Humeurs

Pro-life : Faites ce que je dis, pas ce que je fais…

Article sélectionné par La poupée russe lors de sa semaine de rédaction en chef

En ouvrant le Metro hier matin, j’ai eu mon lot de mauvaises nouvelles qui plombent bien le retour de week-end prolongé. Outre la catastrophe aérienne qui a touché l’Airbus A330 en provenance de Rio et à destination de Roissy (ma soeur a même dit Ça rappelle le premier épisode de Lost…), les défaites de Susan Boyle à la finale de Britain got talent et de Rafa Nadal en 1/8 de finale de Roland-Garros (enfin, on aura une compète en 2009 :  Djokovic et Safin évincés, Federer en difficulté…), le week-end n’a pas été glop sur le plan des actualités.

Pro-life : Faites ce que je dis, pas ce que je fais…Et au détour d’une page, je vois cette info : George Tiller, un médecin pro-IVG du Kansas, s’est fait assassiner ce dimanche 31 mai 2009, à 67 ans, dans un temple luthérien. Ce n’était malheureusement pas la première fois qu’il était la cible d’attaques, la plupart par des associations pro-life, parce qu’il effectuait parfois des IVG tardifs, jusque 22 semaines. Depuis 1993, il était sous la protection du FBI.

Un suspect a d’ores et déjà été arrêté. Nous ne savons toujours pas si c’est le meurtrier, mais il a été arrêté pour avoir des liens avec des associations pro-life. Car tel semble être le motif de l’assassinat de Tiller.

Malgré tout, la plupart des associations pro-life américaines, à l’unisson avec Barack Obama, ont condamné ce meurtre. Non pas que la disparition de George Tiller les attriste plus que cela, mais elles ont peur que ce meurtre donne une mauvaise image de leur action, alors que leurs membres n’hésitent pas à plastiquer des cliniques qui procèdent à des IVG.

Ce qui me scandalise au plus haut point, c’est que, si tant est qu’on établisse un lien direct entre cet assassinat et les mouvements pro-life, je trouve que ces mouvements sont quand même assez « libres » sur ce qu’est la définition de la vie. Certes, ils condamnent les avorteurs – c’est leur droit le plus strict. Mais qu’ils ne viennent pas, à côté de cela, faire des victimes en posant des bombes dans les cliniques et en allant assassiner ces mêmes avorteurs.

Je suis heureuse qu’en France, les mouvements anti-avortement n’en viennent pas (plus ?) à ces extrémités, ou alors très peu. J’estime que, lorsqu’on a fait le choix de respecter la vie au point de condamner celles et ceux qui ne veulent pas la donner, ce respect doit s’effectuer jusqu’au bout. Il me semble même qu’il y a une contradiction à appartenir à un mouvement pro-life et militer pour la peine de mort (suivez mon regard…).

Enfin, ce qui me scandalise encore plus, c’est que George Tiller se soit fait assassiner dans un lieu de culte. M***, c’est la seule chose au monde que la plupart des militant pro-life respecte ! En effet, beaucoup de pro-life poursuivent leur action au nom de la religion. C’est louable, mais la religion reste encore une interprétation personnelle d’une philosophie basée sur des enseignements. Je crois que le problème de ce brave George Tiller, en bon Chrétien, est qu’il ne voyait pas la contradiction entre respect de la vie et désir de la donner ou pas. Car si la vie est un don de Dieu (puisque j’ai fait le choix de croire ceci), elle ne doit s’envisager que dans un cadre serein et stable. Or ce n’est pas le cas de toutes les femmes enceintes.

Je ne suis pas fondamentalement pour l’avortement, mais je pense qu’une femme fait mieux d’avorter si elle ne se sent pas capable humainement d’élever son enfant. Car la vie a du prix, et élever des enfants autrement que dans le désir de donner la vie est une aberration. Donner la vie doit rester un choix. Personnellement, j’élèverai davantage mes enfants dans le respect de Dieu dans la mesure où je leur aurai préparé dans ma tête un terrain propice à leur vie.

Je condamnerai donc cet assassinat au nom du respect de la vie et de Dieu. Car celui qui a tué George Tiller a failli à sa vocation première, celui de respecter la vie à tout prix.

(cc) Steven Fernandez

19 Responses to “Pro-life : Faites ce que je dis, pas ce que je fais…”

  • “Il me semble même qu’il y a une contradiction à appartenir à un mouvement pro-life et militer pour la peine de mort” –> toutafé. Cela étant, est-ce que la contradiction marche aussi dans l’autre sens ^^ ? (pour l’avortement et contre la peine de mort)
    Est-ce que c’est un article contre les mouvements pro-life ou contre les fanatiques du truc ? (genre ceux qui ne comprennent pas l’essence du mouvement, un peu comme les islamistes rapport aux musulmans)
    “Car si la vie est un don de Dieu (puisque j’ai fait le choix de croire ceci), elle ne doit s’envisager que dans un cadre serein et stable” –> heu bon, ça c’est quand même un bon luxe pour occidentales friquées, faut pas se leurrer. Sur le principe je suis ok avec toi, cela dit ce qui me chagrine c’est que j’ai l’impression que ce qui correspond à un “cadre serein et stable” devient de plus en plus compliqué à obtenir. Je sais pas mais il me semble qu’il y a une sorte d’idée diffuse qui voudrait nous inculquer que faire un môme nécessite un plan quinquennal (au sens stalinien du terme) : mec parfait, job parfait, moment de l’évolution de carrière parfaite, salaire qui suit, maison avec, environnement de choix, et être sûre qu’il y a une crèche dispo. Bon bah, avec ce type de raisonnement, on n’est pas rendues je crois.
    Des fois que ce serait pas clair, je suis pour l’avortement hein, mais je pense quand même qu’il y aurait deux trois petites choses sur lesquelles réfléchir en ce qui concerne ce droit et plus globalement ce qu’on fait des grossesses non planifiées. Pis bon la discussion qui consisterait à dire “oui moi aussi je suis pour et les pro life sont méchants” c’est ennuyeux.

  • @gimmeshoes : ce que je veux dire par un « cadre serein et stable » est que je suis persuadée que la maternité est de l’ordre du ressenti. Je conçois très bien que des filles en couple veuillent avorter et que des filles un petit peu dans la lose veuille garder leur enfant. J’entends donc qu’il est quand même nécessaire d’assumer son bébé pour éviter tôt ou tard qu’il se retrouve dans une poubelle ou un congélateur.
    La morale de cette histoire est que je comprends très bien qu’on peut être pro-life. Dans ce cas, on respecte la philosophie jusqu’au bout et on ne va pas bombarder les femmes qui demandent l’avortement. Capisce ?

  • nan mais le congélo ou la poubelle c’est du déni de grossesse, c’est quand même particulier (t’as regardé fr3 dimanche toi ou bien?). A part ça j’avais bien compris la morale de ton histoire, j’ouvrais sur d’autres thèmes. Suis pas complètement teubé quand même.

  • moi je suis d’accord avec storia c’est inadmiscible ce qui s’est passé. Etre “pro-life” et assassiner qq’un il y’a qqchose qui va pas. Moi personnellement les pro-lifes c’est comme les néonazis tant qu’ils passent pas à l’action ils me derangent pas mais ce crime c’est impardonnable.

  • @gimmeshoes : C’est là aussi que je me dis que le choix de donner la vie est un luxe. Parce que je ne crois pas que la paysanne chinoise qui étouffe sa fille avec des grains de riz le fasse par déni de grossesse.

  • heu oui certes mais je ne vois pas bien le rapport. Evidemment que dans chez les paysans chinois la vie est plus difficile, cela dit je ne connais rien à la politique de l’enfant unique en Chine mais je pense que beaucoup de choses sont mises en place pour, justement, éviter les grossesses. Donc je ne pense pas qu’on puisse comparer les deux situations avec cette optique de choix “luxueux” pour les occidentales que n’auraient pas (ici) les Chinoises. Ou les Indiennes qui avortent énormément de foetus féminins, et pas dans les milieux les plus riches. Enfin bref tout ce que je voulais dire à la base c’est que l’infanticide et l’avortement ne sont pas la même chose.
    Et c’est plutôt le fait de choisir de ne pas donner la vie qui est un luxe (en tous cas c’est celui que l’on n’avait pas avant la contraception etc, car on n’a jamais dans l’histoire choisi de donner la vie).

  • @gimmeshoes : bonne analyse. Mais justement, je ne condamnerai jamais une femme qui a choisi l’avortement, car personnellement je trouve l’infanticide plus horrible encore. Je vais peut-être t’horrifier, mais je pense qu’au départ de l’avortement, il y a peut-être un cruel défaut éducatif. Je ne dis pas que les femmes qui avortent n’ont pas conscience de ce qu’elles font – malheureusement, c’est le cas. Mais à voir ma tante, infirmière, qui a travaillé dans un planning familial et qui a procédé à des avortements de mineures qui revennaient l’année d’après… C’est une analyse que je me suis faite. Elle demande à être débattue si tu le veux bien.
    Bien sûr, je prône l’abstinence autant que possible pour faire face aux risques de grossesse. Maintenant, quand on fait le choix d’avoir une vie sexuelle, surtout aujourd’hui, il est nécessaire au préalable de s’éduquer sur les conséquences de la vie sexuelle, la contraception, etc. Beaucoup de personnes, pour des raisons religieuses, omettent ce genre d’éducation. J’ai eu la chance d’avoir une maman chrétienne progressiste qui nous a tout expliqué, et qui elle-même, le cas échéant, aurait avorté (mais étant donné qu’elle était vierge au mariage, la question ne s’est même pas posée).
    Je me suis beaucoup posée la question de l’avortement. Cela est même récurrent dans ma vie sexuelle. Mais une chose est sûre : j’ai choisi de ne pas avoir de vie sexuelle tant que je n’avais pas de perpesctives d’avenir. Et je ne regrette rien.

  • déjà bravo pour vivre ainsi en accord avec tes convictions, j’admire.
    En ce qui concerne un éventuel défaut éducatif, je serais plus modérée, je pense que ça arrive (filles jeunes pas informées sur la contraception, par exemple), mais que globablement nous ne sommes plus dans la situation des jeunes femmes des années 60-70, qui ont vécu l’autorisation de la contraception et surtout de l’avortement alors que bien souvent elles n’avaient que très peu d’informations sur ces sujets. Aujourd’hui, a priori, on a les moyens de ne pas faire n’importe quoi. Mais c’est vrai que les personnes qui bossent dans les plannings témoignent de ces profils. On peut aussi parler de défaut d’éducation quand certaines pensent que l’avortement est une contraception (il y en a hein), peut-être parce qu’elles s’en foutent (alors que c’est relativement dangereux).
    Cela étant dit il est évident aussi qu’il y a aussi des “accidents” et que parfois ce n’est juste pas possible, ou simplement pas le bon moment même si éventuellement possible en faisant des efforts. Donc là ce n’est pas lié à un défaut de quoi que ce soit, ce cas là est celui où (je pense) le droit à l’avortement prend tout son sens.
    Mon opinion est que s’il y a autant d’avortements (et d’avortement mal vécus), c’est lié à la pression de plus en plus forte que l’on met sur les épaules des jeunes parents (ça plus l’éventualité de pression des familles ou du géniteur, qui orientent parfois le choix de la mère). A mon avis il faudrait “dédramatiser” le fait d’avoir un môme sans l’avoir “prévu” pendant deux ans. Je pense aussi qu’on aurait intérêt à mettre en place une communication plus importante sur l’adoption (plus de temps pour choisir, plus d’enfants adoptables en France, moins d’enfants non désirés et mal aimés/élevés, et ce n’est qu’une intuition mais peut-être que les femmes qui vivent mal leur avortement accepteraient mieux l’abandon).

  • Je pense aussi que l’avortement est criminalisé et devenu fait politique depuis qu’on demande la responsabilité aux pères. Cela ne date que de la Seconde Guerre Mondiale. Car avant, l’avortement était une affaire de femmes. Il y avait les faiseuses d’anges, cela se passait sans aucun bruit, mais cela ne veut pas dire que c’était moins dangereux, bien au contraire.
    La prise de conscience de la paternité joue beaucoup dans l’entrée de l’avortement dans le débat politique. Puisqu’on demande désormais aux pères potentiels de prendre des décisions pour leur futur enfant, certains s’estiment floués dans leur paternité par l’avortement. Le Mâle explique très bien ce sentiment de sournoiserie féminine quand certaines femmes s’estiment seules maîtresses de leur désir de grossesse, sans en avertir leur compagnon.
    Il y a bien sûr des femmes qui n’ont pas le choix, car abandonnées de leurs compagnons qui ne désirent pas d’enfant. Mais je crois que l’avortement se fait au cas par cas. C’est comme la prostitution, ce n’est pas un sujet qu’il faut prendre de manière globale, car il implique d’autres sujets.

  • @ gimmeshoes : “Cela étant, est-ce que la contradiction marche aussi dans l’autre sens ^^ ? (pour l’avortement et contre la peine de mort)”

    Pas de contradiction, puisque pour un pro-choix, la vie ne commence pas avec l’embryon (ni même avec le foetus, tout dépend de la façon dont on borne la vie…).

  • Dis-donc, ma Shen-te, tu viens de relancer le débat d’une manière monumentale… Merci merci ^^

  • shen-te : pfff oui je sais mais c’était trop tentant.

  • @GS : Humour, ma chérie ^^

  • Juste pour ramener ma science (et aussi pour me rassurer sur le fait que je ne poursuis pas des etudes de chinois pour rien), disons que certains moyens extrêmement discrets sont mis en place pour que les jeunes filles chinoises puissent vivre leur sexualité sans avoir de grossesse non désirée, mais que ces moyens sont aussi très mal vus.
    J’entends crier certains chinois qu’ils ont une sexualité épanouie, oui certes, mais en Chine prendre la pilule est très mal vu, et une fille qui couche en dehors du mariage l’est aussi d’ailleurs, même si ce n’est pas dit, un jeune couple qui couche ensemble en a le droit seulement si tout le monde sait qu’ils vont se marier…
    Alors l’avortement, très franchement, je ne sais pas si c’est un sujet d’actualité en Chine… Par contre les droits des femmes et des homosexuels mériteraient, eux, qu’on s’y penche.

  • @tévy : je citais surtout la Chine concernant l’infanticide… M’enfin bon.

  • meme si j’arrive un peu tard, je tenais a exprimer qques idees.
    en tant que chretien mes rapports vis a vis de l’avortement sont compliques mais pratiquer l’avortement aussi tard se rapproche quand meme pas mal du crime. ce n’est evidemment pas une raison pour assassiner le mec. En plus penetrer dans une eglise avec une arme pour abattre un etre humain me revolte au plus haut point surtout lorsque le tueur pretend representer le mouvement “pro-life”
    maintenant rien n’est jamais bien simple non plus car du point de vue de La Bible Dieu nous considere comme une de ses creations avant meme que l’on soit concu……

  • @frenchi: il y a un truc que je comprend pas a chaque fois vous dites “je suis chrétien mais on m’interdit de penser que…” ok, t’es chrétien ça ne t’empèche pas d’etre pro-avortement, c’est bien de croire mais y’a un moment je pense qu’il faut prendre un peu de distance de sa religion et se faire ses propres opinions, pas penser en terme de “valider par la religion”.

  • @Xena chérie : Sache qu’une religion, même si on prend de la distance par rapport à elle, ne saura empêcher le conditionnement de ton esprit. La chose la plus intelligente à faire, dans ce cas, c’est de dire : « OK, voici mes convictions, elles sont parfois contraire à ce que je penserais si je n’avais pas ces convictions propres, mais ce n’est pas pour autant que je ne dois pas avoir un libre arbitre. »
    @ Frenchi chéri : Pose ta Bible une fois et réfléchis à son interprétation prosaïque. Justement, Dieu nous dit certaines choses, mais comment cela doit-il se traduire dans notre vie quotidienne ?

  • @xena: ma cherie je viens de relire plusieurs fois mon post( avec l’age il faut du temps pour comprendre….)et je ne vois pas ou j’ai emis l’idee:“je suis chrétien mais on m’interdit de penser que…” .
    A preuve du contraire personne ne m’a jamais interdit de penser quoi que ce soit…..je sais simplement que la vie en societe implique de suivre certaines regles pour eviter l’anarchie. Nous avons des lois et certaines personnes ont en plus La Bible.
    si tout etait simple je ne me poserais pas de questions mais tout comme Kiwette je demande plein de chose.
    par exemple sur le plan purement medical a quel moment le fruit d’une union devient un etre?(meme si c’est fait in-vitro la question est la meme)
    nos nombreux echanges datant d’environ un an ont montre je pense que je ne suis pas un vieu facho borne mais la question est de determiner ce qui peut etre fait et quand.
    un avortement aux alentours de 5 mois de grossesse me semble tres bizarre. a moins que la sante de la mere ou du l’enfant soit en cause je ne vois pas de raison de le pratiquer.
    Ensuite(je ne dis pas ca pour toi) mais pratiquer l’avortement comme moyen de contraception ( a repetition je veux dire) ca je suis absolument contre.
    Par consequent je pense que mon post precedent est toujours d’actulite et je ne vois rien a lui retirer

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