au talent inĂ©galable (une Callas dĂ©jĂ sur pente descendante et folle amoureuse de son alter ego grec).
Les snobs hexagonaux ne sont pas oubliĂ©s : Vilmorin, Chanel, Chazot, Cocteau, les Noailles, les Fath… On y apprend une multitude d’anecdotes : saviez-vous que le sĂ©ducteur Gary Grant (qui a quand mĂŞme roulĂ© des patins Ă toutes les starlettes dĂ©butantes ou confirmĂ©es du cinoche amĂ©ricain) entretenait une liaison affective avec Randolph Scott, le plus viril des cow-boys de l’Ouest amĂ©ricain ? Que Marilyn Monroe aurait dĂ» devenir Princesse de Monaco en lieu et place de Grace Kelly (idĂ©e d’Onassis) ?…
Entendons-nous, cet ouvrage ne se veut pas une Ă©tude sociologique sur le snobisme, mais un livre avec des snobs comme personnages. Des snobs qui se croisent. Plus de snobs qu’aucun autre livre n’en a jamais rĂ©uni. Des snobs, des dandys, des noctambules, des esthètes, des Ă©gĂ©ries, des stars, des couturiers, des dĂ©coratrices, des Ă©crivains, des hommes Ă femmes et des femmes Ă hommes (mais aussi des hommes Ă hommes et des femmes Ă femmes vous suivez toujours ?) rĂ©unis par des histoires d’amour, des romances, des coucheries, des coups de foudre, des coups fourrĂ©s…
Presque une centaine d’acteurs, sans compter les seconds rĂ´les. Un monde Ă des annĂ©es lumières de notre sociĂ©tĂ©, situĂ© dans une fourchette allant des annĂ©es 20 aux 70’s, Ă l’aube d’un Mai 68 brisant les rĂŞves dorĂ©s de nombreux aspirants. Un monde qui appartenait encore aux hommes et aux femmes qui se couchaient tard, qui buvaient comme des trous, qui fumaient comme des pompiers et se droguaient Ă l’occasion ; bref, un monde perdu, que l’on aurait tant aimĂ© rejoindre… Un Eden…
Certains auraient tĂ´t fait de les juger pathĂ©tiques, moi, je les trouve attendrissants. Je me suis rĂ©ellement prise d’une grande tendresse pour chacun d’entre eux et c’est avec un pincement au cĹ“ur qu’il m’a fallu les quitter. Ne serait-ce que pour leur talent de comĂ©dien, de dĂ©corateur, de styliste, d’écrivain, la part de rĂŞve qu’ils ont apportĂ© chacun dans leur spĂ©cialitĂ©, leur soif de vivre une vie - courte pour tout le monde finalement comme si le destin leur faisait payer ce surplus de bonheur et de superficialitĂ© - mais qu’ils ont simplement eu la chance de dĂ©guster deux fois plus vite sous les ors et lambris des palaces publics ou privĂ©s que le commun des mortels.
Je ne sais vraiment pas comment vous retranscrire tout le bonheur que ce livre m’a apportĂ©, n’arrivant pas Ă trouver les mots justes pour vous donnez l’envie de courir tout de suite l’acheter chez votre libraire… Simplement vous dire que grâce Ă une Ă©criture qui emprunte au romanesque, Francis DorlĂ©ans (ancien chroniqueur pour Vogue) a l’art de convertir la nostalgie d’une Ă©poque en un feuilleton acide et colorĂ© dont on ne voudrait pour rien au monde, rater un Ă©pisode.
Un livre de grande classe, où malgré les propos rapportés, on ne tombe jamais dans la vulgarité.
A l’image des gens qui y sont épinglés. Naturel donc.
NB: réécouter “Je suis snob” de Boris Vian dont on “fĂŞte” les cinquante ans de la disparition ; excellent antipasti…
“Snob Society” de Francis DorlĂ©ans - Ed. Flammarion - 25 euros.
posté le 15/08/2009 | 439 vues | 4 commentaires | tags: society Dorléans snobs snob littérature livre
Zut ! Ben moi je suis passĂ© totalement Ă cĂ´tĂ© de l’Ă©lĂ©gance et j’ai juste trouvĂ© qu’il Ă©reintait ces malheureux snobs morts…et donc pas en Ă©tat de protester …et c’est en postant sur ce livre que je tombe sur ta critique. Je le relirai peut-ĂŞtre après la sinistrĂ´se d’octobre…en aoĂ»t ça a l’air de marcher.
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thanks ! n’ai plus de doutes, tu l’as retranscris avec talent !
je fonce pour ma part me procurer ces morceaux de vie….