Une barbe rose, semblable Ă de la barbe Ă papa que l’on se collerait sous le menton histoire de jouer les dures. Une barbe gourmande qui serait un accessoire de femme contemporaine. Douce, sucrĂ©e, lĂ©gère, comme celle qu’on trouve dans les parcs d’attraction.
Un pied-de-nez Ă tous ces machos, sortis de contes dĂ©suets et arborant des barbes peinturlurĂ©es de bleu ou de rouge, (rĂ©fĂ©rence aux affreux Barbe rouge et Barbe bleue pour ceux qui n’auraient pas suivis) ou simplement Ă votre voisin de palier qui pense que Bree Van De Kamp est l’exemple ultime de la femme parfaite : ne bronche pas, assidue aux tâches mĂ©nagères, docile, femme au foyer et mère (presque) accomplie.
Je m’amuse Ă penser qu’au mĂŞme titre que le diable peut se dĂ©guiser, une barbe peut se raser : le machisme pourrait donc trouver son appareil dans le corps d’un jeune gringalet imberbe mais Ă la langue bien pendue, qui appelle pourtant au viol et Ă la destruction de la gente fĂ©minine pour une histoire d’Ă©go dĂ©risoire. Ou dans une campagne de pub pour un loueur d’auto qui, dans un Ă©lan d’humour Ă s’en dĂ©crocher la mâchoire, signe une campagne publicitaire Internet oĂą l’on voit, dĂ©clinĂ©es sur plusieurs visuels, des voitures mal garĂ©es avec l’accroche “Oui, nous louons aussi aux femmes”. Ou encore des magazines ayant pour lectorat les cadres CSP+, qui publient des micro-manuels de survie pour les infortunĂ©s dirigĂ©s par des femmes dans leur entreprise.
Des exemples mĂ©diatiques qui, mĂŞme s’ils nous rĂ©voltent en tant que femme, ne sont jamais aussi offensants que lorsque l’on y est confrontĂ©e de force dans la vie courante.
C’Ă©tait il y a moins d’un mois, dans un bar parisien assez cĂ´tĂ© sur les grands boulevards. Je suis avec deux amies, la musique est assourdissante mais l’ambiance plutĂ´t sympa. Je m’accoude au bar, passe commande au serveur quand une lourdeur d’une trentaine d’annĂ©es vient se coller Ă moi. DĂ©jĂ il m’horripile : je lui lance un regard assassin, me dĂ©cale lĂ©gèrement et lui tourne le dos. Il ose m’agripper la main avec un air de vieux dĂ©bris en manque. Les deux verres de rosĂ© arrivent tels des messies, je les attrape au vole et m’en retourne rejoindre mes copines attablĂ©es. Avant mĂŞme d’avoir avancĂ© de quelques pas, je sens une main taper allègrement sur mes fesses : il a osĂ©. Les miennes, de mains, sont occupĂ©es par les deux verres. La foule m’entoure, je ne peux pas rĂ©agir, mais je sais que c’est lui. Ce pervers dĂ©gueulasse m’a touchĂ© le cul et fait diversion en me tournant le dos. Je suis aussi rouge de colère que mon vin et prĂ©fère retourner m’asseoir afin d’Ă©viter l’esclandre dans le bar.
Une heure se passe et miraculeusement, lorsque je dĂ©cide d’aller prendre l’air dehors, je tombe sur le goujat. Je fonce comme une furie vers lui et lui dit d’un ton dĂ©tachĂ© et sanglant que je sais que c’est lui. Le bonhomme continue sur sa lancĂ©e de lâchetĂ© machiste et m’affirme que non, ce n’est pas lui. Ou alors qu’il ne l’a pas fait exprès. Mythique mytho. C’est Ă dire qu’en plus de ne pas me respecter, il me prend pour une truffe. En fait ce type fait limite pitiĂ©, il s’affirme “italien pur souche” mais n’a pas mĂŞme une once de rĂ©partie et fait ses coups en douce. Parce que moi aussi, je suis Italienne et je suis plutĂ´t accoutumĂ©e, du coup, au machisme ambiant. Ce qui me vaut d’avoir dĂ©sormais un caractère bien trempĂ©.
En face Ă face, il n’en mène pas large. Il finit par m’avouer son geste Ă mesure que je le cuisine, puis enchaĂ®ne en me disant qu’il ne sait pas comment draguer une fille comme moi. Bien sĂ»r. Il a l’air vraiment paumĂ© en fait, alors je lui explique avec calme et humour (car il en faut par intraveineuse dans ces moments-lĂ ) que certaines choses ne se font pas et que, pour interpeller une fille positivement, il faut plutĂ´t ĂŞtre subtil, faire des bonnes blagues et avoir un minimum de respect pour la personne qui se trouve en face. Comme dans un couple en fait. Comme dans la vie.
Croyez-le si vous voulez, ce personnage haut en vulgaritĂ© et en misogynie m’a rĂ©torquĂ©e qu‘il dĂ©testait les petites putes Parisienne dans mon genre, qui rĂ©pondent et se croient tout permis et qu’il leur fout habituellement des claques mais que pour cette fois-ci je n’ai pas Ă m’en faire. Ce n’Ă©tait pas Orelsan. Mais un de ces mecs comme on en croise tous les jours, au boulot, dans le mĂ©tro, ou dans leur berline Ă nous provoquer gratuitement au volant parce qu’ils aperçoivent nos cheveux longs Ă travers le pare-brise et le A collĂ© sur le cul de notre voiture.
Je ne suis pas extrĂ©miste, je ne sais mĂŞme pas si je suis fĂ©ministe. Mais si ĂŞtre fĂ©ministe c’est se dĂ©fendre pour ĂŞtre une fille, une femme, fĂ©minine, coquette ou pas, mais qui souhaite ĂŞtre considĂ©rĂ©e Ă sa juste valeur et respectĂ©e, alors oui je suis fĂ©ministe. J’abhorre plus que tout le manque de respect et surtout la connerie des bonshommes machistes qui, sous prĂ©texte qu’ils portent le mĂ©daillon de l’Italie autour du cou -dĂ©jà ça pose le portrait du ringard de base- s’octroient le droit de jouer les Parrains Siciliens.
posté le 13/05/2009 | 1547 vues | 11 commentaires | tags: difference Machisme misogynie feminisme homme femme sexe
Oui je suis complètement d’accord sur ce que tu dis :)
Je trouve ça dingue que le fĂ©minisme ait cette image de femmes hystĂ©riques, de bucheronnes, d’excitĂ©es. Alors qu’au fond, le seul truc qu’on est en droit de demander, c’est d’ĂŞtre respectĂ©e. Comme tout un chacun. Alors pourquoi ne le font-ils pas ?
Il ne faut pas oublier les différences, mais les ignorer et en jouir avec respect. Vive le prix virilo.
pfff moi ces articles oĂą on passe son temps Ă se justifier de pas ĂŞtre “trop” fĂ©ministe ou extrĂ©miste Ă longueur d’article, j’arrive pas. DĂ©solĂ©e j’en vois pas l’intĂ©rĂŞt.
Attendez pas que le pouvoir ou les machos dĂ©roulent le tapis sous nos pieds “si madâââme la fĂ©ministe veut bien se donner la peine” ;o) Ă part ça, ça nous bouffe le temps comme si on en avait trop !!! Vous imaginez un site anti-raciste oĂą les gens viennent se justifier, j’suis antiraciste mais pas extrĂ©miste hein … comment ils se feraient jeter, mais nous non, on est lĂ Ă en rajouter pour essayer de convaincre (qui d’ailleurs ?) qu’on a la peau douce, un bon sourire et qu’on circule pas Ă califourchon sur un balai !!! mais on le sait ça ;o)) allez, hop, aux rĂ©unions militantes, faut bouger et gĂŞner les machos, le reste c’est du vent.
Tu n’es pas extrĂ©miste, loin de lĂ . Et tu n’as pas Ă t’excuser d’avoir simplement voulu te dĂ©fendre et ĂŞtre respectĂ©e.Tu racontes juste une histoire de mĂ©pris ordinaire, oĂą un type aigri qui doit se faire rĂ©gulièrement jeter par les femmes t’insulte en estimant avoir le droit d’ĂŞtre odieux.
Quand je lis ce genre d’article, je ne pas rassurĂ©e car j’ai l’impression que dĂ©noncer ce type d’agissement est en train de devenir une revendication très audacieuse. Si ĂŞtre fĂ©ministe veut dire : “Avoir le droit qu’on ne nous crache pas Ă la gueule”, c’est triste et inquiĂ©tant, non ?
et oui…
comme quoi, il y a encore un peu de travail…
Quand on se fait mettre une main au cul, et qu’on dit au mec d’arrĂŞter, il rĂ©pond quasi invariablement la mĂŞme chose (sondage effectuĂ© auprès d’un Ă©chantillon qui m’a touchĂ© les fesses) : “oh ça va, faudrait pas prendre tes dĂ©sirs pour des rĂ©alitĂ©s !”
(Donc, en gros, on l’a bien cherchĂ©, mĂŞme si on est habillĂ©e comme un sac)
@ Zazouu et Verofreud : vous avez raison, c’est exactement ça : on se rĂ©volte juste pour pas se faire “cracher Ă la gueule” c’est dĂ©solant mais en mĂŞme temps on peut pas laisser faire ça.
@Verofreud : c’est typiquement le type de comportement du mec qui ne touche pas une nana et qui fait ses coups en douce; Si ça se trouve c’Ă©tait le mĂŞme ? ;)
dĂ©jĂ , “pute”, c’Ă©tait pas gentil, mais alors “pute parisienne”, j’ai l’impression que dans son esprit c’Ă©tait vraiment l’insulte suprĂŞme.
Des frustrĂ©s qui ne se donnent pas la peine de faire un minimum d’efforts et qui veulent du tout cuit. Et que dire de celui qui m’a traitĂ©e de salope en boĂ®te, juste parce que je ne voulais pas danser avec lui. Je lui ai ri au nez, ça ne vaut mĂŞme pas la peine qu’on s’y attarde, il y en a qui ne seront jamais psychologue. On comprend pourquoi ils sont seuls et frustrĂ©s.
Bon, puisque personne ne veut se faire l’avocat du diable…
J’ai envie de dire qu’il ne faut pas mĂ©langer les torchons et les serviettes, et qu’il est trop facile de faire des amalgames.
Quand on est une femme, et qu’on se bat pour faire reconnaĂ®tre ses droits, il faudrait aussi reprocher aux mecs tous ces trucs cons, mais gentils, qu’ils font parce que ce sont eux, les hommes. Comme la galanterie, par exemple.
C’est vrai quoi. Quitte Ă vouloir l’Ă©galitĂ© des sexes, faut arrĂŞter la langue de bois quand mĂŞme…
Après, le mec qui t’insulte ou te touche le cul reste un profond connard, ça, nous sommes d’accord. Mais la nana qui ne prend mĂŞme pas la peine de remercier le pauvre mec qui lui a soufflĂ© au bar qu’elle Ă©tait jolie, et qui l’ignore sciemment, n’est pas vraiment une sainte non plus…
pour le coup, je suis très d’accord avec Emelire. c’est quoi ces pincettes avec le fĂ©minisme?
oui, tu es féministe car tu réclames le respect pour les femmes.
le fĂ©minisme, c’est rĂ©clamer l’Ă©galitĂ© de traitement des hommes et des femmes. comment, dans ce conditions, ĂŞtre extrĂ©miste? c’est quoi, ĂŞtre extrĂ©miste dans l’Ă©galitĂ©?
sinon, Rose H. je ne m’acharne pas, ne crois pas ça, mais la galanterie, je suis contre. je peux très bien porter mon sac toute seule comme une grande et ouvrir la porte moi-mĂŞme.
la politesse, oui, bien sĂ»r. le romantisme, pourquoi pas si c’est bien fait.
mais la galanterie, c’est considĂ©rer les femmes comme de petites choses fragiles et faut arrĂŞter avec ça. bougez-vous les fesses, les filles!
NB : Avant de commenter, rendez-vous sur la charte des commentaires
Vous devez vous identifier pour pouvoir laisser un commentaire.

Des filles et des talents Troisième jour de rédac' chef pour Laurie et encore une sélection de textes aussi inspirés et émouvants les uns que les autres.
Some kind of unreal music #17 : Nécrologies Petit retour sur les carrières de deux figures emblématique de la musique.
Doc BBC #18 : Boenbotte, un ami qui nous veut du bien… Docteur Britbrit Chérie remonte les bretelles d'une Lady et vole à la rescousse de Boenbotte !
Je me dois de vous prévenir : alors je vous préviens, perdre l’un de ses meilleurs amis n’est pas une sinécure, si un jour on vous en donne l’opportunité, refusez immédiatement et faites de votre possible pour éviter toute...
« On ne badine pas avec l'Amour » d'Alfred de Musset. Alors voilà . Je vais vous parler du XIXème siècle. D’une pièce de théâtre qui commence comme une gentille bluette et qui finit en tragédie. On était pourtant...
Depuis plusieurs jours je m’installe à une terrasse et je regarde une grand-mère avec sa petite-fille… La grand-mère doit avoir la cinquantaine, elle semble jeune et dynamique, elle admire sa petite-fille qui doit avoir entre six...
La fille est debout devant le miroir, elle est en culotte, les cheveux en bataille, le dos un peu voûté, l'air misérable. Elle doit avoir dans les 25 ans, et voilà dix minutes que debout devant...
« J’ai parfois envie de vous dire tant de choses. » Mais par où commencer ? Là est la question. « Est-ce que je vous parle de la pluie et du beau temps ? Du dernier navet vu au cinéma ? Peut-être pourrais-je commencer par vous parler…
Depuis quelques temps, je me laisse aller sur le plan alimentaire. J’ai bien conscience que faire des apéros en grignotant des tas de cochonneries trois fois par semaine (minimum...) n’est...
Et bien j’ai envie de te dire que oui tu es fĂ©ministe. Tu en donnes d’ailleurs une belle dĂ©finition. Le fĂ©minisme c’est bien lutter pour que chaque femme soit respectĂ©e et les violences Ă leur Ă©gard dĂ©noncĂ©es.
Le problème c’est que pour beaucoup de gens, le fĂ©minisme est le pendant fĂ©minin du machiste. Alors que le machisme prĂ´ne la supĂ©rioritĂ© des hommes et le fĂ©minisme prĂ´ne l’Ă©galitĂ© des sexes.