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Assumer son prénom

Certain(e)s d’entre vous commencent à me connaître dans la real life et par conséquent savent mon prénom, à savoir un prénom à huit lettres commençant par B. Personnellement, même si l’origine et la signification de mon prénom semble adaptée à ma vie affective (puisqu’il vient d’un adjectif latin signifiant doux, caressant), j’ai mis un petit peu de temps à l’assumer, ce prénom. J’aurais préféré en effet porter mon troisième prénom civil (à savoir le prénom féminisé de mon parrain, qui vient du germanique libre, qui a donné le nom de notre pays et le mot Liberté en breton). Mais ma maman, discutant avec une autre femme de son village enceinte en même temps qu’elle, a préféré me donner le prénom de cette petite fille née quelques semaines avant moi. Quoi qu’il en soit, comme l’a dit Alexandre Devoise un jour que j’assistais à une de ses matinales sur RTL2, C’est un prénom rare, mais très joli.

Oui, mon prénom est rare. J’aurais pu m’appeler Céline, Maud ou Émilie, comme beaucoup de filles nées comme moi au début des années 1980. J’aurais pu m’appeler Marie, ou un prénom composé avec, comme beaucoup de mes amies catholiques. J’aurais pu m’appeler Anne, comme pas mal de Bretonnes (sachant que Ste Anne est la sainte patronne des Bretons). Mais non, ma maman a préféré m’appeler comme la sainte patronne de Lyon, décédée à 17 ans dans les arènes encornée par un taureau, présageant mon destin de catholique qui s’assume dès le collège face aux moqueries.

Mes parents avaient aussi des idées pour des prénoms de garçons. Mon père n’était pas très fantaisiste, il aurait voulu m’appeler Sébastien, comme une bonne partie des garçons nés au début des années 1980. Ce dernier état de fait a eu pour conséquence que j’ai dû trouvé un surnom ridicule pour distinguer mon meilleur ami de mes autres potes… Ma mère, toujours dans l’originalité, aurait voulu m’appeler comme un de ses ancêtres, à savoir Jean-Malo (ne rigolez, pas, Malo, c’est répandu comme prénom en Bretagne…). Le fait que ma tante lui ait souligné l’incongruïté de ce prénom avec mon nom de famille l’en a finalement dissuadé. Heureusement donc que je suis née fille…

La plupart du temps, le prénom est un effet de mode : Lucienne dans les années 1900-1940, Thérèse dans les années 1940-50, Martine et Isabelle dans les années 1960, Céline dans les années 1970-1985, Maud et Manon dans les années 1985-1995, Emma et Léa dans les années 2000. Ce qui rend parfois difficile les appels dans la classe pour les professeurs en primaire. Mais aujourd’hui, de plus en plus de prénoms s’écrivent avec des orthographes différentes, et c’est un vrai casse-tête pour les enfants de grande section de savoir l’écrire. Ce qui est sûr, c’est qu’il est plus facile d’apprendre à écrire Léo que Chrysostome ou Marc’harid. À ce propos, je vois le retour dans l’école primaire où enseigne ma mère de vieux prénoms que portaient les arrière-grand-parents de enfants : Léonie, Marguerite…

Il faut aussi réfléchir à ne pas commettre d’impairs en associant prénom et nom de famille. Tous les parents, en effet, n’ont pas la clairvoyance de ma tante dissuadant ma mère d’appeler son fils potentiel Jean-Malo. Moi-même, en ce moment, je me dis que si jamais je concevais des enfants avec Tiny, quelques prénoms (surtout féminins) seraient à blacklister. Ainsi, avec un peu d’intelligence, on évite certains écueils comme on en trouve dans les Monsieur et Madame : Mégane Renault, Désiré Moy, Jacques Zeller ou le tout nouveau Paul(e) Emploi.

Il arrive aussi qu’on vous ait nommé par rapport à un particularisme local. Cela arrive essentiellement lorsqu’on est Breton ou Basque. Si, depuis 1970, on a le droit en France de ne pas nommer les enfants selon une liste de prénoms bibliques et validés, certaines parents se sont lâchés sur les prénoms régionaux. C’est justement le cas en Bretagne où certains de mes copains se nomment Gaël(le), Gwenaël(le), Nolwenn, Yann(ick) ou Erwann. Mais il arrive aussi de rencontrer des prénoms venus de l’espace : Aouregan, Sterenn, Sklaer(ijenn/enn), Riwanon, Tugdual ou encore Kuntiguern (et encore, je ne sais même pas si c’est comme cela que ça s’écrit). Dur.

Le prénom est aussi une raison sociale. Si Marie a été adoptée par toutes les branches sociales françaises, il est rare de voir une fille de prolétaire s’appeler Solange, comme un fils de la haute société s’appeler Roger. Cela vient du fait que, pour les anciennes générations, le prénom était un vrai gage d’héritage. Par conséquent, il y avait toujours quelqu’un dans la fratrie qui portait le prénom d’un de ses ancêtres. Cela se vérifie dans la famille de ma mère, puisqu’elle porte en effet le même prénom que sa propre mère, tandis que son petit frère (mon oncle), porte le même prénom que son père. Bref, avant, on ne se cassait pas le c** à chercher des prénoms à droite à gauche. Cela vient du fait qu’avant le XIIIe siècle, le prénom tenait lieu de nom de famille et était porté par l’héritier légitime. Le nom de famille tel qu’on le connaît aujourd’hui était en fait un qualificatif accolé au prénom, d’où des noms de famille aujourd’hui comme Petit, Grandet, Legros, Le Héron… Encore aujourd’hui, notamment en Russie et dans les pays scandinaves, on accole à un prénom la mention fils ou fille de + le prénom du père, et cela tient lieu de nom de famille.

Enfin, les médias apportent aussi leur lot de prénoms parfois incongrus. Combien de Jennifer connais-je suite à la diffusion en France de la série Pour l’amour du risque et encore plus de Brandon suite à Beverly Hills. Les prénoms anglo-saxons font effectivement florès en France avec l’explosion de la culture pop dès les années 1960. Et cela donne encore aujourd’hui des Kévin Dujoux ou des Samantha Michu.

Bref, il est difficile d’assumer son prénom. Mais pour ne pas rester anonyme, quoi de mieux qu’un vrai prénom qui dépote ?

14 Responses to “Assumer son prénom”

  • chouette article Storia. Moi j’ai un prénom dans la reallife comme tu dis, qui fait souvent sourire à rire parfois. De nombreux jeux de mots y sont souvent associés. Même une chansonnette y est dédiée!!! trop de chance!!!!!!!!! à l’adolescence cela me dérangeait (comme tout d’ailleurs à cet âge là) mais depuis c’est moi qui m’en amuse. certes sa signification : Vérité reflète assez bien ce à quoi j’aspire dans la vie mais quand même mes parents auraient pu y réfléchir avant!!! halalalala!
    quand à mon nom de famille il encore plus risible. Mais lui, il me l’ait transmis par mon père et aussi ridicule soit il je le revendique. je le tourne moi même en dérision et je l’assume (certains se donnent à coeur joie pr se moquer mais en même temps, il faut de tout pr faire un monde, des cons aussi!)

  • oups, je viens de relire mon commentaire , dslé pr les mots oubliés et les erreurs d’”avoir” ou d’”être” .ça se voit que j’ai écrit tard, très tard!!!

  • Avatar de Aud
    Aud

    @ storia: moi j’aime bien ton prénom, la raison est simple: mes parents ont hésité entre 3 prénoms à ma naissance: B., Prisca ou Aud***… Mais je crois que j’aurais eu beauuuucoup de mal à m’appeler B. parce que ça aurait clashé ave mon caractère loooool ;-)

  • @Aud… Tes parents ont failli t’appeler Bl.? Dans le même genre, j’aime aussi le prénom de Tiny dans la real life, qui veut dire « vigilant » en grec. Et c’est vrai : il se montre vigilant quand je me montre trop douce…

  • N’oublions pas tous les enfants nés dans les 90′ appelés “Kévin” “Dylan” “Bryan” et autres “Jenifer” et “Pamela” :)

  • @Stiletto : d’où mon dernier paragraphe sur prénoms & médias ^^

  • Avatar de Aud
    Aud

    @ storia : veridic’ ^^ mon père adoooore ce prénom…mais je crois que je l’aurai pas super bien porté…enfin peut etre que je serai un peu différente, on dit bien qu’il y a une influence du prénom sur notre caractère nan? Masi j’avoue que Aud***, ça me plait bien, c’est un prénom ultra courant mais bon…

  • Moi c’est la déesse du bonheur, mais j’en ai aussi fait tout un article ^^

  • moi c’est fleur fragile en grec…mieux qu’en latin: propriété…
    Mais ça résume assez bien finalement, le package complet de la Mely

    Ma mère m’a prénommée par my real first name en l’honneur de la musique…

    Moi j’ai déjà les prénoms de mes enfants….remarque va falloir que j’en fasse beaucoup!;)

    Mais il y a une chose qui m’a marqué, c’est que la jeune femme abattue en pleine rue en Iran se prénommait Neda, et ça veut dire “Voix”…voilà pour ma minute plombage d’ambiance mais fallait que je le dise!

    Ps: j’adore chercher les origines des prénoms…j’ai honte mais j’y passe des heures! J’adore les vieux genre Mahaut, Maxence ou les trucs comme Sioban…Historienne un jour, historienne toujours!

    Un prénom ça détermine toute une vie et des comportements! moi les gens que je déteste, j’associe direct le prénom!

    Perso, j’adore mes autres prénoms parce que ce sont ceux de mes mamies….minute bébé! Charlotte et Aline…Comme je me sens encore plus habitée!

  • Mely : j’ai été moi-même historienne (d’où mon nickname). Et c’est Siobhan… J’ai l’habitude des prénoms celtes, en temps que bretonne.
    J’aime aussi la signification de mes deux autres prénoms civils, tous deux tirés du germanique : combat et homme libre. C’est vrai, j’envisage de plus en plus la vie comme un combat, et j’ai aussi un esprit libertaire, malgré ma condition de catholique.
    Si je regarde ma soeur, c’est un peu plus bancal : son prénom principal est d’origine grecque, comme la ville de laquelle son prénom découle. Ses deux autres prénoms civils (ceux de mes grands-mères) viennent de l’hébreu/araméen : chéri et talon/supplanter. J’aurais du mal à voir un lien avec la personnalité de ma soeur…
    J’ai des cousines qui portent le nom de la naissance (latin), de la lune et de la victoire (en grec), de végétaux (toujours latin) associés à l’amour et la grâce (hébreu/araméen) et enfin de la noble lande (germanique). Je ne sais pas pourquoi mes cousins ont été moins gâtés avec des prénoms exclusivement germaniques (puissant/dur & et homme fort).

  • Chouette article Storia!!! C’est vrai que notre prénom nous influence ou influence comment les gens peuvent nous percevoir au premier abord.
    Je précise tout de même qu’en Russie les gens portent toujours prénom, patronyme ET nom de famille. Dans un contexte formel et pour les gens qu’on connait peu ou pour marquer le respect, on utilise toujours le prénom et patronyme de son interlocuteur.
    En revanche, en famille et entre amis, on utilise une flopée de petits noms et diminutifs affectueux comme Aliocha ou Liokha pour Alexeï, Sacha pour Alexandr, Nastya pour Anastasia etc etc.
    On peut ainsi déterminer la relation qu’a quelqu’un avec son interlocuteur rien qu’en observant comment elles s’adressent à lui.

  • Oui, mais par exemple en Suède ou en Norvège, le nom de famille, le plus souvent, c’est la mention « fils de »

  • oups, désolée pour le h ;) !!!!

    Après tout est une question de ressenti, j’en connais qui détestent leurs prénoms…je trouve plus drôle de se l’approprier! et plus facile à vivre surtout

  • @Storia: Tout à fait d’accord. Comme en Islande d’ailleurs. Pas en Russie, là-bas le patronyme est séparé du nom de famille. Cela vient en plus. Par exemple, Vladimir Vladimirovitch Poutine cela veut dire Vladimir, fils de Vladimir, Poutine.

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