My Space

Tout pour être heureuse

(si je devais écrire une nouvelle, ça commencerait comme ça…)

Le verdict est tombé comme ça, sans prévenir. C’est toujours comme ça avec les coups bas notez, personne ne lance jamais un communiqué de presse avant d’enfoncer un poignard dans le dos de son voisin. Ça se saurait. L’empire de Rome serait toujours debout, et les Spice Girls chanteraient toujours Wannabe en tortillant des fesses.

Tout pour être heureuseNon, c’est toujours un proche qui a la main assez longue pour percer vos défenses. C’est toujours la famille qui frappe le plus fort avec un sourire innocent. A bien y réfléchir, j’ai bien dû déjà être ce judas déversant mon venin à tort ou à raison. J’ai du moi aussi attaquer sans prévenir, sans réfléchir, avoir au mieux cette minute blonde, au pire cette envie de nuire.

Je sonde ma mémoire. Difficile de me souvenir. Avoir un ancêtre poisson rouge ne me facilite pas la tâche. A moins que ce ne soit encore l’une des joies de la maternité. Il parait qu’un accouchement transforme la plus brillante des working girl en la plus benoite des Madame Cuningam. Je ne sais plus donc. Je ne sais plus non plus exactement comment l’attaque est venue. Je ne pourrai pas me lancer dans un interminable descriptif de ce jour là, de la chaleur de l’été, du vent dans les arbres, d’un accouplement de moineaux dans le pré du coin. Je ne serai pas nostalgique d’un parfum car entre le bitume chaud et l’odeur du fumier mon cœur hésite encore. Je me souviens simplement qu’il y a eu un avant et un après.

Je me rappelle de mon bourreau, bien évidemment. C’était Elle, Bichette, ma meilleure amie. Je sais que ce jour-là, j’avais l’impression de trainer la patte. C’était l’un de ces jours si fréquents cette année-là, où je tournais en rond, sans savoir trop pourquoi. Elle était venue comme tous les jours, pour rien comme ça, pour papoter entre filles (traduction : pour dauber sur la nouvelle femme de son ex). C’est l’avantage de vivre à coté, on s’aime 24h/24. Elle est venue donc, et entre deux clopes, devant un petit verre de blanc elle m’a brisé le cœur. Elle m’a souri, a regardé autour d’elle, a salué ma nouvelle décoration pop art néo design, née du 3e relooking des 6 derniers mois, a soupiré et au bout d’un long monologue m’a lancé l’estocade finale : « Non vraiment je suis jalouse. T’as vraiment tout pour être heureuse ».

Ah. Au fond, tout au fond je savais que cela aurait du me réjouir, que j’aurai du gonfler la poitrine, rougir bafouiller et afficher mon sourire le plus niais. Au contraire, j’ai surtout eu envie de lui enfoncer la bouteille de blanc en travers de la gorge. Et si ce n’était par respect pour les traditions vinicoles françaises, je pense que je l’aurai fait. J’aurais assassiné mon amie, étouffée au goulot, j’aurais fait la Une des tabloïds, rubrique Faits Divers. J’aurais eu mes 15 minutes de célébrité, je serais peut-être même passée dans une émission de TV, pour expliquer le drame des femmes qui ont tout pour être heureuse. « Mais comment en est-elle arrivée là ? Mesdames et messiers ce soir en exclusivité nous allons vous expliquer comment une gentille mère de famille, trucide sa meilleure amie dans sa cuisine ».

Je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai réagi comme ça. Ma violence m’a prise par surprise. J’ai eu envie de meurtre. Je ne sais pas comment j’ai réussi à ne pas fondre en larmes. La peur de ruiner mon maquillage peut-être. La peur d’avoir à mettre des mots sur mon malaise sans doute, sur ce sentiment urgent d’avoir besoin d’un triple pontage. J’ai simplement commencé à retourner ça dans tous les sens dans ma tête de trentenaire épanouie. J’ai même essayé la méthode Coué.

Démonstration : alors voilà, je m’appelle Samantha, je viens d’avoir 32 ans. J’habite un pavillon de banlieue avec mon mari, Jean-Pierre, et ma fille Tabatha. Quand je ne tortille pas du nez, j’ai un bon boulot. Je bosse dans la communication, dans la com’ comme on dit. C’est un bon job, mais dans ce milieu faut jamais avoir l’air d’avoir obtenu ce qu’on voulait, alors je mens. Je roule en Mini, j’ai un dressing de la taille d’un stade de foot. J’ai plein d’amis. Tout plein. Je suis 200 clichés à moi toute seule. Je suis la blonde, je suis la mère juive, pas juive. Je suis parfois une putafrange, parfois une bonne mère de famille. Je suis une bonne épouse. Enfin le plus souvent une épouse tout court. Ma mère m’avait fait une petite check-list et me la répétait pendant que je prenais mon biberon.

J’ai coché toutes les cases.
Voilà voilà voilà.
Je suis tout ça. J’étais tout ça.

J’avais tout pour être heureuse. J’avais tout, et même un peu de rab’. J’avais tout pour être heureuse mais je soignais mon bonheur à coup de Lexo. J’arrosais ma joie à coup de somnifères. Je cultivais les névroses comme on fait son potager, je finançais la Porsche de mon psy. Je picolais comme un homme et fumais comme un camionneur.

Tout allait bien avant donc, au pays du déni. J’étais une autruche de compet’, une menteuse de première. J’étais normale, moyenne, médiocre, mais avec énergie jusqu’à ce skud meurtrier.

Ah elle m’a eue la garce. Elle se disait mon amie celle qui m’a crié « surtout ma chérie ne regarde pas en bas », alors que j’avançais en grande funambule sur mon câble tendu. Elle savait que j’avais le vertige pourtant. Et moi, comme une conne, j’ai regardé…

(cc)  erin MC hammer

52 Responses to “Tout pour être heureuse”

  • et pourquoi samantha est-elle si malheureuse, donc ?

  • Avatar de Aud
    Aud

    c’est énorme, je suis fan…par contre Bichette, c’est déposé nan?!!! ;-) Continue comme ça bella…on attend la suite!!!!

  • @gimmeS : parce qu’on peut pas etre heureuse quand on a pas choisi sa voie. Parce qu’elle a envie de se mettre en danger, de se prendre des murs, de prendre enfin des risques, pour assumer et apprécier elles choix qu’elle aura fait. enfin.
    Parce qu’elle a mal aux pieds dans ses chaussures trop petites (Lili-mai tu déteins sur moi LOL)
    Bref je bosse sur la suite quoi ;-)

    @Aud : ouais ben, autant j’avais une idée sur les prénoms de l’héroïne qui évolueront en même temps que son état d’esprit. autant il me fallait un truc stable pour la cops. et je sais pas pkoi mais le Bichette, il est venu tout seul ;-)

  • Et en même temps, ne peut-elle pas se contenter de ce qu’elle a, au lieu de cultiver des névroses de la sorte ?

  • @ Storia : le livre serait beaucoup trop court ;-)
    en même temps pour le moment la fin reste incertaine. Mais je reste persuadée que si elle est aussi mal dans ses baskets c’est qu’il y a anguille sous roche, banane dans le cocotier.
    Elle a pas l’air bien heureuse notre fée du logis.

  • c’est vraiment une maladie moderne que d’être malheureuse parce qu’on a eu trop de choix est qu’on n’est pas sûre à 100% d’avoir fait les bons (storia, + 1000). Nombril, mon beau nombril…

  • Je m’insurge. Qui dit qu’elle eu trop de choix , qui dit qu’elle a eu LE choix ? La maladie moderne comme tu dis me semble bien viellotte. A savoir se contenter du bof, vivre à moitié, ne pas vivre du tout. Courber l’échine, attendre que ça passe. Une femme qui fait ce qu’on attend d’elle, parce que c’est bien comme il faut. Une femme qui se plie aux codes de sa société, aux dictats de sa famille, quels choix a-t-elle ? Heureuse ? mais pour quoi faire ? Epanouie ? Caprice que tout cela…
    Mais dites moi sans cette “maladie moderne”, les femmes n’auraient pas brulé leurs soutifs il me semble…

  • Je me suis toujours dit qu’il valait mieux avoir une vie que des choix de vie… Mais attention, pas à n’importe quel prix ^^

  • ah ok j’avais pas fait gaffe que c’était la faute de la société. Qui l’a forcée à devenir cadre, à se marier et avoir un gamin. Elle n’a probablement rien choisi là-dedans et s’est contentée de se plier aux bons désirs de sa famille – en 2009, donc, on a brûlé les soutifs ya un petit moment je crois. Elle ne s’est jamais demandée si elle ne voulait pas faire autre chose jusqu’à se retrouver atrocement malheureuse dans le dedans de son moi parce que personne ne lui a appris à réfléchir. Alors que tout ce qu’elle a toujours voulu c’est vivre une folle passion avec un pygmée. Chienne de vie.
    (et assumer ses choix, jamais ? arrêter de penser qu’on est tous si spéciaux et qu’on mérite mieux qu’une banale stabilité si oppressante ?)

  • claro, touner autour du pot et se prendre le pouls toutes les 10 minutes, ce n’est pas vivre non plus…
    Disons qu’il faut savoir réagir quand le prix devient trop élevé. Pas facile de doser !!

  • sûr. Mais bon j’ai quand même l’impression que le prix payé par Samantha n’est pas si élevé et qu’elle devrait arrêter de lire les articles psycho de Biba. Enfin, je conçois qu’elle ait l’impression d’être une cliché sur pattes, mais la violence de sa réaction me semble un chouïa excessive alors que les quelques petits réglages dont elle a besoin ne me semblent pas nécessiter une psychanalyse en 26 ans.

  • Quel Joli texte Magadit… J’avoue attendre vraiment la suite, même si je comprends, Ô combien, ce type de problèmes…
    Courage :)

  • GS : Décidément, si je te rencontrais, non seulement on se bourrerait la gueule, mais finalement, je ne sais pas si je ne vais pas m’installer avec toi…

  • @ Gimme : je dis que c’est un tout. Je dis qu’on fait beaucoup de choses par habitude, par devoir par crainte du regard des autres. Je dis qu’en 2009, y’a moultes femmes qui sont chez le psy ou sous prozac par qu’elle n’ont pas rempli les foutus taches dues à leur sexe : à savoir se marier et avoir un gosse.
    ça reste gravé dans notre culture ça, pas le peine de faire comme si tout avait changé.Je dis que ça me donne envie de gueuler.
    Je dis que voir des nanas géniales commencer à dire qu’elles ont raté leur vie, et qu’elle sont des moins que rien, a cause de ça, parce qu’à 40 ans elles n’ont pas de mec, et encore moins de gosse, ça me donne envie de gerber.
    Alors ouais, beaucoup de nanas, de peur de tomber dans cette disgrace ont été de bonnes filles. Elles ont fait de bonnes études pour faire plaisir à papa. Elles ont fait un bon mariage pour faire plaisir a maman. Elles ont eu un bambin pour faire plaisir a tout le monde.
    Ah ça fait cliché dis comme ça pas vrai ?
    En même temps, ouvre les yeux, regarde autour de toi !
    On ne vit pas au pays des bisounours. Les femmes qui sont malheureuses y’en a à la pelle.
    Encore heureux qu’on puisse remettre en cause ses choix, encore heureux qu’on puisse refaire sa vie, sa carrière.

  • SG : ^^. Je sens qu’on a un potentiel de création de phalanstère assez sympa par ici (parce que, bon, Tiny et monsieur GS, faut bien les caser quelque part !)

  • Avatar de Aud
    Aud

    @ GS et Storia: mais si la vie était aussi simple…si l’on pouvait vraiment maitriser et choisir complètement note vie..ça se saurait nan? ou alors j’ai loupé un épisode…je pense que vous êtes exceptionnelles les filles, j’ai même envie de vous féliciter clap clap clap^^

  • Les femmes qui sont malheureuses, y’en a à la pelle… Mais tant que l’humain n’aura pas compris que le bonheur n’est pas le but, mais la voie… Il faut quand même une certaine dose de relativisme par rapport à ce que nous effectuons dans la vie. Je viens quand même d’un milieu philosophique où quand la vie est une chienne, et bien on le prend comme ça et on essaie d’aller au mieux.

  • des gens malheureux yen a à la pelle, et j’ai plus l’impression que c’est parce qu’ils ont l’impression d’être trop cliché (impression généreusement distillée par cette injonction débile selon laquelle on devrait tous avoir un rêve qui n’appartient qu’à nous et autres blablas), que parce que le cliché ne leur convient pas, à vrai dire. Je vois aussi des filles malheureuses de ne pas être mariées avec enfant, mais bêtement je me dis que c’est parce qu’elles ont envie d’être mariées avec enfants, pas parce que la société leur dicte de le faire (ça marche aussi pour les hommes, soit dit en passant). On aurait besoin de moins de Prozac si on arrêtait de poursuivre des chimères. Faut pas rêver, des Bukowski yen a pas des millions, la majorité des gens ont plus besoin de cette stabilité devenue honteuse que de se réaliser de manière parfaitement originale. On a voulu être libéré des diktats sociaux mais ce qu’on a surtout réussi à faire, c’est remplacer les curés par les psys et passer son temps à se demander si on n’avait pas un merveilleux potentiel paumé dans un coin. Moi je pense que la majorité des gens malheureux auraient une vie bien plus épanouissante s’ils consentaient à arrêter de penser qu’ils sont trop bien pour un schéma classique.

  • @Storia. Yep. Loin de moi l’idée de proner le caprice et la versatilité. comme tu le dis tres bien, on essaye d’aller au mieux. On se bouge donc. On accepte, on encaisse, mais on avance. Courber le dos : non. Tendre l’autre joue : non
    Enfin c’est un choix aussi note !
    Le tout c’est de pouvoir le faire ce choix, ou plutot de se donner les moyens de le faire. on en revient toujours là.

  • Aud : on ne maîtrise pas tout mais justement, il vaudrait mieux apprendre à faire avec ce qu’on a plutôt que se lamenter qu’on n’a pas toujours eu un contrôle parfait de la situation. (Et j’ajoute qu’on maîtrise quand même bien plus que ce qu’on croit).

    SG : le bonheur n’est pas le but mais la voie, exactement.

  • Ce qu’il manque effectivement à la société contemporaine, c’est de se dire que la vie est faite de hauts et de bas, qu’on ne peut pas être parfait en toutes circonstances. Si Samantha a voulu au départ être cadre, rouler en Mini, se marier…, qu’elle assume, désormais. J’ai en effet l’impression qu’elle régresse.

  • “la majorité des gens malheureux auraient une vie bien plus épanouissante s’ils consentaient à arrêter de penser qu’ils sont trop bien pour un schéma classique.” = >heu mais cela veut il dire qu’il n’y a qu’une seule voie, un seul shéma ? Et les gens malheureux sont ceux qui ne positivent pas ?
    dio les filles vous me foutez les chocottes là !!!

  • c’est pas une question de positiver, c’est juste une question d’être honnête avec soi-même (et souvent, être honnête, c’est se dire qu’on peut être très bon dans la médiocrité). Il n’y a pas qu’une seule voie mais je suis à peu près certaine qu’il n’y en a pas 6 milliards. Je crois que 80% des gens (en gros hein…) s’adaptent très bien à un schéma commun mais assez souple sur les angles, évidemment. Et, bon, ça a l’air de te terrifier, mais on connaît quoi comme cadre à part le célibat avec enfants/ célibat sans enfants / couple avec enfants / couple sans enfants ? Ca fait jamais que quatre…

  • Avatar de Aud
    Aud

    @ GS et Storia: je sais pas pkoi mais j’ai l’impression d’assister à un cours de cathéchisme là…désolée, mais je suis athée, alors ça ne prend pas sur moi. GS, il y a des gens qui sont capables de réagir rapidement, et d’autres moins…ce que j’aime dans ce texte c’est que justement Samantha ouvre les yeux, elle assume enfin ses faiblesses…et ça c’est beau! C’est le début de l’histoire… pourquoi dès le début de l’histoire la fille devrait aller super bien?!

  • je vais etre encore plus radicale, y’a les gens qui se posent pas de question, des gens aveugles ou des gens biens dans leurs pompes, je ne juge pas. Y’a des gens qui courront toujours apres le graal, des éternels insatisfaits. Et puis des gens qui veulent mieux, qui sont conscients de leurs moyens, de leurs casseroles et qui essayent d’être bien. Juste bien. Et pourquoi se contenter d’etre bien dans la médiocrité ? Et pourquoi pas rever d’ete un génie, de boulverser le monde dans les domaines de l’art, de la culture, de rever de faire exploser les codes d’une société rétrograde ? Je ne parle plus de l’histoire du roman là. Après le shéma, gosse pas gosse etc on s’en cogne. Avec ou sans mari, avec ou sans boulot, avec ou sans fric, avec ou sans croyance, avec ou sans… chacun ecrit son histoire.
    L’honneteté pour moi, c’est plus en effet d’accepter ou non sa vie a un instant T (tout le temps donc !) et de se dire; ok ça me va, c’est loin d’être parfait, j’en chie mais ça me va. Ou de ne plus pouvoir, de se rebeller, de choisir autre chose(peut etre, vu de l’extérieur, tout aussi médiocre) et d’etre enfin capable de se dire… ok c’est pas parfait mais là je suis bien.

  • pouh, plein de trucs à répondre, mais là j’ai un train à prendre, je vous dis à tout à l’heure.

  • Ce que nous dénonçons, GS et moi, c’est qu’on a l’impression qu’aujourd’hui, il y a de plus en plus d’éternels insatisfaits. Personnellement, je me demande quelquefois ce qui les a poussé à réfléchir de la sorte.

  • Je ne sais pas. On est clairement rentré dans la société de consommation du couple par exemple. C’est pas louable non plus. Trop gens plaque leur moitié au premier signe d’ennui. Et là, j’admire la génération de nos parents qui savaient laisser passer l’orage. Mais il y avait plus que de l’amour, on ne construisait pas sur les mêmes choses. On ne pouvait pas non plus refaire sa vie aussi facilement. Dire s’il en était plus heureux que nous aujourd’hui. J’en sais rien.

    Coté boulot c’est pas mieux. On rentrait dans un job globalement pour la vie. On sait nous qu’on aura 3-4 vies en 1. Est ce que c’était mieux ? J’en sais rien .

    Y a til plus d’insatisfait aujourd’hui ou plus de gens qui le revendique a tort et à travers ? j’en sais rien

    C’est pas top, mais d’un autre coté on a peut etre plus les moyens de changer les choses et le cour de nos vies. Alors pourquoi ne pas y aller.

    Encore une question de modération peut etre… (il nous fera vraiment chié partout ce “modération”) !

  • Je pense aussi qu’on est toujours aussi influençables. Avant, la société disait à nos parents « Casez-vous », alors qu’ils n’en avaient pas forcément envie. Aujourd’hui, elle nous dit « Changez de vie » alors qu’on n’en a pas forcément envie. Au final, ce qui peut s’avérer comme une délivrance personnelle mène la plupart du temps à un constat d’échec encore plus grave.

  • Bon donc je vais prendre le train d’après.
    Aud : vois pas le rapport avec le caté, désolée. C’est catho de chercher à accepter sa vie au lieu de courir tendance poulet sans tête ? Le problème de Samantha (enfin de toutes les Samantha) n’est pas qu’elle ouvre les yeux sur ses faiblesses, c’est qu’elle y réagit apparemment bien trop violemment alors qu’il est fort possible qu’en fait, elle soit d’ores et déjà “bien”. Et que (je sens qu’on va encore me dire que je fais du catéchisme) c’est un peu tard pour réagir comme une ado, elle n’a pas l’air d’être la seule engagée dans l’histoire.
    Sinon, bon là on sort un peu du texte et de Samantha, être bien, c’est le but, oui, tout ce que je dis c’est que souvent on est bien mais on se raconte qu’on ne l’est pas. Parce qu’on rêve d’être un génie, justement. Tout comme on rêve d’être pompier ou astronaute à 7 ans. Mais tout le monde n’est pas voué à l’être! Le drame de notre époque, c’est qu’on se persuade qu’on est tous “spéciaux” (et donc personne ne l’est), c’est refuser de se contenter d’être bien dans la médiocrité quand on ne peut pas faire mieux. Chercher à bouleverser le monde quand on n’en a pas les moyens, c’est s’assurer de se rendre malheureux. Ce n’est pourtant pas dramatique d’être Salieri, dès lors qu’on ne cherche pas à être Mozart.
    Ca n’empêche pas de réajuster sa vie quand on est malheureux, évidemment. Mais être malheureux aujourd’hui semble toucher un peu trop de monde pour que tout ça soit vraiment honnête. Pour répondre à SG, toute cette tristesse et cette insatisfaction, j’ai un peu l’impression que c’est un refus d’être adulte, et de se faire à tous les renoncements que ça implique.

  • tiens, magadit, c’est intéressant ce que tu dis sur les couples de nos parents par rapport aux nôtres : “on ne construit pas sur les mêmes chose”. Tu pourrais détailler ce que tu veux dire ?
    En ce qui concerne le truc sur le boulot et les 3-4 vies en une, on nous le serine depuis le lycée, mais bon je reste dubitative. On ne restera plus dans la même entreprise, a priori, mais bon à part ça… j’ai pas l’impression qu’on recherche trop les montagnes russes dans ce domaine, et vous ?

  • Rien que depuis le début de l’année, entre ma mère fraîchement divorcée (mais c’était amplement justifié), ma cousine qui se fait larguer et mes copines qui se retrouvent mères célibataires, mais qu’est-ce qui se passe ?

  • Au sujet des couples des générations passées, on trouve de tout comme “ciment”, des intéret financiers, terriens, du devoir, du patrimoine, de la survis d’un nom, de la raison… Un peu de tout, beaucoup de choses loin des sentiments qui ont a mon sens pousser les couples a rester ensemble. Il y avait aussi un sens du partenariat (à prendre au sens positif je pense) plus poussé, plus que l’amour. Y’a de la tendresse aussi, enfin j’ose esperer qu’il y en a encore.
    Mon ex belle mère (psy), avait fait une thèse intéressante sur l’évolution du mariage à travers les représetentations artistiques? en gros comment décoder les attentes et les liens sociaux en regardant la représentation des mariés dans les tableaux.
    C’est sur qu’on se posait moins de question.
    C’est sur que la femme avait moins envie de se laisser pousser les ailes ;-)

    Pour revenir au commentaire d’avant. Pourquoi tu dis qu’il est trop tard pour notre Sam ? C’est dur de dire “ma grande t’avais qu’a bouger ton cul plus tot, maintenant tu la fermes et t’assume, hop hop hop et avec le sourire” . c’est hardcore !
    Pour le reste evidemment on est pas tous Mozart, mais on peut toujours rever, c’est le reve qui tire les gens vers le haut !

  • j’ai parlé avec une copine hier soir, elle a dit “la vie ne t’apporte que ce que tu en attends”, je ne suis pas une résignée…j’ai pris des claques incommensurables dans la gueule du haut de mes 25ans, il y a des choses que je ne souhaite à personne, mais au moins j’ai su faire les choix qui font que je sais que je choisis moi même mon bonheur.
    Storia dit que c’est pas le but mais le chemin. Je suis d’accord, parce qu’en fait, en arrêtant de tourner autour de mon nombril, j’ai dit merde à ce et ceux qui me pompaient l’air, l’énergie. Je crois que beaucoup trop de gens suivent, se résignent…mais après se plaignent qu’il est trop tard…
    Moi y’a des jours, je me dis que je suis la plus malheureuse du monde…mais faut vite essayer de relativiser et se demander “pourquoi je pense ça, qu’est ce que je fais pour changer ça?”
    Parce qu’il est hors de question que je souffre autant que j’ai souffert il ya quelques temps. ça ne sera pas ma vie.
    Super texte qui pousse à réfléchir!:)

  • @ Storia : tu crois qu’on pousse les gens a tout casser ?
    Une épidémie de rupture ? ou simplement on est à la fin d’un cycle. regarde les gens que tu fréquentes. Enfin chez moi c’est flagrant : j’étais invitée il y a quelques années au mariages de mes potes, depuis peu c’est surtout les séparations, et les remariages qui pointent le bout de leur nez…
    so so…

  • ben on doit pouvoir trouver un moyen terme entre l’amour passion et le contrat froid et pragmatique quand même ? Bon déjà à l’époque ça existait, les mariages d’amour, quand même, faut pas noircir le tableau. Mais notre génération pourrait accepter les orages un peu plus, le divorce s’est certes démocratisé mais bon si on quitte à se marier autant y mettre du sien (je sais bien que tous les couples qui divorcent ne le font pas pour le mauvaises raisons, mais bon, pour certains ça semble un peu facile).
    Pour Samantha c’est trop tard pour vivre une folle passion avec un pygmée, je veux dire. Pas trop tard pour changer de boulot, arrêter de se venger sur les chaussures et faire le tri dans ses amis. Mais bon, elle a quand même une fille et un mari, donc quels que soient ses décisions de changement, ça n’affectera pas qu’elle. Donc, non, elle ne peut plus faire exactement ce qu’elle veut.
    Quant à la femme qui veut le laisser pousser les ailes… ouais, bon, on peut faire tenir un mariage sans renoncer à son boulot, sa voiture et ses soirées entre potes, calmons-nous ^^. (En plus je pense que bien des femmes, toutes ailées qu’elles soient, ne prendraient pas forcément super bien le fait que leur cher et tendre revienne un jour du boulot en annonçant qu’il veut désormais se consacrer à son chef d’oeuvre qu’il portait en lui sans le savoir, huhu)

  • C’est vrai. Il y a deux ans, j’ai été invitée à au moins cinq mariages à titre personnel. Là, c’est Tiny qui n’arrête pas avec les cérémonies joyeuses. Mais quand en à peine un an, c’est 6 ou 7 couples de ton entourage qui se sépare (dont ta mère et ta cousine), tu te demandes…

  • GS et Storia : c’est très bien ce que vous dites, très bon enfant mais malheureusement c’est plus complexe que ça. Honnetement, moi je ne suis pas malheureuse dans ma vie mais je traverse des périodes de grand désarroi ou je me retrouve seule en permanence, à ce moment là quand on est seul dans sa détresse il n’y a que le médecin qui est là et les médicaments qui sont là. Moi, je vais etre honnete avec vous, je n’aime vraiment pas l’epoque dans laquelle je vis, je la trouve malsaine avant il y avait encore des vrais valeurs par exemple se retrouver en famille était source de joie, se marier et faire des enfants était un bonheur, on cherchait pas a changer à tout prix parce qu’on est lasse de tout très vite, on restait en famille, on allait dans les bistrots chantés, il y avait un attachement patriotique fort, on aimait son pays (pas comme maintenant ou on dirait que tout le monde à honte d’être français, mais je m’égare), on était satisfait dès qu’on avait la panse rempli, maintenant on est des automates, seuls, éternels insatisfaits..

  • Chérie. Et si tu restais tout simplement aux valeurs que tu as citées ? Et si c’était encore un bonheur de se marier et de se retrouver en famille ? Et si, quand tu te retrouves en période de désarroi, tu ne faisais confiance ni au médecin, ni aux médocs, mais seulement à ton instinct de survie ?

  • nan parce que quand je regarde autour de moi je ne vois pas bcp de personnes qui ont ces valeurs d’ailleurs c’est pour ça que j’adore les petits vieux je les trouve 1000 fois plus intéressant que les gens de mon âge, j’aurais tellement aimé vivre 100 ans en arrière!

  • Ben justement, promeus toi-même ces valeurs, et tu verras qu’il y a beaucoup plus de personnes que tu ne le crois qui les partagent… Et pas seulement les vieux ^^

  • on a l’impression que le bohneur ou le malheur depend de l’exterieur, d’une voie choisie ou non mais dont le contour semble tracé de toute facon (la reproduction et le fait de travailler pour vivre).
    Mais le malheur et la souffrance sont de l’ordre de l’intime,cela vient de nous, de notre psychée, de notre inconscient, subconscient et tous ces trucs là qui font de chacun de nous des gens uniques et complexes. Meme si dans notre facon de nous plaindre de “notre vie toute belle mais pas tellement en fait”, on ressort les vieux clichés.
    Ne pas accepter sa vie, c’est ne pas s’accepter soi. Cela ne veut meme pas dire qu’on aurait voulu mieu pour soi, parce que bien souvent on ne sait pas ce qu’on pourrait faire/ avoir pour etre heureuse ou aller mieux. Au fond on a la vie que notre psychisme merite

  • @Mypaw : là, tu cartonnes. Bravo.

  • @mypaw : et si au contraire c’était ne pas accepter sa vie qui etait s’accepter soi ? et si remettre a plat ce qu’on a fait dans la vie c’était se regarder en face ?
    tout cela est tres beau. Mais que faites vous gens qui doutent ?
    je n’aime pas les dogmes…

    Je ne saurai que vous inviter à redécouvrir la pyramide des besoins de Maslow.
    Apres la panse pleine, le foyer, la sécurité de l’emploi, l’amour (allez soyons fou), en haut tout en haut on retrouve l’épanouissement personnel.
    Et cela nécessite peut etre de remettre en cause la pyramide sur laquelle on s’est assis…

  • Tout dépend de la place que tu laisses au doute, Mag. Si tu crois que le doute vient pour tout remettre en cause et te forcer à faire du ménage, c’est bien. Personnellement, j’ai eu cette réflexion il y a quelques années. J’en ai conclu que le doute faisait partie de la foi. Par conséquent, si je doute, ce n’est pas forcément pour faire du ménage dans ma vie, mais pour réfléchir à ce que je suis en train d’accomplir dans le temps présent, pour prendre du recul par rapport à certaines choses que je ne comprends pas.

  • Là je te rejoints à 100%. Comme quoi ;-)
    Le doute il est là, il sera toujours là, je pense que c’est ce qui fait de nous des gens cérébrés. La plupart du temps tu fais avec, tu vis, et à chaque fois que tu les mets de coté (à condition qu’on ne soit pas dans le déni ) tu avances sur ton chemin, quel qu’il soit. Dès lors qu’ils bouffent tout ton oxygène, les changements s’imposent d’eux même. Parfois c’est homéopatique parfois c’est radical

  • @ xena : bah on dit la même chose non ? on se regarde bien trop le nombril, on passe bien trop de temps à se psychanalyser, on s’invente bien trop de besoins pour avoir l’opportunité d’aller bien. Et ceci est généreusement encouragé par la société dans laquelle on vit, qui nous pousse à chercher des chimères dans tous les domaines de nos vies (job parfait, mec parfait, passions parfaites, originalité parfaite, etc). Là où Storia et moi sommes un peu idéalistes, c’est quand nous pensons que finalement il ne tient qu’à nous de trouver notre bonheur dès lors que l’on cesse de s’illusionner sur qui on est, ce qu’on veut, etc… alors qu’on sait bien (enfin je pense) que la société individualiste et jouisseuse dans laquelle on vit est finalement très anxiogène.
    @ Mypaw : pas mieux
    @ Magadit : mais nous sommes des gens qui doutons ! personne n’est jamais à 100% sûr de ses choix et on a tous nos petits regrets. Bien sûr qu’il arrive de remettre sa vie en question ; mon problème ici est que souvent, je crois, les gens remettent leur vie en question par rapport à des représentations flatteuses qu’ils ont d’eux-mêmes, dans une démarche trop individualiste, et dans ce cas la remise en question ne sert à rien.

  • Disons aussi que les changements les plus radicaux se font dans le long terme, prennent du temps à mûrir (par ex, le divorce de ma mère, ça fait quand même vingt ans qu’il marine ^^). Ce que je ne comprends pas, c’est de se dire « Il faut que tout change, tout de suite ! » Ce n’est pas constructif. J’ai mis trois ans pour trouver du travail (outre les doutes et la reprise d’études). J’ai mis 25 ans à prendre conscience que j’avais un corps.

  • @storia: deja merci! :) ensuite je te rejoint completement sur la place que peut prendre le doute dans nos vies.

    @magadit: je t’explique ma phrase “Ne pas accepter sa vie, c’est ne pas s’accepter soi.” qui n’est pas de l’ordre du reproche mais d’une hypothese psychanalitique.

    A un moment donné quand on n’accepte pas la tournure de son existence, son entourage, parfois meme l’air quon respire ce n’est pas parce que ses choses là sont mauvaises, c’est en fait nous que nous ne supportons plus. Nous nous sommes entrainées volontairement ou non, le plus souvent non, vers quelque chose qui ne nous satisfait pas. Par peur de ne pas etre à la hauteur, on a etouffé nos desirs, par peur de perdre l’amour de nos parents, nous avons tout mis en oeuvre pour les satisfaire en suivant une route qui ne nous epanouit pas, par exemples…mais ils sont mutiples.
    Donc oui je suis d’accord avec toi: le jour ou on realise que notre vie ne nous convient pas et qu’on est capable de la changer cela veut dire qu’on a appris a se connaitre et s’accepter enfin.

  • Je viens de découvrir ce texte… excellent. Finalement l’être humain est bizarre… qu’est-ce qui nous rend malheureux ? Quand pourtant on aurait tout pour… :o))

  • Finalement, avoir une bonne copine, qui nous ouvre les yeux, même si ce n’était pas du tout le sens de sa remarque, c’est plutôt une bonne chose, non?

    On la maudit, et puis… on peut aussi affronter sa peur du vide sous la corde… :-)

  • Un premier tour à la découverte de ton blog… me raméne sur LR. J’avais pas lu ce texte moi !!!!!!! Mag a dit : encore toute la vérité et avec l’art et la manière qui me plait : la suite… le bouquin !!!!!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>