Humeurs

Le concept du choc culturel

[ndlr : article sélectionné par Mamzelle durant la semaine de rédaction en chef]

Depuis que je vis à Paris et que je bosse dans la culture, je commence à prendre un mauvais pli. En effet, les connasses que je fustigeais naguère, autrement dit, celles dont les dents rayent le parquet, celles qui trouveront de toutes les façons au moins un poste de PR (merci carnet d’adresses) et qui ne bâtissent leurs références culturelles que par la lecture de Télérama, Les Inrockuptibles ou Technikart (pour les plus arty) ont finalement eu raison de moi. Je suis malheureusement devenue l’une d’entre elles.

Le concept du choc culturelJ’en veux pour preuve ma nouvelle conception philosophique du choc culturel. Car oui, je me plais à élaborer désormais des concepts à la con. Et le choc culturel en fait partie. Moi, ancienne campagnarde Betonne partie à l’aventure à 17 ans (stage post-bac en Allemagne, puis université à 80 kms de papa-maman), je suis devenue à 26 ans lectrice de Télérama (et de la  presse people, mais là n’est pas le sujet) et secrétaire éditoriale en région parisienne.

Mais qu’est-ce que le choc culturel ? Mais pour comprendre ce concept philosophique à ma manière, il faut être mondain ET parisien, avoir A-DO-RÉ la rétrospective La Chapelle à l’Hôtel des Monnaies, avoir ses entrées dans tous les vernissages en vue et ne pas concevoir une activité culturelle en France en dehors de la région parisienne (sans parler bien sûr de Berlin, Amsterdam, Londres et New-York).

Le choc culturel, c’est par exemple un mondain qui découvre soudain qu’il y a une culture autre que le parisianisme. Et moi, qui suis désormais plus habituée aux pièces de théâtre dans de vraies salles de théâtre qu’aux concerts à l’arrache dans des champs, même si j’adore le deuxième, cela me fait toujours un choc aujourd’hui de redécouvrir cela, même si ça ne fait qu’un an que je travaille à Paris. Quand je reviens à Paris et que j’en discute avec mon entourage parisien, je suis soudainement consciente que ce à quoi j’étais habituée jusqu’alors était d’un beauf…

Mais ce qui est bien, avec le choc culturel, c’est que cela ne se limite pas au parisianisme mondain. J’aime à penser que le choc culturel, comme la condition humaine, a vocation d’universalité. Autrement dit, toute personne qui est confrontée à une autre civilisation dans laquelle elle a été formatée subit un choc culturel.

La réaction de chacun est diverse. La plupart du temps, lorsque la personne est trop formatée, le choc culturel est synonyme de rejet de l’autre civilisation. Moi, je me moque parfois de la civilisation, mais j’estime toujours qu’une société qui réussit à être fière de sa propre culture sans se soucier qu’elle puisse provoquer un choc culturel est une société en bonne santé.

C’est sur cette idée qu’a été initiée En terre inconnue, l’émission sur France 2. Partant du postulat que la société occidentale, et notamment les stars qui y vivaient pleinement son modèle social, vivait sur ses acquis en ignorant la richesse que peuvent présenter les autres civilisations, France 2 décide de temps en temps d’envoyer des stars faire des voyages pour rencontrer des personnes aux antipodes. Cela donne des situations assez abracadabrantes, comme ce chef de tribu qui discute avec Adriana Karembeu et qui a du mal à concevoir qu’elle être belle, c’était son métier. Adriana Karembeu a elle-même pris conscience de tout ce que son métier peut présenter d’absurde sur le plan philosophique. C’est toute la richesse que peut apporter un choc culturel sur la vie d’une personne.

Personnellement, j’aime les chocs culturels. Et pour moi, arriver à Paris a été un choc culturel fondateur. Même si je venais à renier mon passé campagnard – que Dieu m’en préserve ! –, j’ai trouvé en Paris une nouvelle facette de moi-même, un endroit où l’expression de ma soif de connaissances a trouvé son paroxysme. Mais Dieu sait que malgré tout, je ne serai jamais une mondaine parisianiste.

Voici quelques chocs culturels auxquels j’ai été confrontée :

- Le langage : Lorsque j’étais stagiaire, je venais de débarquer de ma Bretagne, avec tout ce que je pouvais avoir de tics de langage. Ma responsable d’édition me reprenait à chaque fois que je ne comprenais pas une consigne. Car à l’image du hein ? ch’ti, le quoi ? breton est une institution pour désigner à son interlocuteur que l’on n’a pas compris sa demande. Et cela exaspérait ma patronne. En effet, elle me reprenait avec de grands yeux accusateurs : Vous me serez gré de me dire désormais : Je vous prie de m’excuser.

- La musique : j’aurais deux anecdotes à ce sujet.

  • La première est au début de ce mois de mai 2009. Un week-end dédié au Carnaval est organisé dans ma commune bretonne. Faisant partie des petites mains de l’organisation, je suis serveuse à la buvette d’un concert, le samedi soir. Oui, un concert, mais pas n’importe quel concert. Il s’agissait d’un concert de sosies, à savoir celles d’ABBA, de Johnny Hallyday et de Claude François. Évidemment, des copains du président de l’organisation, qui s’extasient, attendaient 1.000 personnes pour n’en avoir que 400. Alors que ma mère et moi, au bar à calmer la viande saoûle, trouvions ces artistes d’une ringardise sans nom, nonobstant un goût très prononcé de cesdits artistes pour la caricature (surtout le sosie de CloClo sans lui ressembler ^^). Nous nous trouvions face à un public assez enthousiaste. N’ayant jamais pu rencontrer leur idole, beaucoup de personnes s’extasient littéralement pour leurs contrefaçons. Un grand choc ^^

  • La deuxième anecdote, cela fait 14 ans que je la vis. Depuis 1979, mon village breton est jumelé à un village de l’ouest de l’Allemagne. Et depuis 1995, je me rends de temps en temps dans ce petit village, pour une visite personnelle ou en groupe. Dans ce petit village allemand, comme dans beaucoup de villages allemands, il y a ce que l’on appelle le Musikverein. C’est ce que, de manière caricaturale, les étrangers associent à la musique que l’on écoute lors d’une Fête de la Bière, avec force tambours et trombones.

    Bref, truc bien lourd à digérer. Mais ce qui me fait le plus halluciner lorsque je retourne en Allemagne, c’est cette même musique folklorique remixée techno 90′s. C’est une institution nationale en Allemagne, et une bonne occasion de se fendre la gueule pour les étrangers. À remarquer que les Allemands eux-mêmes prennent leur folklore très au sérieux.
    Le week-end dernier, j’étais en Allemagne pour fêter les 30 ans du jumelage. Nous étions donc à une représentation du Musikverein où toute la famille chez qui j’étais accueillie était représentée : le père de 76 ans, quatre de ses cinq enfants + son gendre et deux de ses petits-enfants. Une de mes copines Allemandes en rigolait, et la dame chez qui j’étais accueillie (qui avait son mari et ses deux gosses dans l’orchestre) lui a balancé Vas-y, monte sur scène pour voir si tu fais mieux !

- Le mode de vie, enfin. Je reprendrai l’exemple de l’Allemagne qui, même si je le considère comme mon deuxième pays, m’étonnera toujours par son mode de vie. Ne serait-ce que par le discours, les choses que j’ai vécues avec certaines personnes, je trouve que j’ai gagné en maturité et en compréhension de l’autre en me confrontant au mode de vie allemand. Mais cela reste toujours un choc quand je suis confrontée à un mode de vie que je qualifierais de luxueux.

Un des fils de la famille dans laquelle j’ai toujours été accueillie a très bien réussi et fait un boulot de dingue à Francfort. Résultat, il a une très belle maison – comme toute maison allemande lorsqu’ils commencent à gagner un peu de sous –, une BMW de fonction et une autre BMW Z8 rien que pour le fun. Accessoirement, le champ en face de sa maison est à disposition quand il doit se rendre en hélicoptère à Francfort (vous voyez le niveau du mec ^^).

Durant ce week-end, donc, il me ramène d’un bar où nous étions avec ma sœur, ma cousine, sa sœur, son épouse et lui. Je monte donc dans sa Z8 décapotée pour moi. Son épouse prend le volant. Déjà, je suis à l’arrière et je sens le bonheur des sièges chauffants. Juste un petit vent frais vient me caresser le visage, me donnant la sensation d’être dans une bulle de savon. Et le comble du chic, c’est ce monsieur qui dit à son épouse : Chérie, ne conduis pas trop vite, sinon Giovanna va avoir le vent en pleine face. J’ai compris à ce moment-là le sens du mot allemand intraduisible gemütlich (en gros, tu es tellement bien dans ton environnement que c’est parfait, faut rien bouger).

La vie entière est faite de chocs culturels. À nous d’en saisir toute la saveur pour gagner en connaissance de l’autre.

(cc)IRENNA&M (home)

2 Responses to “Le concept du choc culturel”

  • je suis entièrement d’accord avec ta conclusion. à nous de faire de ces chocs des compléments de vies (la notre et celle d’Autrui)!!selon une certaine philosophie africaine: “Umuntu ngumuntu ngabantu” = une personne est ce qu’elle est à travers les autres, par les autres.

  • @Smile : très bonne conclusion. C’est pour cette raison que je voyage, et surtout que je fais dans le logement chez l’habitant. Certes, c’est toujours curieux de se faire cueillir par de la vodka à 8 h du matin, mais j’ai trouvé parfois des gens qui, bien qu’ils ne comprennaient rien à ma détresse, ont été d’un soutien sans faille.

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