Article sélectionné par La poupée russe lors de sa semaine de rédaction en chef
Je suis lĂ au milieu de la pièce et lui aussi. Il vient de la buter. Non de la tuer de sang froid, je ne peux pas parler d’elle comme ça, après tout elle Ă©tait mon amie d’infortune et je pourrais très vite me retrouver Ă sa place. D’ailleurs, elle a Ă©tĂ© Ă ma place, mais ça ne l’a pas empĂŞchĂ©e d’essayer de se barrer.
C’est un exemple, la martyre morte c’est mon exemple, pour m’apprendre Ă bien me comporter.
Je ne dois pas la suivre dans la voie de la fuite, sinon c’est exactement ce qui m’arrivera. Il me butera (la suivante pensera comme moi) au milieu de cette pièce et ira planquer mon cadavre je ne sais oĂą, sachant très bien que personne ne me dĂ©terrera, jamais. Et ce sordide lieu qu’il aura choisi sera mon dernier tombeau.
Je n’en ai mĂŞme pas de frissons dans le dos. C’est devenu mon quotidien depuis un certain temps, je ne sais mĂŞme plus si ça se compte en mois ou en annĂ©es. Je suis dans un pays Ă©tranger, pas bien loin non, mais pas dans mon pays natal quand mĂŞme, moi qui pensais me refaire une santĂ©, c’est ratĂ©. Quelle idiote vraiment, comment ai-je pu croire en mon libre-arbitre ? Quand tu commences ta vie dans la crainte, le dĂ©goĂ»t, le viol, l’ignorance et une notion plutĂ´t sommaire de la limite entre le bien et le mal, on est en droit de douter de ton libre arbitre.
Oui mais voilĂ , moi je n’ai pas le recul nĂ©cessaire.
Je me suis retrouvĂ©e dans cette grande capitale europĂ©enne il y a maintenant un an ou deux, je n’arrive vraiment pas Ă garder la notion du temps, rapport Ă ce qu’il m’a fait sans doute. J’avais trouvĂ© du boulot dans ce grand magasin qui vend des vĂŞtements et ça me ravissait. J’Ă©tais pressĂ©e d’en finir avec ma vie d’avant, entre shit, alcool et sexe pas vraiment consentant. Celle que j’avais Ă©tĂ© n’avait pas eu le choix, maintenant c’Ă©tait diffĂ©rent.
Mes parents Ă©taient loin, et moi j’Ă©tais libre ou presque.
Et puis je l’ai rencontrĂ©, dans un bar, je sais ce n’est pas très original. Il Ă©tait plus âgĂ©, avec beaucoup de charme, et ça se sentait, plein de fric. ForcĂ©ment, on pourrait me taxer d’ĂŞtre vĂ©nale mais non vraiment son charisme et sa prestance m’ont charmĂ©e instantanĂ©ment… Comme on dit parfois, il vaudrait mieux rester au lit ou se casser une jambe, peut ĂŞtre mĂŞme qu’il aurait mieux valu qu’il m’arrive les deux ce jour-lĂ , ça m’aurait empĂŞcher de rencontrer et de tomber amoureuse du diable.
Je n’exagère pas du tout, parce que, et je pense que nous serons d’accord, quand on est capable de plomber une jolie jeune fille qui n’a fait qu’essayer de s’en aller, il y a un cĂ´tĂ© malsain et malĂ©fique. Enfin passons son cĂ´tĂ© malsain, il Ă©tait grand, brun et tĂ©nĂ©breux. Je n’ai pas pu rĂ©sister et pour une fois j’avais l’impression de choisir. Mais il faut croire que certains schĂ©mas Ă©taient bien ancrĂ©s en moi, j’ai fait comme d’habitude, j’ai continuĂ© Ă me dĂ©truire. L’amour a durĂ© un temps et j’ai compris qu’il n’Ă©tait pas du tout celui que je croyais.
Son fric venait d’un rĂ©seau de photos pĂ©dophiles, de celles qui font frĂ©mir. Quand j’ai su, mon cĹ“ur s’est arrĂŞtĂ© de battre une minute ou deux et il est reparti comme si de rien n’Ă©tait. Et j’ai fait la mĂŞme chose, comme si je n’avais jamais rien appris de mal Ă son sujet. Il reprĂ©sentait le nouveau monde, ma nouvelle vie au mĂŞme titre que ma nouvelle ville.
Je n’ai arrĂŞtĂ© de le considĂ©rer comme le Messie que lorsque j’ai compris qu’il y avait eu et qu’il y aurait d’autres filles que moi. Et lorsque ensuite j’ai compris que la rupture avec lui ne se passait Ă la rĂ©gulière.
Son comportement a soudainement changĂ©, il m’enfermait lorsque je n’Ă©tais pas au travail et me battait si par malheur je n’Ă©tais pas d’accord avec lui. Mes collègues ont commencĂ© Ă se douter de quelque chose mais pas Ă cause des marques de coups, il Ă©tait intelligent le bougre. J’ai dĂ» changer de boulot et je crois que c’est ce qui m’a rendue le plus malheureuse.
Très Ă©trange l’esprit humain.
J’ai eu envie de partir, l’Ă©vidence s’est imposĂ©e Ă mon esprit mais il a du le sentir, un peu comme les animaux quand on leur montre qu’on a peur. L’Ă©tau dans lequel je m’Ă©tais engouffrĂ©e comme une grande s’est resserrĂ© et j’ai commencĂ© Ă Ă©touffer.
Alors pour que j’oublie la fuite, il l’a butĂ©e. Non, il l’a tuĂ©e de sang froid, je ne peux dĂ©finitivement pas parlĂ© d’elle comme ça.
Elle a Ă©tĂ© Ă ma place, mais ça ne l’a pas empĂŞchĂ©e d’essayer de se barrer.
Et ça ne m’empĂŞchera pas de me barrer.
(cc) Steven Fernandez
posté le 08/08/2009 | 835 vues | 4 commentaires | tags: liberté violence choix fiction amour
@Druuna75: merci beaucoup, j’avoue n’avoir jamais Ă©crit de fiction et celle lĂ est sortie toute seule!
Qu’est ce que j’aimerai en avoir d’autres en rĂ©serve!!
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Je vais de ce pas lire ton premier article.