À l’aube du soixante-cinquième anniversaire du débarquement de Normandie qui est commémoré en grandes pompes samedi, il est important de rappeler que tous les Français n’ont pas résisté. Bien que Jean Moulin, Charles de Gaulle ou encore Lucie Aubrac symbolisent la Résistance, la plupart des Français ont attendu que la guerre se passe. Sans collaborer, ils ne ne se sont pas clairement opposés à Vichy.Â
Rappelons que Pétain représentait la victoire de Verdun et de ce fait il avait une aura incommensurable à l’époque. Aujourd’hui, avec le recul, ceci est difficile à concevoir et à comprendre. Qu’aurait-on fait à leur place ? Personne ne sait réellement et personne ne peut le dire. Bien que la guerre ne soit pas une excuse, elle peut expliquer certains comportements sans pour autant les justifier. Comment des hommes qui avaient des idéaux pacifistes et qui avaient combattu les allemands ont-ils fini par collaborer ?
Certains l’ont fait par opportunisme et convictions, d’autres par peur des représailles. Mais faire des généralités représente un danger. Il faut différencier les collaborateurs des collaborationnistes. Chaque itinéraire reste particulier. Bon bien sûr, il existe des connivences, des rapports entre tous. S’ils ont choisi le camp des collabo, c’est aussi qu’ils avaient leurs raisons. Même si elles nous paraissent aberrantes voire incompréhensibles, elles sont à remettre dans un contexte complexe et inextricable.
Ainsi sans les comprendre ou les partager, les historiens cherchent à les expliquer. Peut-être est-ce pour que l’histoire ne soit pas un éternel recommencement. C’est toujours plus simple à dire qu’à faire. Expliquer, critiquer sans juger reste difficile surtout quand il s’agit de juger une période trouble de l’histoire de France. Parfois il est plus facile d’occulter pour construire un mythe, celui de la Résistance.
Aujourd’hui quand on pense à la collaboration quelques noms nous reviennent froidement à la mémoire. Des Klaus Barbi, des Maurice Papon en sont l’exemple. Des entreprises comme Renault ont été punies pour avoir collaborer. Malgré tout, les enfants de collabo ne sont pas responsable des parcours troubles de leurs pères. Pourtant de nombreuses familles portent de lourds secrets indicibles car trop difficiles à raconter. Ils ont accepté la honte pour éviter la guerre. Être fils de collabo n’est pas simple car on porte en soi-même une identité déchirée.
On ne peut pas juger nos parents mais d’autres le font, ce qui reste difficilement supportable. Dominique Janet, fils de Claude Janet a expliqué parfois avec difficulté le parcours de son père. Partager entre l’amour qu’il a pour son père et l’activité de collaborateur de ce père qui a Å“uvré sans complexe et sans regrets avec la collaboration Vichyste. Il a participé à cette Å“uvre sombre par pacifisme. Il a écrit dans des revues comme Germinal, Front socialiste, Révolution nationale. La collaboration ratisse large de gauche à droite de l’échiquier politique.
La collaboration n’est donc pas uniquement le fruit de l’extrême droite même si elle l’incarne. D’autres fils de collabo comme Jean Pierre Azéma sont devenus historien. Ironie de l’histoire, cet historien est spécialiste entre autre de la période de Vichy. Son père Jean Azéma, collaborationniste zélé, journaliste est une des voix célèbres de Radio Paris (antenne tenue par les nazis). Il a écrit aussi dans Je suis partout (revue d’extrême droite). Intellectuel anti-démocratique, antisémite, anti-communiste est fasciné par le nazisme. Il est intimement lié à Jacques Doriot. Boni, Darmand, Paoli, eux, ont eu de hautes responsabilités au sein de la milice française ou d’autres formations politiques qui ont suivi Hitler.
Peut-on leur en vouloir ? Je ne sais pas. Pour nous aujourd’hui, il est difficile de comprendre. Quand on en parle on a tendance à dire qu’à leur place on ne l’aurait peut-être pas fait par souci de justice. Aujourd’hui, on a du mal à concevoir le fait que des hommes aient été aveuglés par des politiques et des décisions qui font froid dans le dos. Le pire n’est peut-être pas d’avoir suivi sans broncher mais d’avoir pris des initiatives pire que les ordres. Certaines rafles ont été décidées par les autorités françaises sans pour autant venir de l’occupant.
Là est le choc. Suivre par aveuglement, on peut encore concevoir l’idée, mais prendre l’initiative de tels actes barbares semble incompréhensible. La situation de guerre l’explique mais ne la légitime pas. Même si refuser c’était risquer sa vie, certains l’ont fait par conviction et par héroïsme.
En tant de crise, je pense qu’il est important de reparler de ce passé trouble qui ne passe pas. Il faut se souvenir pour ne pas reproduire ou, au pire, pour empêcher de se reproduire.
(cc) bk86a
posté le 03/06/2009 | 146 vues | 3 commentaires | tags: débarquement résistant antisémitisme normandie guerre
Oui il faut se rappeler car, comme tu le dit très justement, c’est toujours en temps de crise que de tels choses se produisent : la recherche d’un coupable pour tous les maux de la société!
On ne sait jamais comment on réagirai dans de telles situations, l’être humain peut révéler le meilleur comme le pire! Beaucoup de personnes, comme en témoigne Benoîte Groult dans son autobiographie, étaient trop occupées et focalisées sur comment se procurer de la nourriture et des produits de première nécessité, pour survivre en fait, qu’ils n’ont même pas réfléchi au fait de résister!
@ Ulije lorsque les conditions de vie sont aussi difficile qu’en temps de guerre c’est clair que le but est de survivre pour ne pas mourir. On pense d’abord à protéger sa famille puis ensuite on peut pnser aux autres. Après tout dépend aussi du courage dont on fait preuve où de la peur qu’on ressent. C’est pour ça qu’il est très difficile de juger une situation de guerre tant qu’on l’ pas vécu.
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@JESS: “Il faut se souvenir pour ne pas reproduire ou, au pire, pour empêcher de se reproduire.”
>> Tout à fait d’accord avec toi, c’est tj bon de le rappeler.