Humeurs

Hadopi… la loi hors la loi

Que celui qui n’a jamais fauté me jette la première pierre. Que celui qui n’a jamais été tenté de choper un film en avant-première sur les torrents, une compil’ bidon sur e-mule, un clip sur Limewire me crucifie sur l’autel d’Hadopi.

Hadopi… la loi hors la loiHADOPI : Haute Autorité pour la Diffusion des Œuvres et la Protection des droits sur Internet. Ça y est le mot est lâché. Les fauves aussi par la même occasion.

Cette loi votée cette semaine par le Sénat ressemble de plus en plus à une rediffusion d’une mauvaise série B. Dernière péripétie pathétique en date : le renvoi chez TF1 sous la pression ministérielle, de l’un des responsables du développement internet. Motif ? Avoir osé critiquer saint-HADOPI.

La liberté, voilà ce qui fait débat. Non, non, je n’exagère pas. Ce n’est pas moi qui le dit c’est la commissaire Européenne chargée de la société de l’information et des médias : « Le droit d’accès à Internet est un droit fondamental ». Rien que cela. Après tout, soyons démago, dans certains pays comme la Chine, on se bat encore pour un accès libre et total à ladite Toile et plus généralement aux médias. Or justement, Hadopi prévoit, pour rappel, de suspendre l’accès à internet des internautes suspectés de piratage selon le principe de riposte graduée. Notre petite loi toute neuve est donc encore considérée comme “hors la loi” européenne… sic !

Mais si le débat fait encore rage entre les différentes factions armées je voudrais pour ma part simplement revenir sur le fond du problème : les millions. On a en effet beaucoup pleuré sur les millions perdus en droits d’auteur (de 149M€ en 2003 contre 100M€ en 2008), sur les labels qui souffrent et les salles de cinéma qui se vident. C’est un fait incontestable. Admettons. On ne peut toutefois s’en tenir à cette vision simpliste et manichéenne : télécharger c’est maaaaaal.

Wolverine par exemple, piraté 4 millions de fois avant sa sortie en salle, se console avec un buzz colossal dans tous les médias, et une première place parmi les meilleures entrées ciné dès sa sortie.
Idem chez les Ch’tis, en tête des piratages de films qui a malgré tout explosé les high scores du box office français avec plus de 20 millions d’entrées.

Coté chiffres toujours, on relève en moyenne près de 4 500 téléchargements illégaux de films par jour ! Or selon les calculs d’un geek plutôt doué en math, cela représente « seulement » 0.02 film par ligne ADSL en France. Le piratage menace les petites productions ? Pas directement non. Seuls 100 films en effet réunissent plus de 90% des téléchargements illicites.

La liste des exemples et contre exemples est ainsi longue à l’infini, sans même parler du débat sur la TVA à 19.6%. Il ne s’agit donc plus d’éructer pour ou contre le téléchargement illégal, mais simplement d’intégrer cette nouvelle donnée dans la diffusion des œuvres culturelles.

Enfin et parce que je n’ai pas pu m’en empêcher et parce que c’est facile et parce que ça me fait grincer des dents, voici une dernière stat’ pour la route : une place de cinéma est passée de 16 francs en 1980 (2.4 €) à près de 10€ en 2009, soit plus de 300% d’augmentation, soit l’équivalent de la hausse infligée au paquet de cigarettes sur la même période…
Or c’est connu, tout comme le tabac, le ciné tue…

11 Responses to “Hadopi… la loi hors la loi”

  • Anorak

    Et le téléchargement s’explique aussi par le prix ridiculement haut des biens culturels: acheter un CD à 25€ à la fnac ou un dvd au même prix alors que je suis allée voir le film en question au cinéma pour 10€ la place c’est bien cher payé. Les maisons de disques et autres acteurs de la vie culturelle n’ont pas eu de scrupules à pratiquer ce genre de tarifs pendant des années. Ce qui a permis aux artistes de vivre plus que décemment: la baisse de leur revenus n’est à mon avis pas préjudiciable et leur permettra peut être de se rapprocher des réalités de leur public. Des réalités en général.
    Je ne dis pas qu’ils devraient gagner le smic; mais qu’on peut plus que décemment vivre avec moins de 1millions d’€ par an, j’en suis quasiment sûre…

    Personnellement je suis prête à télécharger légalement si le prix est raisonnable. 1€ le titre sur itunes, c’est encore trop cher quand on tient compte de tous les intermédiaires supprimés (pas de support, peu d’infrastructures, pas de caissier à payer).
    Donc j’attends. Et éructe face à Hadopi qui ne va pas régler le problème sinon criminaliser les internautes sans approfondir le débat.

  • Et si encore la loi s’arrêtait au piratage…mais même pas : la loi s’attaque aussi aux droits d’auteurs des journalistes (http://www.acrimed.org/article3131.html)…Parce qu’au final, ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que ce n’est pas le respect et la protection des droits d’auteur qui est au centre des intérêts des gens qui ont fait voter cette loi…mais bien les intérêts financiers des grands groupes de médias (presse, maisons de disques, etc.).

    Ça donne envie de se pendre, un peu…

  • Moi je dis “Vive la Licence Globale”. Je signe tout de suite si elle est mise en place (c’est pas pour demain mais on peut rêver).

    Les artistes me font bien rire à défendre leur bout de gras alors que nous on paie un droit SACEM sur les CD vierges (peu importe que l’on s’en serve pour le backup de nos fichiers).

    Si les maisons de disques sortaient moins de merde et plus de musique de qualité, elles s’en sortiraient aussi. Le problème c’est qu’elles ne peuvent plus vendre des albums remplis de “fillers” sur la foi d’un seul tube. Ben ouais, nous, pas bêtes on télécharge, on écoute et on se rend compte qu’ils nous arnaquent…

    Le téléchargement ça sert à ça aussi, à savoir vraiment ce que l’on achète avant de sortir ses 15€ pour un CD!!!
    Car oui, quand la musique me plait je télécharge mais j’achète aussi le CD.

    Bref, FUCK HADOPI! Une loi bien débile qui ne sera de toute façon pas vraiment applicable et pour les internautes aguerris qui savent comment s’y prendre, tout à fait dépassée!

  • Est-ce que la loi HADOPI englobe aussi les licences de logiciel ? SI oui, je suis bien dans la merde ;)

  • @Storia : Mais je ne vois pas pourquoi pas du tout voyons… ;-)

  • Personnellement je suis compositrice. Mais mes oeuvres ne sont pas déposées à la SACEM, donc je ne les diffuse pas. En ce qui me concerne, ce serait plus pour l’oeuvre morale que pour le fric que je diffuserais. Je pense que la majeure partie des compositeurs ont une activité à côté. Parce que c’est invivable financièrement avec tous els intermédiaires…

  • @ Storia : et justement, est ce que tu penses que les téléchargements sont une entrave supplémentaire à l’émergence de nouveaux talents ? Est ce que c’était plus difficile d’en vivre il y a 15 ans ?
    Je ne suis pas du coté production justement, mais j’ai l’impression qu’il est plus facile aujourd’hui de faire du buzz et de faire connaitre son boulot en jetant ses oeuvres sur la toile. Avec à l’inverse un risque de se perdre dans la masse…

  • Le seul moyen de s’en sortir aujourd’hui, c’est la scène. Il ne faut déjà plus compter sur les ventes de disques. Les meilleurs groupes que je connaisse, je les ai connus sur scène…

  • Joli article bien documenté et chiffré :)

    Storia : la scène ça coute cheros aussi, les concerts etc au bout d’un moment

    Ce qui me fait pleurer c’est quand numera explique plus ou moins que si la sacem est pas satisfaite, elle compte taxer les FAI (http://www.numerama.com/magazine/12892-La-Sacem-met-deja-le-pied-dans-la-porte-d-une-taxe-sur-les-FAI.html) je cite :
    “Concrètement, la Sacem veut demander la création d’une taxe sur les fournisseurs d’accès à Internet, sans étendre le droit à la copie privée au téléchargement.”

    En bref : si ils récupèrent pas de la thune avec hadopi (aucune chance les enfants faut pas rêver) ils vont taxer les FAI … qui vont taxer … euh … ??? NOUS , forcement. Donc on va se retrouver à payer justement un taxe que l’on pourrait comparer à la licence globale dans les faits, MAIS on pourra toujours pas télécharger : Good Game la Sacem.

    Et il n’y en a que pour la musique dans leur loi. Moi si je télécharge, et encore rarement ça prend trop de temps, je préfere le streaming (illégal aussi ? oui ? non ? flou de la loi sur le sujet?), ce sont des trucs que je peux pas voir en france : des animes qui passerons jamais ici, qui sortirons jamais en coffret, ou qui sortirons dans 4 ans à la fnac au prix de 25euros le coffret de 5 animes avec 20 animes la saison vous calculez (suis étudiante)?! Et puis les séries americaines : grande fan de truc genre “how i met” , “the bigbang theory” , “united states of tara” que je ne SUPPORTE pas de regarder en français, il reste le streaming, ou attendre 3 ans que ça sorte en coffret. Car même si ces séries sortirons un jour ici, ce sera soit sur une chaine payante , et qui plus est en français. J’ai pas envie d’entendre “le gen … wait for it ….. dary” mal doublé par un français !!

    Tout ça pour dire que l’offre légale de téléchargement en france est nulle, naze, dérisoire, et que le téléchargement illégale semble parfois hélas être la seule manière de se procurer des trucs qui sortent des SOUPES commerciales qu’on nous sert.

    Hélas, c’est cette sousoupe qui ramène pleins de sousous à la sacem.

  • @Saïko Sama : La scène coûte cher… Ben ça dépend où tu vas ^^ Évidemment que dans une salle de concert, ça coûte chérot. Mais dans les bars, même en boîte (si tu rentres avant minuit – je l’ai fait un coup pour des copains)… Il y a même des soirées où le PAF est libre. Mais évidemment, ça oblige à regarder sur le Net ou les dazibaos dans les rues…

  • Oyé Oyé, la grande course au n’importe quoi continue.
    Tout nouveau tout chaud, le routeur pirate anti Hadopi vient de sortir.
    Un boitier qui repère et craque les réseau Wifi alentour ! Téléchargez c’est le voisin qui se fera coincé…
    C’est en temps que crise que la science avance ;-)
    Regardez la bombe H par exemple…

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