Article sélectionné par La poupée russe lors de sa semaine de rédaction en chef
Les beaux gosses et La journĂ©e de la jupe ; les deux films veulent montrer une image juste et sans fard des adolescents d’aujourd’hui. C’est sans doute tout ce qui les relie, car le sujet traitĂ© ne l’est pas de la mĂŞme manière. Pourtant, voir les deux films dans la mĂŞme journĂ©e tisse une vraie relation entre eux.
Les beaux gosses se place dans un collège qui ne se dĂ©marque pas trop des autres ; les mĂŞmes sempiternelles bandes de garçons et des filles catĂ©gorisĂ©es, dont les moches et boutonneux, HervĂ© et Camel. Les deux garçons sont obsĂ©dĂ©s par leur sexualitĂ© naissante, et dĂ©jĂ dĂ©bordante, et par les filles. De prĂ©fĂ©rence les plus jolies du collège, qui n’ont d’yeux que pour les vrais beaux gosses, rois de la cour de rĂ©crĂ©. Et puis HervĂ© rĂ©ussit bien malgrĂ© lui Ă sĂ©duire Aurore, une de ces jolies filles. Les situations engendrĂ©es prĂŞtent au rire, les dialogues sont jeunes et les dents pleines de bagues. C’est une adolescence Ă la recherche d’elle-mĂŞme qui est montrĂ©e. Les enfants grandissent, couvĂ©s du regard par leurs mères, qui les laissent doucement partir en s’Ă©merveillant de leur maturitĂ© nouvelle et hĂ©sitante.
L’image du film n’a rien d’exceptionnelle, mais la rĂ©alisation est juste ; on aurait pu redouter les fausses notes d’un dialogue qui met Ă mal la langue française, mais il n’en est rien. Il n’empĂŞche que le film ne dĂ©colle pas, restant trop près de la simple image brossĂ©e. Malheureusement, aucun fil rouge ne vient guider la narration ; les gags plus ou moins grossiers s’enchaĂ®nent sans bousculer un rythme de croisière. On retiendra nĂ©anmoins le personnage de la mère d’HervĂ©, poule dĂ©pressive et attachĂ©e Ă son fils, gloussant au tĂ©lĂ©phone de manière Ă©namourĂ©e les performances de son fils qui devient un homme ; et le dernier plan du film, qui exprime de la manière la plus explicite et très justement comment les adolescents testent les diffĂ©rents aspects de leur tempĂ©rament et se construisent une personnalitĂ© qui leur ressemble.
La journĂ©e de la jupe se dĂ©roule dans un contexte beaucoup plus dĂ©fini, extrĂŞme, celui d’un collège difficile oĂą les Ă©lèves se catĂ©gorisent eux-mĂŞmes selon leur religion, leur sexe, et oĂą filles comme garçons doivent jouer les gros durs pour s’imposer. Les cours de français de Sonia ressemblent Ă une arène oĂą elle se bat pour se faire respecter, en vain. Chaque mot, chaque geste qu’elle dit et fait prĂŞte Ă la moquerie et sa classe est survoltĂ©e en permanence. C’est dans la confusion gĂ©nĂ©rale d’un cours qu’elle donne dans la salle de théâtre du collège qu’elle se retrouve un pistolet Ă la main. A bout de nerfs, elle s’en sert pour prendre la moitiĂ© de sa classe en otage et obtenir le calme de ses Ă©lèves. Alors qu’Ă l’extĂ©rieur, l’Ă©meute risque d’exploser, et que les forces de la police tentent de comprendre les revendications d’un preneur d’otage non identifiĂ©, Sonia tente de donner un cours dans la salle de théâtre.
La journĂ©e de la jupe dresse un portrait juste d’une micro-sociĂ©tĂ© dont certains d’entre nous sont bien loin. Et pourtant la rĂ©alitĂ© est lĂ . Non seulement dans les paroles, mais aussi dans les actes que l’on devine quotidiens de ces jeunes, qui prĂ´nent et demandent le respect sans le donner ni le dĂ©finir. Plus qu’un documentaire encore, le film se place du cĂ´tĂ© d’une fiction rĂ©aliste, mais fiction quand mĂŞme ; le scĂ©nario est bien Ă©crit, et le rĂ©alisateur sait donner de la densitĂ©, un vĂ©ritable passĂ©, des secrets, Ă chaque personnage. Il rĂ©ussit ainsi Ă faire passer de multiples messages, depuis celui d’une Ă©ducation inadaptĂ©e, Ă un autre sur la condition des femmes, en passant par des peines de cĹ“ur et de cul intimes et enfouies en chacun. Le film joue sur une Ă©motion intense, parfaitement dosĂ©e, qui jongle sur la capacitĂ© du spectateur Ă accepter les tensions regroupĂ©es dans la salle de théâtre et les autres, celles de l’extĂ©rieur, des flics et des parents d’Ă©lèves, qui tous se focalisent sur ce lieu confinĂ© et fermĂ© aux regards comme aux oreilles.
Deux portraits de sociĂ©tĂ©, deux images des adolescents d’aujourd’hui, sont ainsi traitĂ©s de manière distincte. Les beaux gosses traitent le sujet de manière lĂ©gère et manque sans doute d’un vĂ©ritable enjeu ; La journĂ©e de la jupe rĂ©unit tous les atouts d’un film coup de poing, marquant et juste.
Les beaux gosses
de Riad Sattouf
avec Vincent Lacoste; Anthony Sonigo, Alice Tremolières,…
sortie française: 10 juin 2009
La journée de la jupe
de Jean-Paul Lilienfeld
avec Isabelle Adjani, Denis Podalydès, Yann Collette,…
sortie française: 25 mars 2009
posté le 22/06/2009 | 833 vues | 6 commentaires | tags: beaux gosses adjani journée de la jupe critique cinoche film cinéma
Oui, très certainement, Les beaux gosses a l’intention de montrer le passage Ă l’âge adulte, et la dĂ©couverte de l’autre sexe et de ses propres dĂ©sirs. Cela dit, Ă cause de ce manque d’une vĂ©ritable histoire, d’un but qui tiendrait le spectateur en haleine, le film n’est pas tout Ă fait Ă la hauteur de son intention.
La journĂ©e de la jupe, si tu as l’occasion, n’hĂ©sites pas… Moi-mĂŞme, j’Ă©tais dubitative, et au final, complètement emballĂ©e.
Ben si : l’histoire, c’est quand mĂŞme HervĂ© & Aurore… C’est une histoire qui peut te paraĂ®tre simpliste, mais moi je reconnais le style de Sattouf qui consiste Ă juxtaposer plusieurs tranches de vie. LĂ aussi, si tu tombes sur « La vie secrète des jeunes », n’hĂ©site pas non plus.
vous me donnez envie!!!je me suis ratĂ©e sur arte, faut que j’aille au cinĂ©!
@Storia Giovanna > Oui, il y a certes l’histoire entre HervĂ© et Aurore… Elle n’est certainement pas simpliste, mais peut-ĂŞtre un peu effleurĂ©e, comme beaucoup d’autres petites histoires dans le film. Je me frotterais bien volontiers encore Ă ce rĂ©alisateur cependant, alors pour La vie secrète des jeunes, merci du conseil, je le suivrai ;)
@mely > une soirĂ©e d’orage! Vite, file au cinĂ©, c’est le moment idĂ©al!
@Lestat : C’est son premier film, en tant que rĂ©alisateur. Il est dessinateur de BD Ă l’origine (d’oĂą « La vie secrète des jeunes », une sĂ©rie de sketches parus dans « Charlie Hebdo »). D’oĂą un certain esprit d’amateurisme. Et c’est lui (avec une perruque rasta), notamment, qui joue le djeun dans le film Ă©rotique que Camel et HervĂ© regardent (mention spĂ©ciale aussi Ă Valeria Golino…)
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Je dirais, au contraire, qu’il y a un enjeu dans « Les Beaux Gosses ». Celui de la dĂ©couverte des relations garçons/filles lors de l’adolescence. Certes, c’est peut-ĂŞtre racontĂ© de façon anarchique, mais je trouve que cette manière de raconter colle très bien Ă l’univers Ă la fois torturĂ© et drĂ´latique d’un adolescent de 14 ans. Parce qu’Ă mon avis, tout adolescent ne s’exprime pas avec violence, mais avec ses codes Ă lui. Maintenant, il me reste Ă voir « La journĂ©e de la jupe ». Mais, d’après ce que j’en ai vu, par contre, je trouverais ce film plutĂ´t caricatural, taillĂ© pour une Isabelle Adjani un peu trop théâtrale.