Devant la tĂ©lĂ© chez Sophinette, Ă piapiater nouvelle coupe de cheveux tout en glougloutant un coca quand je tombe perplexe devant un reportage dont le sujet est la nouvelle forme de collocation apparue rĂ©cemment. Voici l’idĂ©e: une personne âgĂ©e propriĂ©taire de son appartement accueille chez elle un Ă©tudiant. Le jeune sera alors prĂ©posĂ© aux petites tâches mĂ©nagères et devra tenir compagnie au fossile. Pas de loyer mais soupelette tous les soirs. Funky.
Le reportage poursuit sur les liens tendres qui se tissent entre Kevin, 20 ans et Madame Bas-Qui-Plissent, 83 ans, qui marchent main dans la main dans la rue pour aller acheter leur boite de petits pois-carottes pour ce soir. C’est Ă©videmment une très bonne initiative. Madame Bas-Qui Plissent dispose d’une oreille dans laquelle radoter ses cochonneries avec les Allemands (oh, ça va, si on peut plus se marrer…) et Kevin se sent comme chez Maman et peut se nourrir d’autres choses que de pizzas froides.
Au delĂ du risque de conflit gĂ©nĂ©rationnel ( Allez Mamie, hier, c’Ă©tait Drucker, ce soir, c’est Fight Cub !) et de mon langage imagĂ© qui laisse prĂ©sager le contraire, je trouve l’initiative vraiment touchante. Ce documentaire confirme l’une de mes thĂ©ories, Ă©laborĂ©e il y a quelques annĂ©es selon laquelle notre sociĂ©tĂ©, de plus en plus en perte de repères, se sent le besoin de se crĂ©er une famille. Notre gĂ©nĂ©ration est dĂ©finitivement la gĂ©nĂ©ration des familles en kit. Je ne parle pas des familles recomposĂ©es, mono ou homoparentales (mĂŞme si je suis convaincue que dans le fond, la dĂ©marche est la mĂŞme), mais de cette pulsion qui nous pousse Ă adopter des gens qui n’ont aucun lien de parentĂ© avec nous. La solitude et le besoin de chaleur rapproche des gĂ©nĂ©rations et des gens qui, sans ça, ne se seraient jamais unis. C’est de l’ordre de l’instinct de survie. On ne croit plus aux liens du sang, l’amitiĂ© devient une valeur plus sure que la filiation.
J’observe le phĂ©nomène chez moi. Il y a quelques jours de ça, je me suis (encore) glissĂ©e dans la chambre du Blond pour lui miauler « Eh Blondinette, ça te dis de nous installer quelques mois Ă Londres ? » Sa rĂ©ponse: « Je rentre de mon trekk au NĂ©pal, et on y va ». J’ai tout de mĂŞme pris le temps de trouver ça curieux de proposer Ă mon colocataire de me suivre dans mon aventure Ă l’Ă©tranger. Nous nous sommes installĂ©s ensemble par pur intĂ©rĂŞt financier et c’est l’affection qui nous pousse Ă partir ensemble.
C’est sur que si nous Ă©tions une collocation « normale » et que l’on se disputait l’Ă©tagère du haut du frigo pour entreposer la Danette, on n’en serait pas lĂ . Mais la vie Ă deux et demi (il a reconnu la paternitĂ© de mon chat sans sourciller) nous a poussĂ©s Ă traverser des Ă©preuves ensemble et Ă trouver en l’autre du rĂ©confort quand on rentre crevĂ© du boulot. On ne se pose pas de questions, on compte l’un sur l’autre, on est ensemble, c’est tout pour reprendre le titre d’un livre qui illustre très bien le sujet (et que je recommande).
Après la rĂ©volution du mariage d’amour il y a quelques centaines d’annĂ©es, nous sommes enfin en mesure, en 2009, de faire mentir la chanson et de choisir sa famille. Et c’est pas Sophinette que ma mère appelle « sa deuxième fille » qui dira le contraire…
posté le 18/05/2009 | 1531 vues | 5 commentaires | tags: lien valeur refuge nouvelle famille colocation famille
on se lie, on se complète, on s’Ă©paule, on s’aime, on se survit les uns les autres, au delĂ des liens du sang
“et devra tenir compagnie au fossile” XD
J’ai un ami qui Ă©tait dans cette situation Ă Paris, il Ă©tait Ă©lève-infirmier et vivait chez une “fossile” de 80 ans. Ce n’Ă©tait pas idyllique, sa petite amie (bientĂ´t sa femme!! ouaaaaah!!^^) n’habitant pas dans la mĂŞme ville ne pouvant pas passer de w-e avec lui…
Ce qu’il en a retirĂ©, c’est surtout le dĂ©goĂ»t de voir comment la famille de sa colocataire, la dĂ©laissait… snif…
@ Mielpops : oui, ces vieilles personnes seules que personne ne vient voir, c’est dur dur d’assister à ça. ExpĂ©rience identique d’une de mes amies : une amitiĂ© très riche avec une vieille femme extra qui se termine par la rapacitĂ© de la famille qui l’accuse de regarder l’hĂ©ritage. C’est triste, mais c’est beau en mĂŞme temps.
Ma grand-mère souffre d’Alzheimer. je la perds petit Ă petit. Quand je vais lui rendre visite, ce qui arrive de moins en moins souvent, puisque par lâchetĂ©, j’ai du mal Ă assiter aux dĂ©gats que fait chez elle cette fichue maladie, je la considère avec nostalgie ; je ne sais plus si je dois conjuguer le verbe “ĂŞtre au prĂ©sent (”c’est “)ou au passĂ© : “c’Ă©tait” une mine d’affection, de sourires, de mains chaudes, de souvenirs, d’histoire, d’Histoire, de rires. Parfois ça revient et ses yeux brillent quand elle me voit, mais le plus souvent, elle me reconnaĂ®t tout juste. D’autres personnes âgĂ©es ont encore Ă donner, profitons-en, nous n’en avons pas encore autant, ils sont riches et intĂ©ressants. Je cours souvent après le temps, il faudrait le prendre davantage pour leur prendre un peu d’eux. Je regrette de ne pas avoir pu profiter plus de ma grand mère avant, je me dis juste qu’elle apprĂ©ciait ma compagnie. Les Ă©tudiants qui peuvent offrir un peu de leur temps et cohabiter avec des personnes âgĂ©es seront gagnants, pas de doute, mais faut faire avec les rĂ©cits des bobos, la liste interminables des mĂ©docs et suppos, les courses avec chariots plein de bidons de lait entier ou de “CĂ©rĂ©lac”…je suis cynique, mais je connais un peu. Pas facile, mais riche. A faire, je voudrai bien pouvoir recommencer, si c’est avec une petite dame aussi chouette que l’Ă©tait/ l’est ma mĂ©mĂ©.
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Bel article. Choisir les siens, choisir son rĂ´le aussi, s’impliquer, (se) faire confiance.
Nous vivons une belle époque. Pour ça aussi ;)
Je conseille au moins le film Ensemble c’est tout Ă ceux qui passerons sur cette page.
Merci pour le sourire. Et bon séjour à Londres à vous 2 et demi :)