Article sélectionné par La poupée russe lors de sa semaine de rédaction en chef
Lectrice du magazine Books depuis quelques temps mais récente abonnée, j’ai reçu il y a quelques jours le dernier numéro, celui de juillet-août, qui consacre un dossier entier à la relation, aux enjeux et surtout aux impacts du couple Internet / Livres et plus globalement au couple Internet / Culture.
L’utilisation du mot “bête” n’est pas ici à rapprocher de “stupide” mais plutôt de la notion de baisse de culture au sens second du terme, à savoir la connaissance en général. Pour faire court, grâce à Internet aujourd’hui, on a accès à plus de connaissances mais on en maîtrise beaucoup moins.
Amoureuse des livres, je les ai toujours défendus et continuerai de le faire. Et si je ne les opposerais jamais complètement à Internet (je serais bien mal placée pour le faire, travaillant dans ce secteur, l’adorant et m’émerveillant tous les jours de la richesse de la Toile), je ne peux pas m’empêcher de penser qu’effectivement aujourd’hui, le volume considérable de contenus, d’informations et d’opinions disponibles sur Internet le fait devenir le média de la distraction, là où le Livre a toujours été le média de la concentration.
Je m’explique : tout d’abord, quand un internaute cherche une information sur Google ou plus globalement sur Internet, en dehors du fait qu’il ne le fait pas toujours bien (je reviendrai sur la nécessité d’éduquer les gens à Internet un peu plus bas), il lui faut, après avoir cliqué sur “Rechercher”, mettre à profit une compétence indispensable qu’est la capacité de tri.
Là où l’information diffusée dans les livres (je parle d’information et non d’opinion) subit un filtre à travers notamment les éditeurs, qui lui permet d’être la plus pertinente possible, les contenus publiés sur Internet le sont de façon totalement libre, sans contrainte ni filtre.
Je ne dis pas que c’est un manque, je reste persuadée qu’Internet est le média de la liberté d’expression (de façon générale, même si l’on pourrait disserter des heures sur les censures gouvernementales de pays tels que la Chine, pour ne citer que celui-là ) et qu’il n’a pas à faire subir un quelconque filtre à ses contributeurs. Mais force est de constater que cette profusion d’informations pousse l’internaute à survoler pour trier, là où dans un livre, on peut se concentrer directement.
De plus, l’interactivité, les opportunités de business et la tendance au développement du cross-média fait qu’aujourd’hui, où que nous soyons sur le Net, nos yeux et nos oreilles sont “distraits” du seul contenu que nous sommes venus chercher par une foultitude d’encarts publicitaires, de sons, de gif, d’images, d’animations, d’outils flash et autres techniques censées animer la Toile.
Là où encore une fois, un livre ne met en avant qu’un contenu seul et où la distraction, si elle existe, n’est pas le fait du média mais de l’environnement du lecteur. (Petite info en passant qui fait un peu frissonner, aujourd’hui 80% des adolescents ne peuvent pas lire un livre sans un fond sonore ou télévisuel - via une étude du département de l’éducation américain ). Notre cerveau est donc en train de s’adapter et de nous permettre de gérer la distraction en même temps que la concentration.
Finalement (vous aurez compris que je ne cherche absolument pas à prouver que le Livre vaut mieux qu’Internet, ce serait très hypocrite de ma part d’essayer de le faire), et si la solution au problème de distraction et donc à la perte de concentration que nous observons aujourd’hui chez les internautes (en toute franchise, combien êtes-vous à ne plus supporter de lire des articles ou des textes de plus d’une page aujourd’hui sur le Net alors qu’il y a encore quelques années, lire une heure n’était pas un problème ?) était une question d’éducation ?
Internet est un média certes, mais c’est d’abord un outil. Comme tout outil, il a un fonctionnement optimal et des fonctionnements dégradés et aujourd’hui, la majorité des internautes ne l’utilise pas de façon optimale. Là où ce n’est pas grave dans le seul cas de la recherche - même si la distraction dont je parle et la nécessité de tri concernent essentiellement cette fonctionnalité (généralement, ça n’induit qu’une perte de temps, un énervement vis-à -vis de l’incohérence des résultats trouvés et la nécessité d’une capacité de tri plus importante), ça l’est beaucoup plus dans le cas de la protection des données privées par exemple.
Rappelez-vous le tollé autour du changement des CGU de FaceBook, il y a quelques mois, où toute une frange de la population s’est indignée de savoir que leurs données privées n’étaient pas si bien sécurisées que cela. Évidemment, Facebook joue sur l’ignorance des gens pour alimenter ses bases de données qualifiées mais je reste persuadée qu’il aurait juste fallu que ces gens aient une information/explication (ou l’aient au moins recherchée sans foncer la tête baissée !) sur la façon dont Facebook doit aujourd’hui être paramétré pour assurer une fermeture totale de leurs données au monde extérieur. Et ce besoin est vrai pour Internet tout entier, à mon sens. A quand des cours sur l’utilisation d’Internet ?
PS : Merci à ceux qui sont arrivés jusque là , je vous promet que cet article n’était pas un test volontaire de votre concentration :)
(cc) William Hook
posté le 03/08/2009 | 943 vues | 4 commentaires | tags: concentration utilisation audrey A. livres education geekette internet | 2 ont aimé
chapeau encore une fois ma chère mamzelle ! Un article des plus intéressants pour peu que l’on soit addict à Internet :)
c’est une bonne question! (et un bon article pour essayer d’y répondre…)
par contre au niveau de la longueur “supportable” de lecture, il y a aussi le problème de la mise en page sur écran qui est bien différente que sur papier, ainsi que le support écran en lui-même (source lumineuse) qui y est peut-être moins adapté…
personnellement je peux encore passer des heures plongée dans un livre, mais effectivement lire des textes trop longs sur ordinateur m’est inconfortable…
étienne mineur a écrit un post très intéressant autour de cette question de la lecture et plus particulièrement des journaux en ligne, en comparant à la lecture papier :
http://www.my-os.net/blog/index.php?2009/03/27/1257-le-futur-de-ledition-en-ligne-quelques-hypotheses
après, il y aussi une différence entre ce qu’on cherche dans un livre et ce qu’on cherche sur internet: par exemple je ne vais pas sur internet pour lire un roman! et si l’on parle de distractions dans le contenu, je dirais que toutes les pubs contenues dans les magazines ou journaux sont une assez bonne concurrence aux bannières internet… si tant est que l’on classe ici les magazines dans la catégorie “livres”…
à part ca j’encourage aussi la création de cours d’utilisation d’internet!
Addict et observatrice de l’internet depuis ses origines
http://tinanoiret.blogspot.com/2005/02/dune-vie-lautre.html#links
j’applaudis !!
Pour ce qui est des cours d’utilisation internet : on commence quand, et où ? Paris, Bruxelles, Luxembourg …
A te lire,
Tin@
http://www.thebookedition.com/cybermondes-tina-noiret-p-23115.html
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PS: Merci à ceux qui sont arrivés jusque là , je vous promet que cet article n’était pas un test volontaire de votre concentration :)
AH bon?^^ mdr