Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

25. mai 2012

Mot de passe oublié

miss cupcakes

Chapitre VII Mon tarzan Ă  40 ans

 

Une fois, bien dans ma tête, j’avais prit l’habitude d’aller écrire dans le café qui faisait l’angle de ma rue. A l’intérieur, tout sentait le vieux filtre usagé. J’adore ce moment de la journée ou je me libère de toutes mes pensées. Je les laisse glissées sur les touches de l’ordinateur. Ce que je viens d’écrire est digne d’un journal intime d’une jeune fille collectionneuse compulsive de dauphin bleu. Sa me donne envie de vomir, c’est tellement pas moi, quoi que… C’est temps-ci, un homme qui pourrait être mon père, passe son temps à me fixer. Je ne peux même pas dire à quoi il ressemble mais ses yeux m’obsède, je sens qu’ils me fixent. Un peu à la manière du fakir dans Tintin. Seulement, il me déconcentre et je n’arrive pas à écrire, je me tortille sur ma chaise et racle ma gorge pour lui montrait mon agacement. Mais rien n’y fait, il continue à me provoquer. Monsieur veux jouer alors jouons. Sauf que finalement, ce n’est pas moi qu’il regarde mais la fenêtre derrière moi qui donne sur la rue. C’est la première fois que je le regarde vraiment. Ses yeux verts regardent le tableau d’une jolie rue en septembre. Il est brun, c’est cheveux sont mi-long, un peu ondulés. Il est barbu et tient dans sa main droite une paire de lunette à monture noire. Sur son dos, une simple tunique grise qui à l’air très douce. Oups ! Cette fois ci, je suis repérée. Je fais l’autruche, persuadée d’être cachée derrière l’ordinateur. J’entends de la monnaie balancée sur le zinc. Sa tête parait derrière l’écran, je regarde au dessus de mes lunettes. L’homme en question me demande « il y a le wifi ici ? ». Je lui répond par un signe de tête positif et continue d’écrire. Il me remercie et continue par « jolies lunettes mademoiselle ». C’est stupide mais sa remarque m’a donné le sourire pour la journée. Je le retrouve à la même place, une semaine plus tard. L’inconnu du comptoir porte une chemise blanche et un jean noir, il doit habiter le quartier pour fréquenter mon bar. Car c’est le mien, j’adore m’approprier les choses. Cette fois ci, je change d’approche. Je n’ai plus envi de lui crever les yeux mais de lui faire les yeux doux. Il est un peu vieux pour moi mais il me plait. Je vois d’ici les remarques de Daphné, « si sa c’est pas oedipien, je veux bien me faire mordre par mon voisin ». Je ne me suis jamais demandée, si j’aimais ou pas les hommes murs. Lui me plait. J’ai mit une petite robe baby dol bleu roi avec une longue écharpe bleu gris. Je porte des escarpins gris qui me font de jolies jambes. En tout cas, il m’a remarquait. Je fais semblant de rien et commande un cappuccino à la mousse de lait. Il joue avec le sucre prés de sa tasse et sourit en le regardant. Il le sait. Je suis séduite. Il est mince, a vu de nez, une taille 38. J’aime. Shaïm était aussi filiforme. Je suis perdu dans mes souvenirs d’amants à poil quand sonne le glas de la disparition du beau monsieur : le bruit de la ferraille sur le comptoir. Je feins de ne pas le remarquer mais je le  regarde partir avec une petite moue. Après avoir quittée le café, je dois faire des courses. On a prévu un pétage de plomb caloriques entre copines. Je n’ai pas vraiment le temps d’aller remplir un caddie de bonbons et de chocolat au temple de la consommation qui se trouve trop loin de chez moi. J’opte pour la superette en bas, plus chère mais plus conviviale. Et surtout quel éclair de génie, j’y retrouve l’inconnu du bar à la caisse. Je lui sourit et le frôle pour atteindre le rayon sucrerie. Il n’est plus là quand je sors de la partie bonbons du magasin. Mon sac est plein à craquer et mon porte-monnaie beaucoup moins. Si on convertit le contenu sa me fait une chaussure, pas une pair, mais un escarpin Minnelli. Je sors de ce gouffre économique qui n’a pas l’air de se soucier de mon pouvoir d’achat. Tiens ! Il est devant moi, il téléphone on dirait. Il regarde derrière lui. Je suis entrain de m’énerver avec les lanières de mon sac, dire qu’il a moins de cinq secondes, je matais ses fesses. Il me propose de m’aider mais je décline en lui expliquant que j’habite tout prés. Je mordille mes lèvres en regardant le sol. Il marche prés de moi. Il a une de ses classes ! Je m’arrête devant la porte de mon immeuble, ou je pose mes courses pour chercher mes clefs. Et très spontanément je lui demande « je vais boire un café dans notre bar, on se rejoins dans dix minutes, si sa vous tente ? ». Il ne décline pas.

Je le retrouve comme convenu. On est assis à une table, on parle de lui et de moi mais je ne connais toujours pas son nom. Il est designer, célibataire et pas du tout halluciné par le fait qu’une fille de mon âge l’invite à boire un café. Sa c’est pas bon signes, sa sent le séducteur. Le temps a filait, les filles ne vont pas tarder, je dois m’en aller. Je lui explique la situation. On se lève en même temps et il va payer au comptoir nos deux noisettes. On se fait la bise devant le bar, l’hiver est presque là. La pénombre est partout, ce qui donne une atmosphère assez romantique. Il me prend la main et se présente. « Je m’appelle Arthur au faite, j’habite au numéro 4, tu passes demain en fin d’après midi ?». Je réponds aux présentations par un petit « oui » incontrôlé qui s’échappe de ma bouche. Il part de son côté et moi du mien. Le contact de sa main sur la mienne fait battre mon cœur à la chamade…je sais de quoi on va parler avec Muriel et Daphné, ce soir.

 

Le lendemain, un peu bouffie par ma nuit blanche ou Muriel nous a annoncĂ© sa prochaine grossesse, je vais sonnĂ©e chez Arthur. Il habite Ă  moins de quinze minutes de mon appart’. Je porte une robe assez ample noire Ă  grand dĂ©colletĂ© et des bottes sans talons marron. J’entends dans l’interphone « salut toi, monte, 2eme Ă©tages, la porte beige ». Son appartement est immense, lumineux et dĂ©corĂ© avec goĂ»t. Il y a des bouquins partout. Arthur, on l’appellera ainsi puisque dĂ©sormais nous sommes assez familier, me fait visiter. ArrivĂ© dans sa chambre, il insiste lourdement sur les mots « voici ma chambre ». Je fais mine de ne pas ĂŞtre dupe. Monsieur va vite comprendre que je ne suis pas comme ça. Une lolita en quĂŞte de sexe mais une presque trentenaire en quĂŞte du mec stable père de mes futurs enfants. Il prend un peu de distance. Il me montre ses dernières crĂ©ations, des fioles de parfums ultra onĂ©reux. On fini assis prĂ©s de la cheminĂ©e. Tout est trop romantique. Il s’allonge sur le dos, je suis assise en tailleur. Il se relève et passe son bras derrière moi. Il me regarde avec la tĂŞte lĂ©gèrement inclinĂ©e. Je l’embrasse. Il attrape mon visage entre ses mains, et me fait glissĂ© sur le tapis. Il est allongĂ© sur moi et continue Ă  m’enlacer. J’ai beau de ne pas vouloir passer Ă  la casserole, je n’en puis plus de dĂ©sir et me laisse entièrement aller au plaisir. Sa y est, je suis amoureuse comme Ă  chaque fois que je viens de faire l’amour. Il attrape son jean qu’il enfile sans caleçon. Je me dis intĂ©rieurement : il t’as eu, tu te rhabilles ma belle et tu te casses avant de tomber dans la spirale, il ne me rappelle pas, j’avale le pot de confiture et  DaphnĂ© viens me consoler. En faite, il revient avec un plaid en polaire blanc qu’il pose sur moi et me rejoint sur le tapis après avoir allumĂ© une clope. Il m’embrasse et c’est partit pour un câlin, puis des jolis mots qu’il dĂ©clame tel un Chateaubriand vieillissant et dĂ©modĂ©. Je rigole un peu moqueuse. Il me taquine sur mon âge. Il est plus que l’heure de dĂ®ner et me propose de rester. Mais je prĂ©fère y aller doucement et refuse gentiment sa proposition. Sur le pas de la porte, il ne me laisse pas partir. Je rentre quand mĂŞme des papillons dans les yeux. NĂ©anmoins, j’évite de trop fantasmer sur Arthur et de m’attacher Ă  lui trop vite mais je me couche en passant Ă  lui. Nous avions Ă©changĂ© nos coordonnĂ©es et le lendemain de notre après midi d’amour, il m’a envoyĂ© un message : « ma petite puce s’est allĂ© très vite, j’ai envi de te voir, passe chez moi si tu veux». C’est trop mignon. Je l’appelle pour que lui se dĂ©place chez moi après mon boulot. En arrivant, cette enfoirĂ© Ă  acheter des fleurs. Plus encore que le sms de ce matin, un bouquet de pivoine. Pendant que j’œuvre cĂ´tĂ© cuisine, salade landaise et dessert au chocolat, il fait le tour du propriĂ©taire. Il trouve mon appart’ vraiment sympa, c’est ses mots et en particulier les deux nus dans ma chambre et poursuit « c’est toi ? ». Pas la peine de polĂ©miquer, j’avoue et rajoute deux mots sur l’histoire des toiles « l’artiste est un ami, Amedeo Perez, j’ai posĂ© pour lui ». Il me demande accoudĂ© au bar en face de moi avec une voix coquine « vous Ă©tiez amant ?» et Ă  moi de rajouter « oui, fin de la discutions ». On mange, il se confit un peu plus et moi, pour Ă©viter qu’il s’enfuit, un peu moins. Arthur a Ă©tĂ© mariĂ© une fois. Il ne prĂ©cise pas si il a eu des enfants avec cette femme. La soirĂ©e se passe, on se fait du pied. Le matin, ce qui ne m’était pas arrivĂ©e depuis très longtemps, je me rĂ©veille dans les bras d’un homme qui n’a pas la gueule de bois. L’un tournĂ© vers l’autre, on se parle doucement et Arthur m’avoue au bout de deux jours : « je tiens Ă  toi LaĂŻsse » et pour la première fois de ma vie, je ne cache pas mes sentiments et dans la logique je lui rĂ©pond « je crois bien que je suis amoureuse Arthur ». Sa fait drĂ´le mais c’est bon. Après, Arthur a dut partir une semaine dans les caraĂŻbes pour finaliser la dĂ©coration d’un hĂ´tel. Nous avons fait l’amour, si on peut dire ça, par ordinateurs interposĂ©s. Je me suis toujours demandĂ© comment s’était possible. Bon, je ne ferais pas sa toute ma vie mais c’est une expĂ©rience Ă  vivre. Tout semblait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes possible comme dirait maĂ®tre P sous la plume de Voltaire. J’avais mĂŞme eu une minuscule promotion au boulot. Cependant Amedeo rĂ©apparut en me laissant un message sur ma boĂ®te vocale « tu penses qu’on peux se voir pour parler ? », j’ai rĂ©pondu par sms « quand tu as le temps ». C’est juste un ami, je les tellement rĂ©pĂ©tĂ© dans ma tĂŞte pour m’en convaincre qu’au final j’était plus du tout persuader d’y croire. Arthur est rentrĂ© et notre idylle Ă  continuer comme si de rien n’était. Je squattais rĂ©gulièrement son appartement qui sentait bon le pain grillĂ© et le patchouli. On dĂ©bouchait une bouteille, on faisait la cuisine ensemble et la vaisselle devenait un exercice plaisant. C’était presque trop. Il semblait qu’on se forçait Ă  ĂŞtre parfait pour ne pas ĂŞtre malheureux. Le temps a passĂ©. 

 

Nous vivons la parfaite passion depuis un mois que je convertis en trente jours sans penser ou presque à Amedeo. Fin de songe, mon amour m’interpelle : « Ton cu sonne, chérie », mon portable dans la poche de mon jean…C’est Daphné. Même là, il reste chic et me fait rire. Nous sommes aujourd’hui dimanche. Le jour des névrosés. Le dimanche est synonyme de dispute pour de nombreux couples. Obligé de dîner avec la belle mère, obligé d’occuper les gosses, de faire la vaisselle des copains squatteurs. Ou encore de suicide alimentaire pour les célibataires trentenaires. Combien se sont retrouvés la cuillère de pâte à tartinée dans la bouche à chialer devant le programme de fin de semaine : des dessins animés, de la musique classique ou du sport. Avec Arthur la vie est trop facile. Tellement que nous envisageons, peut être un peu vite, la trilogie : mariage, maison, bébé. Rien ne pouvais gâchait ce bonheur, rien hormis un peintre au talent indéniable. Sauf, qu’a priori à part en pensés, je n’ai pas péché. Arthur, bien qu’il soit parfait, ne peut pas lire dans mon esprits, non ? Mais il peut lire ce que je suis entrain d’écrire. Les jours se sont succédés. Présentation à mes copines et à Christophe. La période n’était pas trop propice à concevoir un enfant et je ne prévoyais pas d’arrêter la pilule. La cigogne était stressée par un avenir trop incertain niveau professionnel. Au cours d’un dîner, Arthur s’est  plaint ou plutôt m’a confié qu’il n’avait pas réussi à avoir d’enfant avec son ex. Et comme à mon habitude, j’ai sortit la phrase qu’il fallait avec beaucoup de tact « vous faisiez l’amour au moins ? ». Il m’a regardé  avec un air triste qu’il le renvoyé directement à ses années pas simple. Il devait partir pour trois semaines. Je restais seule avec mes copines et je comptais en profiter.

 

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