Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

28. mai 2012

Mot de passe oublié

La poupee russe

Cette thĂ©orie fut dĂ©veloppĂ©e pour la première fois par le psychiatre amĂ©ricain Frank OCHBERG en 1978 qui lui donna ce nom de “syndrome de Stockholm”, en relation avec un fait divers, qui eut lieu dans cette mĂŞme ville. Ce comportement paradoxal est caractĂ©ristique des victimes de prise d’otage qui finissaient par s’attacher Ă  leurs kidnappeurs, au point mĂŞme parfois de rallier leur cause. L’affaire Patricia Hearst en est une des illustrations les plus marquantes (1).

cage.jpgCe week-end, j’ai été victime de ce syndrome – heureusement - de manière passagère.

Je suis sortie en club samedi soir avec une amie. La journée avait été ponctuée d’épisodes plus ou moins drolatiques (une séance de photo décomplexée, la voiture qui ne démarre plus, la présentation à mon pote JC) et j’étais plutôt fébrile. En fin de soirée, passablement éméchée, je déambule souvent d’un espace et d’un groupe à l’autre. Je suis arrêtée dans mes pérégrinations par un jeune homme qui souhaite m’inviter à boire un verre. Je ne sais plus où est passé JC avec la CB, ma cop’s me néglige pour un fumeur, j’ai le sourire facile et l’affection débordante. Et derrière le gaillard, dont la tournure me semble vaguement efféminée (il me trouve juste super sympa), j’aperçois une tête que j’ai déjà croisée : une vieille connaissance cautionne mon nouvel ami de fin de soirée.

On embarque donc toute la petite troupe pour une after pas piquée des hannetons chez JC qui s’attelle à rouler. La soirée a été longue, je m’affale sur le canapé, j’ai l’esprit embrumé et la musculature en berne. Heureusement, ma cop’s, dont j’ai désamorcé la plan Q par prévoyance, prend en main ma voiture. Mon inconnu, qui après s’être intronisé mon cavalier, se déclare mon sauveur et passe un bras salvateur autour de ma taille. Après un retour en aveugle, où je redécore l’intérieur de la titine et les six étages à pied à l’arrache, mon ravisseur annonce doctement à ma cop’s qu’il prend la relève et qu’elle peut rentrer tranquillement chez elle.

La soirée s’étant construite sur une série de quiproquos, elle part, avec néanmoins un léger doute. Je dois encore lui répéter que je n’aurais pas su faire mieux à sa place. Un viol ne ressemble que rarement au visionnage d’une série US sur fonds de ruelles obscures dans les bas-fonds new-yorkais. La violence y est souvent suggérée.

A peine mon amie sortie de l’appartement, il m’a déshabillée, s’est mis nu et s’est couché sous la couette avec moi. Il m’a « gentiment » houspillé en me reprochant de ne pas y mettre assez du mien. Je ne sais plus à quel moment j’ai décidé que je devais en « faire mon affaire », mais il est resté chez moi jusqu’au milieu de l’après-midi. En le regardant se rhabiller, je lui ai demandé son numéro. Je me disais que le hasard avait bien fait les choses, qu’il n’était pas manchot au lit.

Il m’a laissé le sien. Je me souviens même lui avoir roulé une pelle chaleureuse sur le pas de la porte. Je me suis recouchée et j’ai dormi jusqu’au lendemain matin où, partant pour le boulot, je me suis rendue compte qu’il y avait un truc qui clochait, que je n’avais pas vraiment été d’accord.
Je n’ai déchiré son numéro que plus tard dans la semaine, après avoir vraiment pris la mesure du truc.
La plupart des filles auraient manifesté de la colère ou du désespoir, voire de la culpabilité. C’est vrai, je n’ai pas crié, je n’ai pas dit « non » ou « stop », je l’ai juste repoussé maladroitement, mais mon état était tel qu’il paraissait évident que je ne bénéficiais d’aucun libre arbitre.

Finalement, cet homme n’a fait qu’abuser de mon corps. Ces dernières années, mes tribulations dans les milieux interlopes m’ont certainement rendue victime de plusieurs « viols ». Alcool, drogue, manque de confiance en moi. Si je n’en avais qu’une vague idée à l’époque, cette fois là a été la fois de trop. Aujourd’hui, je SAIS.

Je dois régulièrement me souvenir que le monde est pourri, je suis une de ces âmes pures qui est incapable d’appréhender le danger qui nous guette au tournant d’une soirée quelconque. Mais, sincèrement, ce mec avait l’air plus paumé que moi. J’ai plutôt de la honte pour lui. Mon corps n’est qu’un réceptacle pour moi, un média par lequel il m’est toujours agréable de communiquer, moi qui me bats avec ma PS (2) depuis toujours, mais qui ne m’engage jamais.

Tout le monde peut ne pas être d’accord avec moi et je n’ai pas de cicatrices, pas de bleus, juste quelques bribes de souvenirs qui pourraient me donner une bonne gueule de victime. J’ai peut-être fini par accepter des hommes une certaine violence insidieuse dans leur comportement. C’est juste ma manière à moi de m’en sortir et de mettre les choses à distance.

(1) HĂ©ritière du magnat de la presse William Randolph Hearst, elle est enlevĂ©e en fĂ©vrier 1974 par l’ArmĂ©e de libĂ©ration symbionaise (ASL), groupement d’extrĂŞme gauche.
Alors que Patricia Hearst est maltraitĂ©e par ses ravisseurs, elle est gagnĂ©e par le syndrome de Stockholm, et prend le pseudonyme “Tania”. Dans plusieurs messages audio, elle critique le caractère “bourgeois” de ses parents, ainsi que le “sexisme” de son compagnon au moment de l’enlèvement.
Elle participera ainsi Ă  des attaques Ă  main armĂ©e aux cĂ´tĂ©s de ses « ravisseurs » et sera condamnĂ©e pour ces faits Ă  7 annĂ©es de prison, une peine rĂ©duite Ă  2 ans par le PrĂ©sident Jimmy Carter. Elle aurait agi sur ordre de ses ravisseurs, et n’aurait Ă  aucun moment pu Ă©chapper Ă  leur attention. Cependant, des doutes persistent sur ce sujet. En effet, les membres survivants affirment que le choix lui a Ă©tĂ© donnĂ© de partir. De plus, les camĂ©ras de surveillance des banques braquĂ©es montrent qu’elle a eu plusieurs occasions de s’Ă©chapper, et n’a jamais tentĂ© de le faire. Elle a par ailleurs participĂ© Ă  plusieurs actions humiliantes sur des otages.

(2) PS = Phobie Sociale - voir mon article sur la PS

(cc) Lachlan Hardy

 

Signaler un abus

Envoyer Ă  un ami

Derniers commentaires

 

MERCI POUR LA MISE EN PAGE :)


 

Le problème dans ce genre de cas, c’est la victimisation : on culpabilise, on s’en veut, on se demande Ă  quel moment on aurait du dire “stop”, et une armĂ©e de pleureuses se joint Ă  vous.

La limite juridique du viol Ă©tat floue, je ne me vois pas porter plainte, mais je ne vais pas subir le poids de cet.. “incident?” toute ma vie, je tente d’avancer, tout en respectant la douleur de celles qui ont vraiment vĂ©cu ce drame dans des conditions difficiles (je n’ai pas Ă©tĂ© violentĂ©e physiquement).

A revoir absolument pour approfondir le sujet : “Les accusĂ©s” de Jonathan Kaplan (aujourd’hui rĂ©alisateur pour la TV US pour “Urgences” ou “FBI : portĂ©s disparus”) en 1989, avec Jodie Foster toute jeune et Kelly Mc Gillis dans le rĂ´le de l’avocate.

Et relire le chapitre sur le viol de Virginie Despentes dans “King Kong Theorie”.


Je laisse un commentaire

NB : Avant de commenter, rendez-vous sur la charte des commentaires

Vous devez vous identifier pour pouvoir laisser un commentaire.

Zapping

Rose H.
Rose H. a posté un article. (18:17)
Maianna
Maianna a posté un article. (16:55)
zazaofmars
zazaofmars a posté un article. (13:47)
thoubbope
thoubbope a mis Ă  jour son avatar. (17:18)
thoubbope
Bienvenue Ă  thoubbope (17:18)
Previously on LR

Paulette, émancipée ?

J'en ai tellement entendu parler que je voulais voir ça par moi-même. Je parle de Paulette, bien sûr, le magazine communautaire lancé par Irène Olczak. En 2010, c'était la version web, puis plus...

Bref : un phénomène de société ?

Bref, programme court ou shortcom, est diffusée sur l’antenne de Canal + depuis septembre 2011. Ce n’est pas la première série de ce genre. Un gars une fille avait aussi eu un grand succès...

Récit de concert où glam et bière peuvent rimer

Ce jour-là, j'avais mis trois heures à me préparer pour le concert qui m'attendait et j'ai bien fait. Habituée des petits concerts de ma ville, frêle esquif aimant la bière, j'étais encore une fois parée...

Paradigme de la vie et des relations par mon chat

Parfois, je me sens proche des idées de Brigitte Bardot. Je ne parle pas de cette obsession pour la choucroute ou l’aigreur haineuse, mais plutôt de la croyance en un monde animal...

Ne pars pas

C’est sous la pluie battante que je le regarde partir, la nuit tombe doucement ce soir, timidement. Dois-je le rattraper pour lui dire ce que je ressens ou laisser faire la vie qui peut-être le ramènera à moi ? Je n’ai pas le courage...

D'autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère

Travaillant depuis peu dans le domaine du droit, une collègue m'a conseillé de lire le roman d'Autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère afin de mieux appréhender le monde de la jurisprudence...

Les Partenaires

Les Amies

Paperblog