Cette thĂ©orie fut dĂ©veloppĂ©e pour la première fois par le psychiatre amĂ©ricain Frank OCHBERG en 1978 qui lui donna ce nom de “syndrome de Stockholm”, en relation avec un fait divers, qui eut lieu dans cette mĂŞme ville. Ce comportement paradoxal est caractĂ©ristique des victimes de prise d’otage qui finissaient par s’attacher Ă leurs kidnappeurs, au point mĂŞme parfois de rallier leur cause. L’affaire Patricia Hearst en est une des illustrations les plus marquantes (1).
Ce week-end, j’ai été victime de ce syndrome – heureusement - de manière passagère.
Je suis sortie en club samedi soir avec une amie. La journée avait été ponctuée d’épisodes plus ou moins drolatiques (une séance de photo décomplexée, la voiture qui ne démarre plus, la présentation à mon pote JC) et j’étais plutôt fébrile. En fin de soirée, passablement éméchée, je déambule souvent d’un espace et d’un groupe à l’autre. Je suis arrêtée dans mes pérégrinations par un jeune homme qui souhaite m’inviter à boire un verre. Je ne sais plus où est passé JC avec la CB, ma cop’s me néglige pour un fumeur, j’ai le sourire facile et l’affection débordante. Et derrière le gaillard, dont la tournure me semble vaguement efféminée (il me trouve juste super sympa), j’aperçois une tête que j’ai déjà croisée : une vieille connaissance cautionne mon nouvel ami de fin de soirée.
On embarque donc toute la petite troupe pour une after pas piquée des hannetons chez JC qui s’attelle à rouler. La soirée a été longue, je m’affale sur le canapé, j’ai l’esprit embrumé et la musculature en berne. Heureusement, ma cop’s, dont j’ai désamorcé la plan Q par prévoyance, prend en main ma voiture. Mon inconnu, qui après s’être intronisé mon cavalier, se déclare mon sauveur et passe un bras salvateur autour de ma taille. Après un retour en aveugle, où je redécore l’intérieur de la titine et les six étages à pied à l’arrache, mon ravisseur annonce doctement à ma cop’s qu’il prend la relève et qu’elle peut rentrer tranquillement chez elle.
La soirée s’étant construite sur une série de quiproquos, elle part, avec néanmoins un léger doute. Je dois encore lui répéter que je n’aurais pas su faire mieux à sa place. Un viol ne ressemble que rarement au visionnage d’une série US sur fonds de ruelles obscures dans les bas-fonds new-yorkais. La violence y est souvent suggérée.
A peine mon amie sortie de l’appartement, il m’a déshabillée, s’est mis nu et s’est couché sous la couette avec moi. Il m’a « gentiment » houspillé en me reprochant de ne pas y mettre assez du mien. Je ne sais plus à quel moment j’ai décidé que je devais en « faire mon affaire », mais il est resté chez moi jusqu’au milieu de l’après-midi. En le regardant se rhabiller, je lui ai demandé son numéro. Je me disais que le hasard avait bien fait les choses, qu’il n’était pas manchot au lit.
Il m’a laissé le sien. Je me souviens même lui avoir roulé une pelle chaleureuse sur le pas de la porte. Je me suis recouchée et j’ai dormi jusqu’au lendemain matin où, partant pour le boulot, je me suis rendue compte qu’il y avait un truc qui clochait, que je n’avais pas vraiment été d’accord.
Je n’ai déchiré son numéro que plus tard dans la semaine, après avoir vraiment pris la mesure du truc.
La plupart des filles auraient manifesté de la colère ou du désespoir, voire de la culpabilité. C’est vrai, je n’ai pas crié, je n’ai pas dit « non » ou « stop », je l’ai juste repoussé maladroitement, mais mon état était tel qu’il paraissait évident que je ne bénéficiais d’aucun libre arbitre.
Finalement, cet homme n’a fait qu’abuser de mon corps. Ces dernières années, mes tribulations dans les milieux interlopes m’ont certainement rendue victime de plusieurs « viols ». Alcool, drogue, manque de confiance en moi. Si je n’en avais qu’une vague idée à l’époque, cette fois là a été la fois de trop. Aujourd’hui, je SAIS.
Je dois régulièrement me souvenir que le monde est pourri, je suis une de ces âmes pures qui est incapable d’appréhender le danger qui nous guette au tournant d’une soirée quelconque. Mais, sincèrement, ce mec avait l’air plus paumé que moi. J’ai plutôt de la honte pour lui. Mon corps n’est qu’un réceptacle pour moi, un média par lequel il m’est toujours agréable de communiquer, moi qui me bats avec ma PS (2) depuis toujours, mais qui ne m’engage jamais.
Tout le monde peut ne pas être d’accord avec moi et je n’ai pas de cicatrices, pas de bleus, juste quelques bribes de souvenirs qui pourraient me donner une bonne gueule de victime. J’ai peut-être fini par accepter des hommes une certaine violence insidieuse dans leur comportement. C’est juste ma manière à moi de m’en sortir et de mettre les choses à distance.
(1) HĂ©ritière du magnat de la presse William Randolph Hearst, elle est enlevĂ©e en fĂ©vrier 1974 par l’ArmĂ©e de libĂ©ration symbionaise (ASL), groupement d’extrĂŞme gauche.
Alors que Patricia Hearst est maltraitĂ©e par ses ravisseurs, elle est gagnĂ©e par le syndrome de Stockholm, et prend le pseudonyme “Tania”. Dans plusieurs messages audio, elle critique le caractère “bourgeois” de ses parents, ainsi que le “sexisme” de son compagnon au moment de l’enlèvement.
Elle participera ainsi Ă des attaques Ă main armĂ©e aux cĂ´tĂ©s de ses « ravisseurs » et sera condamnĂ©e pour ces faits Ă 7 annĂ©es de prison, une peine rĂ©duite Ă 2 ans par le PrĂ©sident Jimmy Carter. Elle aurait agi sur ordre de ses ravisseurs, et n’aurait Ă aucun moment pu Ă©chapper Ă leur attention. Cependant, des doutes persistent sur ce sujet. En effet, les membres survivants affirment que le choix lui a Ă©tĂ© donnĂ© de partir. De plus, les camĂ©ras de surveillance des banques braquĂ©es montrent qu’elle a eu plusieurs occasions de s’Ă©chapper, et n’a jamais tentĂ© de le faire. Elle a par ailleurs participĂ© Ă plusieurs actions humiliantes sur des otages.
(2) PS = Phobie Sociale - voir mon article sur la PS
(cc) Lachlan Hardy
posté le 06/08/2009 | 2477 vues | 2 commentaires | tags: syndrome stockholm phobie sociale viol relation homme
Le problème dans ce genre de cas, c’est la victimisation : on culpabilise, on s’en veut, on se demande Ă quel moment on aurait du dire “stop”, et une armĂ©e de pleureuses se joint Ă vous.
La limite juridique du viol Ă©tat floue, je ne me vois pas porter plainte, mais je ne vais pas subir le poids de cet.. “incident?” toute ma vie, je tente d’avancer, tout en respectant la douleur de celles qui ont vraiment vĂ©cu ce drame dans des conditions difficiles (je n’ai pas Ă©tĂ© violentĂ©e physiquement).
A revoir absolument pour approfondir le sujet : “Les accusĂ©s” de Jonathan Kaplan (aujourd’hui rĂ©alisateur pour la TV US pour “Urgences” ou “FBI : portĂ©s disparus”) en 1989, avec Jodie Foster toute jeune et Kelly Mc Gillis dans le rĂ´le de l’avocate.
Et relire le chapitre sur le viol de Virginie Despentes dans “King Kong Theorie”.
NB : Avant de commenter, rendez-vous sur la charte des commentaires
Vous devez vous identifier pour pouvoir laisser un commentaire.
Some kind of unreal music #18 L'année 2012 en musique, du moins le début : Storia nous en fait un rapide tour d'horizon !
Les chroniques menstruelles d'Ovary #4 Des lunettes sinon rien : c'est la nouvelle lubie d'Ovary en plein dérèglement hormonal !
Aux douze coups de minuit ! 2011 était cool, Ladies (plus ou moins) mais 2012 le sera davantage encore !
N’empêche que ce matin, j’étais super fière de moi : j’ai réussi à conduire ma fille à l’école ! Alors merci, je sais, c’est loin d’être un exploit. Entre parenthèses, je suis heureuse de votre intervention...
La mécanique était parfaite, le discours bien huilé. Comme un symbole, l’annonce que l’on attendait depuis des semaines avait été faite un vendredi 13 et elle résonnait encore comme un coup de tonnerre. La note du pays avait...
Je passe une nuit agitée. Réveillée vers trois heures du matin par un cauchemar angoissant. Je tourne et retourne dans mon lit dans l'espoir de retrouver le sommeil. J'essaie d'avoir des pensées apaisantes. Songer à ce que...
C’est l’histoire d’Aurélien, un petit con de 26 ans à l’époque qui balançait l’histoire d’un mec qui surprend sa petite amie avec un autre et qui débite dans un rap plein de fiel tout le malheur qu’il lui souhaite...
Le 11 janvier 2012, les « lego friends » envahiront les magasins de jouets français. Ils ont déjà inondé le marché anglais et américain. Cette nouvelle gamme serait plus girly...
Pour tous ceux qui aiment la littérature ! Il s'agit d'une saga dont on ne peut pas décrocher, dans un monde où la magie, la guerre et la diplomatie s'entremêlent, où la haine côtoie l'amour...
MERCI POUR LA MISE EN PAGE :)