ndlr : Cet article a été choisi par Pomme pendant sa semaine de rédaction en chef.
À 35 ans, je suis l’heureuse propriétaire d’un galetas sous les toits parisiens, où je n’ai ni place ni évacuation d’eau pour installer une machine à laver. J’y ai en effet fait faire les travaux à une époque, pas si lointaine, où ma mère lavait ET repassait encore mon linge (eh oui, c’est possible) et j’avoue que je n’ai pas une seconde imaginé qu’elle pourrait cesser un jour et abandonner sa progéniture à des tâches ménagères ingrates (je manque cruellement d’imagination dans ce domaine).
Alors, après l’abandon successif du repassage puis du lavage par ma mère indigne, j’ai, pendant un temps, fait mes lessives chez mon frère, qui crèche Ă quelques emmanchures. Mon frère est un mec un peu stress, voire carrĂ©ment maniaque : je devais retirer mes pompes en arrivant dans l’appart’ (sĂ©rieux, y’a que les vieux qui font ça, non?), m’asseoir perpendiculairement Ă la table et subir l’écoute de ses nouveautĂ©s musicales et le visionnage en alternance de rediff’ de foot amĂ©ricain ou de catch, et de « ArrĂŞt sur Image », vous savez cette passionnante Ă©mission d’actualitĂ©s sur France 5, très intelligente, mais impossible pour moi Ă digĂ©rer en semaine après le boulot.
Je dĂ©gageais une telle joie de vivre que mon frère a fini par trouver que j’abusais de son hospitalitĂ© et que la solidaritĂ© familiale s’arrĂŞtait au hublot de sa Vedette (”Ça c’est ben vrai ça !“). Je me suis donc retrouvĂ©e bannie par ma famille, avec mes petites culottes collantes, ma lingerie destroy, mes chaussettes Ă©limĂ©es, mes immondes jogging du dimanche, mes Ă©lastiques qui baillent, mais chut ! - le tout allègrement saupoudrĂ© de poils de chat cappuccino (c’est joli les chats Ă poils longs).
J’ai éliminé deux possibilités : le mec (rien à l’horizon) et le Lavomatique. Parce qu’en plus d’habiter au 6e sans ascenseur et avec un escalier particulièrement étroit (et que je traine le sac avec allégresse dans la descente, et que je te traine le sac avec motivation - le copain d’allégresse- dans la montée), le premier Lavomatique se situe à 5 bonnes minutes de marche et est loin d’être peuplé d’affolantes créatures Levi’s. Ça vous plombe le moral une visite au Lavomatique dans le 18e : éclairage blafard, déco quasi inexistante, pour toute lecture des journaux gratuits qui datent de l’été dernier et où somnolent quelques miséreux bercés par le doux murmure des tambours.
Le choix des programmes est limité, donc le tri quasi inutile, et mon linge, comme moi, a besoin de douceur. Le week-end, il fallait se battre contre toutes les nationalités pour réserver sa machine : coincée entre le petit asiatique nerveux et la mama autoritaire, je ne me sentais pas de taille. Alors depuis 2 ans, c’est chez mon pote Charles que je lave mon linge. Après la débâcle avec mon frère, il a fallu combattre ses premières méfiances (« non, je ne viens pas chez toi que pour boire, fumer et laver mon linge, c’est aussi (surtout) parce que t’es mon pote ») et la délicate manipulation de mes strings et mes cache-misère par une main masculine non neutre.
Bon, c’est moi qui le lave le linge, mais il arrive que je ne sois pas là pour débarrasser le sèche-linge et c’est Charles, avec tout son amour, qui plie tout ça. Jusqu’il y a 4 mois, je mettais un quart d’heure en voiture pour aller chez lui. Et puis, ma voiture a rendu l’âme. Enfin, disons que le montant des réparations était tel que ma décision de l’envoyer au cimetière était suspendue à un régime draconien pâtes-patates de plusieurs mois.
Pendant 3 mois, j’ai traîné hebdomadairement et péniblement mon sac de caisse réutilisable version cabas Carrefour ou Auchan (le plastique, ce n’est plus aussi fantastique qu’on le croit – merci Elmer) dans les rues parisiennes et dans le métro (18e - Montreuil, Montreuil - 18e). Pour passer inaperçus, les grands distributeurs, investis dans des opérations de séduction-design en font de très solides et très colorés. Mais, ma trahison aux géants de la consommation m’a par la même attiré l’opprobre de la population du 18e qui parie sur le sac Tati depuis des décennies. Je me suis toujours demandée ce que pouvaient bien transporter tous ces gens dans leurs sacs Tati increvables ? Trafic de petites culottes ? de riz gluant? de sex toys made in China ?
Tout à mon aise dans ma voiture, j’avais évacué toute pudeur et surtout toute organisation rationnelle du travail : je bourrais mes sacs jusqu’à la goule, mélangeant couleurs et matières. On a beau penser que l’été est plus productif en linge sale, collants et chaussettes, tee-shirts, sous-pulls et caracos défilent en plein hiver. Vive les superpositions pour lutter contre les frimas (je ne suis pas fana de Damart). Les premières fois où j’ai fait l’aller-retour en métro, je n’en ai pas pris conscience. Et puis, j’ai fini par avoir un doute après la « disparition » d’un élément de mon armoire. J’ai fini par tracer mes pas dans les couloirs en me signant pour qu’une petite culotte baladeuse n’ait pas échappé à ma surveillance et ne se soit fait la malle.
Aujourd’hui, je suis toujours une SMF : une Sans Machine Fixe. Charles et moi avons trouvé notre équilibre. Une fois sur 2, je shoppe pour lui de l’assouplissant – senteur Fraîcheur, son préféré. Je reste une buse sur le choix des programmes, mais je trouve que ça va de paire avec mes talents particulièrement pointus en cuisine. J’attends toujours le technicien Darty charmant qui saura m’emporter sur sa machine blanche étincelante.
(cc)Â helgasms!
posté le 11/08/2009 | 6389 vues | 8 commentaires | tags: lave linge laver machine culotte Quotidien | 2 ont aimé
Je vois que tu es Ă©quipĂ©e ! Mais je n’arrive Ă me rĂ©soudre au Lavomatic que pour les grosses machines, prĂ©fère papoter en direct avec mes potes, le Lavomatic a tendance a me foutre le blues.
J’ai beaucoup de chance d’avoir une laverie au sein de mon logis. J’en ai beaucoup moins quand les filles qui y logent rĂ©cupère mes strings :S
@Storia : entre filles, c’est pas bien grave ; moi, je m’inquiĂ©tais un peu du regard de mon frère et de Charles sur mes dessous, mais il a fallu que je combatte mes scrupules.
bonjour, une petite solution pour te tirer d’affaire temporairement : pourquoi ne pas utiliser l’Ă©vacuation d’eau de pluie ? si celle-ci passe Ă proximitĂ© de ton palace, tu fais un trou dedans et tu insère ton tuyau d’Ă©vacuation d’eau. bien scotcher et tu es peinarde pour laver tes culottes. C’est peut-ĂŞtre idiot comme idĂ©e, mais ça dĂ©panne… il faut avoir un certain sens du bricolage pour Ă©viter de perdre ses dessous dans le mĂ©tro. la lingerie c’est très perso et ça ne s’affiche pas Ă la vue de tout le monde.
@Tribouline : je suis impressionnĂ©e par tes talents de bricowoman ! mais le truc, j’imagine, c’est qu’on est dĂ©pendant du volume pluviomĂ©trique ? une machine consomme aujourd’hui en moyenne 50 litres d’eau, ça fait beaucoup pour une averse sur Paris et puis, je fais comment pour le stockage… ? je me vois mal sur le toit installer une barrique LOL
Ahaha, très bon article, merci :p
Pour ma part, j’ai vĂ©cu 6 mois au BrĂ©sil, oĂą tous les vieux appartements de la ville oĂą j’Ă©tais sont munis d’une arrière-cuisine “spĂ©ciale-Ă©tendage-de-ptites-culottes”. En gros, un Ă©vier avec un pan inclinĂ© comme un lavoir, un gros savon style le-bon-vieux-savon-de-Marseille, plein de fils et pinces partout et une bouche d’Ă©vacuation d’eau au sol.
6 mois de lavages Ă la main (et c’est pas parce qu’on est au BrĂ©sil qu’on ne porte que des mini-tops trop faciles Ă lessiver : le jean et le pantalon de grosse toile y sont passĂ© Ă©galement !)
Ca fait tout drĂ´le de voir ces vieux articles ressortir, j’en suis toute Ă©mue, moi qui ai Ă©tĂ© rattrapĂ©e par la vie, et qui ne fait plus aucune apparition sur le site.
Et quand je pense qu’aujourd’hui, c’est cette absence de machine Ă laver qui me coĂ»te tant d’emmerdes avec mon locataire, j’aurai plutĂ´t du m’abstenir de me rĂ©jouir !
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Excellent^^ Je suis aussi une SMF…et me rendre Ă la laverie est une torture absolue. Alors, je prends un bon bouquin, mon lecteur mp3, mes clopes…et surtout mon tĂ©lĂ©phone, histoire de papotter avec le monde entier pour me distraire :) Trop dur la life…