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J’encaisse l’air de rien…

J’ouvre un œil, jamais le bon. Je plonge direct la tête dans le thé, des fois que le faux sucre soit en fait de la vraie coke. J’avale méthodiquement mes tartines de Nutella en regardant Télématin, et encaisse sans broncher le poids de mes addictions.

J’encaisse l’air de rien…Le JT passe, trop de violence. Je suis comme Stephane Eicher, je veux déjeuner en paix, et j’encaisse en râlant le poids de mes références musicales.

Premier geste de rébellion enfin, je dégaine Aaron sur I-tunes, eux au moins me comprennent. Mon cœur bat plus vite que leur tempo. Ambiance j’en ai marre de vivre : marchez-moi dessus. J’adore. Je sens direct que j’ai la pêche en comparaison.

Premiers pas hors du lit. Ah tiens, c’est une sciatique ou un lumbago ? Vu que je n’avais pas de rencart hier, je vote pour un lumbago. Dommage. Moi qui m’étais promis de passer voir mon nouvel ami de la salle de sport. Tant pis je passerai juste fumer une clope en rentrant du bureau. Il me reste deux paquets entiers, cool, pas besoin de passer au bureau de tabac pour la journée. J’encaisse avec résignation l’idée d’un cancer du poumon.

Je me motive je suis en retard. Je vendrais père et mère pour un bain, je devrais initier mon fils à l’art des massages thaïlandais. Je me dis lâchement que je suis une mauvaise mère, une fille indigne en vidant consciencieusement le ballon d’eau chaude de ma salle de bain Playmobile.

Le plus dur reste à venir. En vue de l’épreuve, je m’effondre lamentablement devant ma petite armoire de 5 mètres sur 5. Je n’ai rien à me mettre, j’ai déjà porté les 8 nouvelles tenues de ce mois-ci. Je renonce à l’idée de repasser. Je n’ai pas le courage d’essayer. Les piles de linge m’hypnotisent. C’est Noël, c’est le Bonheur des dames, c’est le sentier. Je souris. Puis j’arrête. J’encaisse avec lassitude mon découvert de l’année.

Je m’équipe enfin, je peaufine, je change d’avis. 3 fois. Un matin ordinaire. Reste à planquer les traces de l’oreiller. Retour devant le miroir Playmobile. Je colorie, je peins, je cache. J’essaye d’ouvrir les yeux. Je les referme. J’ai déjà l’air d’un panda. Tant pis.

Le pinceau dans la bouche, la bouche en cul de poule, j’essaye de trouver mes pommettes et commence doucement à dérouler le fil de ma journée. Réunion avec, réunion sans, brief, debrief, Excel, Power point, sourires. Et si je devenais chanteuse ? Et si j’étais une star ? Et si je faisais l’école buissonnière ? Et si j’étais riche et oisive ? Et si… Aaron miaule toujours en boucle. Ta gueule Lili. « Take another walk out of your fake world ». Gnagnagna, quel rabat joie. Demain ce sera Mika. Enfin non, pas d’acide le matin il a dit le médecin. J’encaisse un brin ronchon ma non-motivation.

Je positive en tournant mes clés de contact. Les cieux sont avec moi, l’engin daigne démarrer. Je parcours les 6 kilomètres réglementaires, les yeux rivés sur les jauges, prête à dégainer, l’eau, l’huile, l’essence, et décide dans la foulée d’épouser le garagiste, de me pacser avec le banquier et de le tromper avec le bijoutier. Ma moralité baisse, mon moral remonte.

Je fais la liste des potes à contacter, des sorties à organiser. J’ai envie de copines, j’ai besoin de glousser. Les yeux rivés sur l’I-phone je vérifie qu’aucune information vitale ne s’est perdue au sein des mails durant les 10 dernières minutes. Je calcule mentalement le temps nécessaire pour monter dans mon antre, allumer le portable et me connecter. Ma bouée de sauvetage est en place. La journée peut commencer.

« Hello Mag, ça va ? Dis donc t’as l’air fatiguée ! » J’encaisse en grimaçant le premier skud de la journée.

(cc) eyeliam

8 Responses to “J’encaisse l’air de rien…”

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