Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

03. septembre 2010

Mot de passe oublié

Loou

“The Grey Gardens”, de la folie douce.

Traduit de manière littérale, le titre se résumerait à quelque chose comme Les Jardins Gris. Un asile pour rêveur en mal de bonheur ? Le nom d’une vieille bâtisse fantôme laissée à l’abandon ? Peut-être tout cela à la fois en réalité. Le documentaire Grey Gardens nous plonge au cÅ“ur d’une folie véritable, d’une hérésie contrôlée : une descente aux enfers douce et calme, menée par deux femmes qui vivent entre le monde des vivants et une autarcie morbide.

grey-gardens.jpgLes Jardins Gris raconte une histoire vraie, celle de Little Edie et Big Edie, cousine et tante de l’adulée Jackie Kennedy. Ce documentaire de 1975, aujourd’hui incontournable aux Etats-Unis, n’aurait pourtant jamais dû voir le jour : par pur hasard, les deux réalisateurs se retrouvent aux portes du manoir de Grey Gardens. Et y restent plusieurs jours. Fascinés par ce qu’ils sont en train de découvrir.

Pour apprécier la teneur et l’ambiance mystique qui émanent de ce documentaire, il est nécessaire de connaître le passé de cette mère et de sa fille. De la haute société New-Yorkaise où elles évoluèrent dans leur jeunesse, à l’instar de l’épouse de Kennedy, elles subirent une terrible descente sociale accumulée à plusieurs déboires amoureux qui les usèrent profondément. Abandonnées, livrées à elles-même après des années de richesse et d’opulence, la mère et la fille se retrouvent retranchées dans un vieux manoir, The Grey Gardens. Voilà le point de départ du documentaire.

Je ne me rappelle plus exactement quand j’ai découvert l’existence de ces deux femmes, mais ce dont je suis certaine, c’est la fascination immédiate dans laquelle j’ai été plongée, de par leur histoire, leur vécu, et ce décalage si profond, si injuste et si mystique entre la vie dorée qu’elles avaient autrefois et leur quotidien dans le documentaire.

Ce qui est justement si fort, dans ce reportage, c’est l’absence totale d’avis, de commentaire : l’image est brute, neutre, et laisse le spectateur seule face à la démence des deux femmes. Pourtant, derrière le trouble de leur comportement, on retrouve par bribes, des vestiges de leur beauté passée et une vivacité d’esprit qui ne trompe pas. On est absorbé, incapable de réagir, lorsque l’on voit Little Eddie chanter à tue-tête, en jouant de ses charmes au caméraman. Et désolé, lorsque sa mère - que l’on imagine pourtant l’aimer plus que tout - la rabaisse, l’accable et lui balance avec froideur qu’elle la trouve “laide”.

Tout y est déstabilisant : de la manière dont on est plongé en immersion dès les premières minutes dans ce manoir presque hanté, à leur relation ambigu, entre amour fusionnel mère-fille, et divagation incontrôlable. Tour à tour danseuse, chanteuse, poète, on se rend compte - pas sans un certain ébranlement -, que derrière ces hurluberlues se cachent les vestiges d’une mère et d’une fille qui ont connu la beauté et le luxe de la vie. Et je me sens comme magnétisée, proche de ces deux destins qui fuient la réalité pour mieux la rattraper. Deux destins qui préfèrent déserter dans un vieux taudis insalubre, habités par les animaux et décoré d’ordures qui s’empilent, plutôt que d’affronter le monde des Vivants.

Peut-être aussi y-a-t-il une part de vérité que chacun peut retrouver dans ces deux femmes. Une solitude implicite, que l’on veut oublier dans la douceur de la folie. On ne sort a priori pas indemne de ce reportage. Il poursuit durant plusieurs jours et s’accroche à l’esprit. Je revois la silhouette de little Eddie, qui même ravagée par ses délires, continue à s’imaginer comme une aristocrate, développe un sens inné de la mode qu’elle se créée. Se change plusieurs fois par jour et s’inquiète de la manière dont tombe son turban sur ses cheveux.

Aujourd’hui plus que jamais, les deux Eddies pourraient bien voler la vedette que s’était accaparée Jackie durant des années. Leur démence, révélée au grand jour, finit par séduire. Celles qui autrefois, étaient rejetées par la société, accèdent désormais à une “starification” posthume grâce à une image, une folie, une fascination dont elles n’avaient pas conscience.

Elles rendent les créateurs fascinés, comme Marc Jacobs qui, l’année dernière, signe une collection entière inspirée par les deux femmes. Comble de l’hommage, il baptise l’un des sacs emblématiques de la collection au nom de la fille Eddie. ( Un pied de nez amusé au sac de la maison Gucci, qui porte le nom de Jackie ?) Puis ce sont au tour des magazines de mode de haut vol tels que Lula ou Citizen K de faire pulluler des shootings, des articles et des dossiers sur le sujet.

La mode n’est pas la seule aire créative à être tombée sous le charme de ces deux femmes : Rufus Wainwright, artiste romantique et torturée, dédie l’une de ses chansons à la vie des Jardins Gris, alors que la chanteuse des Scissor Sisters se tatoue la devise de little Eddie sur le corps. Broadway met en chansons le documentaire sous forme de comédie musicale, le succès devient alors fulgurant et propulse un peu plus haut la fascination autour du reportage.

A tel point qu’un long métrage avec Drew Barrymore et Jessica Lange a été tourné cette année et devrait sortir courant 2010. C’est une évidence : Grey Gardens n’a pas fini de fasciner. Le destin des deux Eddies est un puzzle de sentiments qu’il faudrait pouvoir reconstituer bout par bout pour l’apprécier, le comprendre. Les zones d’ombres restent pourtant omniprésentes, inviolables, emportées comme un secret avec leur mort. Mais comprendre l’intégralité de ces deux vies torturées se résumerait finalement à vider le grenier Grey gardens…

 

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Derniers commentaires

 

J’ai vu le film avec Drew Barrymore quand j’étais dans l’avion pour les Etats unis, j’ai tout simplement adoré, et j’ai été fascinée par les personnages. Ce n’est qu’à la fin du film que j’ai su que c’était une histoire vraie et c’est en cherchant plus de renseignements que je suis tombée sur ton article ! Cela m’a bien donné envie de regarder le documentaire original !


 

La chance ! Je suis jalouse :)

J’attends ce film avec une impatience sans nom…

Vraiment je te conseille le documentaire, je ne vais pas redire tout ce qui est écrit dans l’article, mais je suis convaincue que tu l’apprécieras d’autant plus en ayant déjà vu le film. J’imagine que ce doit être tout de même drolement romancé par rapport au docu, mais d’après ce qu’il m’a été donné de voir dans les extraits du film, les actrices ont l’air d’être rentrées complètement dans l’univers Beales…


 

En tout cas par rapport au peu que j’ai vu du documentaire, Drew Barrymore est tout simplement extra dans le rôle !


 

ça c’est du teasing ;)


 

je confirme que je n’ai pas été payée par la production… :p


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