Parce que parfois, t’as beau avoir les conditions de vie les plus confortables du monde, la vie la moins emmerdante possible, parfois t’as juste envie de te couper un peu de tout le monde, fumer des trucs pas corrects en Ă©coutant La Marmaille Nue, ou l’internationale du Shalala, ce qui indique une propension momentanĂ©e Ă l’Ă©tat comateux - voire au coup de dĂ©prim’.
De bien t’imprĂ©gner de la voix de Mano Solo, et de plonger dans les trucs qui t’emmerdent, justement. De t’y plonger une bonne fois pour toutes, te vautrer dans les blessures quotidiennes, fouiller bien au fond.
D’aller chercher cette foutue boule dans la gorge, qui apparaĂ®t toujours quand tu ne t’y attends pas, de l’appeler pour une confrontation, une bataille, une guĂ©rilla. Parce que sans ça, tu continueras Ă ĂŞtre irascible sans raison, impatiente, intolĂ©rante et dĂ©sagrĂ©able.
L’air disparaĂ®t un peu, et t’as drĂ´lement envie de sortir, d’aller chercher l’oxygène, et de regarder la ville se vider le soir. De voir sans rien dire. De penser Ă l’annonce de l’alzheimer de ta grand-mère. C’est juste qu’il y a beaucoup plus de dommages collatĂ©raux, des gens heurtĂ©s de toute part, une pudeur indĂ©cente au sein de la famille. Elle oublie, elle ne sait plus, on rit jaune. On fĂŞte deux fois son anniversaire - elle ne s’en souviendra pas.
Elle laisse brĂ»ler les plats, a l’esprit ailleurs, s’Ă©merveille d’un rien. Toutes les attentions sont autour d’elle, ton grand-père a un air fatiguĂ© que tu ne lui avais pas connu, ton père a les larmes au bord des yeux, la voix de ta tante est mal assurĂ©e, et Ă chaque instant, une guĂ©rilla pour divertir ce petit monde, sauver la lĂ©gèretĂ© - insoutenable lĂ©gèretĂ©, Ă ce qu’il paraĂ®t. Les blessures sont bĂ©antes, comme si soudain, chacun se rendait compte que l’on est rien que des mortels, et qu’il n’y a rien qui puisse nous sauver, personne au-dessus de nos tĂŞtes pour te dire comment rĂ©agir, on t’a pas appris.
T’as mĂŞme pas vraiment eu le temps de lui expliquer qui tu Ă©tais, Ă ta grand-mère, d’ajouter tes petites histoires aux siennes, de lui dire que tu lui ressembles, d’apprendre le malgache pour lui faire plaisir. T’apprendras probablement un jour, un petit bout d’elle que tu garderas.
Tu repenses Ă l’Ă©tĂ© de tes dix ans passĂ© chez eux, on aurait dit que les choses n’avaient jamais eu de fin et qu’on serait restĂ© toujours aussi, c’est possible ? C’Ă©tait Ă cause des petit-dĂ©j’ dehors, oasis-pĂ©pitos et un petit coup de mĂ©diterranĂ©e, on Ă©tait drĂ´lement bien.
Aujourd’hui, ils ont les yeux mouillĂ©s Ă la fin des vacances, et sous-entendent que peut-ĂŞtre, ce seront les dernières. Personne ne moufte, ou tout le monde tourne la phase en dĂ©rision, mais ça fait un mal de chien. Tout Ă coup, tu t’en tamponnes sec de l’obtention de ton diplĂ´me Ă la rentrĂ©e, ton mĂ©moire n’existe plus, et tu te fous de tout - l’Ă©ventuel job, l’Ă©ventuel appart’, l’Ă©ventuelle vie. Tu veux avoir une dizaine d’annĂ©es Ă nouveau, manger des pĂ©pitos et lire Ramona La Peste sous la table du salon.
Tu fermes les yeux très fort pour retrouver ça - ta grand-mère chante la berceuse de ton enfance Ă la dernière fournĂ©e de rejetons de la famille. La rĂ©volte des joujoux - il y a des choses dont elle se souvient. “Chantez Shalala comme vous voudriez que la vie elle soit ! “
(cc) Maco@Sky Walker
posté le 08/08/2009 | 1315 vues | 6 commentaires | tags: grand-parent alzheimer mémoire maladie enfance souvenirs famille relation | 2 ont aimé
Coucou,
Moi je viens d’accoucher de mon deuxième (sans pĂ©ridurale; ça me faisait plus peur que l’accouchement lui mĂŞme!). J’ai allaitĂ© ma fille 6 mois complets et j’ai eu droit Ă toute sorte de remarques… Mais c’Ă©tait assez facile de faire face parce que tout s’est toiujours très bien passĂ©: c’Ă©tait le bĂ©bĂ© parfait (elle a fait ses nuits en sortant de la mat’). Je vous rassure, il y a une justice, le deuxième qui a 2 mois et demi a des coliques de fou et lĂ … C’est beaucoup plus dur de faire face aux dĂ©tracteurs de l’allaitement. J’ai juste envie de leur dire “M@!!?#, laissez nous gĂ©rer nos enfants comme nous le souhaitons”, après tout, qui mieux qu’une maman sait ce qui est le mieux pour son enfant???
Merci Clementineleslubies, très beau texte…ma grand-mère souffre aussi de cette maladie…c’est terrible.
Je te comprends,
Le pere de mon pere l’a, et c’est special, on va le voir Ă la maison de retraite et c’est dur, il ne nous reconnait plus, il chante tout seul, il rit, il doit repenser Ă des trucs droles!
La derniere fois mon pere s’est assis en face de lui et l’a fixĂ©, mon grand pere a ri, j’ai cru que mon pere allait pleurer.
En phase glandage avec mes frères et soeurs on est tombĂ© sur des films vidĂ©os que nous avions fait dans les annĂ©es 90 en vacances et on a revu mon grand père pimpant Ă©nergique drĂ´le en forme… on avait les larmes aux yeux…
C’est triste d’oublier…
Mon grand-père Ă moi aussi, mais du cĂ´tĂ© maternel. J’avais toujours rĂŞvĂ©, gamine, de lui annoncer que j’avais eu mon bac. C’Ă©tait clichĂ© Ă mort, mais je trouvais ça classe, et j’avais envie qu’il soit fier de moi parce qu’il n’Ă©tait pas un grand-père toujours facile. C’Ă©tait sans compter cette saloperie. Bien sĂ»r, maintenant je peux le lui dire autant de fois que je veux, Ă chaque fois que je le vois, Papy, j’ai eu mon bac, et mon permis, et je fais mes Ă©tudes Ă Berlin, puisqu’il oublie Ă chaque fois. Mais j’aurais prĂ©fĂ©rĂ© qu’il se souvienne de moi aussi… Parfois il redevient lucide, et il pleure. Il dit que la maison de retraite ça n’est pas sa maison, qu’il n’a pas Ă©tĂ© un bon mari ni un bon père puisqu’il n’est pas arrivĂ© Ă accompagner sa femme et ses filles jusqu’au bout. Et puis il se trouble Ă nouveau, et m’appelle du prĂ©nom de ma mère… Je crois que je prĂ©fère encore quand il ressemble Ă un petit garçon, sans dĂ©fense, mais qu’il n’a pas l’air si vieux et si triste. (Merci pour l’article :)
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Allo Maman Bonheur, Allo Maman Bobo... Pomme rougit sous printemps. Le spleen emplit la chair, les P-pains perdus.v Ciao elle clame aux « Up » en pagaille… Se retrouve sans mots idéals...
ton texte me touche vraiment….cette maladie est vraiment une saloperie…Et pour ĂŞtre plus que proches de mes grands parents, je t’assure que je te comprends Ă´ combien…..