Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

19. mai 2013

Mot de passe oublié

smile

L’anorexie : un suicide vivant

Article sĂ©lectionnĂ© par Laurie lors de sa semaine de rĂ©dac’ chef 

Pour certains enfants, l’adolescence n’est rien d’autre qu’un « pas – sage » vers un futur très prometteur. Tandis que pour d’autres, la tentative de suicide est inĂ©vitable. Sorte d’appel au secours pour les aider Ă  traverser ces terrains mouvants. Il y a aussi ceux pour qui, tellement terrorisĂ©s par la vie, se ferment, se renferment  sur eux-mĂŞme, jettent la clĂ© au loin et ne voient que pour seule issue de secours, le suicide… La mort.

refrigerateur.jpgEnfin, d’autres tellement fragilisĂ©s par certains moments de leurs enfances et pourtant tellement “durcis comme du roc” par d’autres, n’arriveront jamais Ă  se jeter Ă  corps perdus dans le vide de la mort, ni Ă  demander de l’aide Ă  qui que ce soit. Et encore moins Ă  affronter la vie… Leur vie.

Ceux-là, pour exister, choisissent le « suicide vivant ». Celui-ci peut prendre différents noms comme : dépression, boulimie ou anorexie. Quand j’ai fait la rencontre avec cette dernière, elle avait le visage d’un simple « mangeur de graisses ». Moi la jeune fille au fessier plutôt avantageux, qui voyait depuis petite en ce dernier, une source de moqueries permanentes aussi bien dans mon cercle familial que dans celui de mon monde scolaire.

Face à ces railleries, vers l’âge de 14 ans, j’ai décidé de commencer un régime. Un « petit régime » comme je disais ! Un qui sert juste à perdre les quelques kilos qui enrobaient trop, à mon sens, mon postérieur. De ce « simple » régime, j’en ai tiré une extrême satisfaction. Je perdais mes kilos sans trop d’efforts ! Je n’avais pourtant pas forcément perdu là où je voulais mais je me sentais enfin légère. Plus je perdais du poids et plus je voulais en perdre.

Moi qui n’arrivais pas à contrôler ma peur de la vie, j’avais réussi à trouver enfin un substitut : le « contrôle de ma graisse » ! Personne ne s’en est inquiété, au départ. Pourquoi l’auraient-ils fait d’ailleurs ? Je répondais parfaitement à la « pré-adolescente modèle », celle pour qui la maturité était un don ! Je faisais attention à ce que je mangeais (et cela bien avant nos campagnes de cinq fruits et légumes par jour !), je m’investissais dans mon travail scolaire, certains diront même que je m’y enfouissais. J’étais en soif de connaissances. J’entretenais ma forme physique (course, vélo d’appartement, abdos… Une à deux heures voire trois par jour).

En outre, j’aidais ma famille dans toutes les tâches ménagères. Je me faisais un plaisir de préparer les petits-déjeuners de toute ma famille. J’étais toujours prête à aider les autres. Bref, une fille modèle en apparence ! Comment se douter alors qu’un mangeur d’âme était en train de s’installer en moi ? Ce n’est que quand mes os sont devenus plus visibles que ma peau, que quand cette dernière a commencé à avoir la couleur verdâtre de la mort, que quand mon haleine a commencé à sentir une odeur d’acétone, que l’on a commencé à  s’inquiéter.

Alors on épiait mes moindres faits et gestes. On remarquait enfin que je ne mangeais plus beaucoup. Non, en fait on remarquais que je « simulais un grignotage ». Le matin au petit déjeuner et le soir au dîner. En effet, dans le programme nutritionnel que je m’étais imposée, je ne m’autorisais que 300 calories par jour. Lesquels se répartissaient, pour les trois quarts du temps par :

Le matin : un à deux bols de café noir sans sucre (0 cal), une petite pomme verte (60 cal), une demie tartine avec du miel ( 30 cal); Puis rien le midi (pratique la demie-pension dans ces cas-là !);
Au goûter : encore un bol de caféine (toujours 0 cal)
Et le soir : des légumes « light »  (40 cal) (sans vinaigrette !!), une cuillère à soupe de riz (30 cal) et une « mini-portion forcée » de viande ou de poisson  (100 cal) (sans sauce naturellement !); Et pour finir en guise de dessert une demie pomme ou un yaourt écrémé nature (30 à 40 cal).

Paradoxalement, je passais beaucoup de temps dans la cuisine, Ă  prĂ©parer de dĂ©licieux mets pour ma famille comme des beignets, des crĂŞpes, des gâteaux… Mais sans jamais y goĂ»ter ! Je me sentais mĂŞme vexĂ©e quand ce que j’avais prĂ©parĂ© n’était pas terminĂ©. Mais le pire c’Ă©tait lorsqu’on me donnait une infime part de ce que j’avais prĂ©parĂ© juste pour que je savoure, Ă  leurs dires, mes prĂ©parations. La plupart du temps, j’arrivais Ă  me dĂ©filer par des phrases toutes faites telles que : « j’y ai dĂ©jĂ  goĂ»tĂ© en le prĂ©parant Ă  l’instant», « je n’ai pas très faim » ou encore «  j’ai mal au ventre …»

Mais quand on ne se contentait pas de ce genre de réponse, cela se terminait toujours par le même tableau : « table garnie désespérément seule servant de support idéal à un festin de rois pour fourmis ou chats affamés » Aussi chaque membre de la famille outré mais surtout triste, se recroquevillait dans sa chambre, dans l’espoir d’une dégustation future meilleure. En fait, je prenais leur volonté de me faire goûter mes mets, pour une punition ; un peu comme si on voulait me forcer à perdre ma maîtrise sur mon poids. Et cela n’était pas envisageable ! Pour une fois que je tenais les rennes de quelque chose.

Ce sentiment d’auto-maĂ®trise me permettait de me sentir forte. En effet, je n’arrivais pas jusque-lĂ  Ă  contrĂ´ler ce qui me tenait Ă  cĹ“ur (les remarques dĂ©sobligeantes sur mon physique et surtout les conflits inter-familiaux) et lĂ , j’arrivais Ă  me cadrer, Ă  m’encadrer ! Plus le temps passait et plus je devenais amère avec les autres. Leurs remarques, leurs pics, leurs regards, leurs attitudes me paraissaient infondĂ©s. Qu’est-ce que je leur avais fait ? Je ne fumais pas, je ne me droguais pas, je n’étais pas insolente, je me classais parmi les 1ers de ma classe, je participais aux activitĂ©s de la maison, je faisais du sport… Mon seul mal Ă©tait de ne pas manger ! Et c’est moi qu’on traitait comme une dangereuse Ă  interner !

En effet, planait sur moi la menace suivante : si je descendais en dessous de la barre des 38 kilos, je serais admise à l’hôpital de force ! Mais pour moi il était hors de questions de partir là-bas. Je ne me sentais aucunement malade. Alors je m’arrangeais pour ne pas dépasser cette limite du 38. Ce fut une véritable épreuve. Je savais que pour maintenir ce poids il fallait que je jongle avec ma pourriture, non ma nourriture (même si à l’époque les deux étaient synonymes).

Face à cet ultimatum, je commençais à prendre conscience que je n’allais pas bien. Mais comment s’appelait ce mal qui me tuait vivante ? Pour beaucoup, je faisais exprès d’être comme j’étais, c’était  juste un caprice de fifille pour se faire remarquer. D’autres ont pensé que j’étais possédée. Enfin seuls quelques uns, à la vision plus éclairée, m’ont parlé d’un « mangeur d’âme aux allures de simple mangeur de graisses », qu’on appelait : anorexie !

Dans un premier temps, il a fallu soulager ma blessure la plus superficielle mais tellement visible : ma maigreur. Et ce n’était pas une « mince » affaire ! Du haut de mes 1 m 64, mes 38 kilos faisaient de moi un squelette ambulant (c’est d’ailleurs l’un des cadeaux en plastique que j’ai eu le jour de mes 15 ans par une soi-disant « amie » qui avait un sens de l’humour très développé ! Elle avait d’ailleurs joint à ce précieux présent comme petit mot : joyeux anniversaire Squelettor ! Quelle délicatesse !).

Pour m’aider Ă  reprendre des kilos, j’ai consultĂ© un « nutritionniste spĂ©cial », un qui s’occupait du poids de mon « paraĂ®tre » mais aussi de celui de mon « ĂŞtre ». Peu Ă  peu, j’ai retrouvĂ© une corpulence dite « normale ». Mais cela ne s’est pas fait sans peine. Il y a eu de nombreuses rechutes avec des passages Ă  tendance boulimique. Ceux-lĂ  Ă©taient atroces. J’étais incapable de faire ressortir ce que je venais de faire entrer en moi, avec dĂ©raison. J’étais donc incapable de me maĂ®triser ! Alors je me punissais. Je n’avais rien trouvĂ© de mieux que de me bleuir le ventre, les cuisses, les fesses….

J’avais du dégoût pour ce corps qui reprenait enfin sa place de corps tout simplement et qui, par conséquent, perdait son statut de « corps-objet » que je contrôlais à la perfection. Une fois mon mal physique apprivoisé, soit deux ans et demi après, j’ai pu commencer à traiter mon mal intérieur. Mon « mangeur d’âmes » l’avait bien caché. Même avec un plan  précis de « mon Moi, de mon Surmoi et de mon ça », il m’a fallu beaucoup de temps, d’analyses, de courage et de force pour le trouver et encore plus, pour le jeter loin, très loin de mon âme.

Enfin, pour faire face Ă  ce douloureux mais merveilleux retour dans le monde d’ĂŞtres « normaux par leurs acceptions d’eux-mĂŞmes », j’ai pu compter sur l’aide inconditionnelle d’une amie, d’un amour, d’un guide, d’une mère et d’une famille proche. Ă€ eux, je dis merci et pardon pour tant de douleurs. Mais ne dit-on pas que de tout mal, laisse un bien ! La preuve : ma volontĂ©, enfin, de croquer, de manger, de dĂ©vorer la vie Ă  pleine dents !!

(cc) N Danger

 

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Moi c’est l’inverse : j’ai toujours Ă©tĂ© obèse, et je le suis toujours. Dès l’âge de 6 ans, on m’a mise au rĂ©gime. Et j’ai consultĂ© des psychiatres qui ont dit Ă  ma maman : « Votre fille ne sera jamais mince ou svelte. Apprenez-lui Ă  aimer son corps, Ă  lui faire faire de l’exercice physique. » J’ai Ă©tĂ© danseuse de 3 Ă  17 ans (j’en ai refait après, mais ponctuellement), et karatĂ©ka de 16 Ă  24 ans. Je suis toujours aussi grosse, mais je me dis que je prĂ©fère avoir des rondeurs fermes qu’un corps maigre et tout flasque. Mais il est vrai que certaines rondeurs me complexent encore. Je me dis qu’avec du sport et de la volontĂ©, je pourrai faire disparaĂ®tre tout ça.

Je viens d’une famille oĂą l’on n’est pas maigres Ă  la base. J’ai eu une tante anorexique (qui Ă©tait bouboule au dĂ©part) et qui, après la naissance de son second enfant (qui est finalement dĂ©cĂ©dĂ©) a dĂ©cidĂ© de rĂ©duire son alimentation et celle de sa famille. Elle a continuĂ© Ă  se faire maigrir, jusqu’au jour oĂą nous, ses nièces (moi, ma soeur et ma cousine), assez voluptueuses, nous nous sommes moquĂ©es d’elle, car nous en avions marre de ses remarques sur nos physiques. Elle avait empruntĂ© Ă  une copine un bustier pour une soirĂ©e. Nous lui disons : « Ce serait bien d’y mettre un peu de volume en mettant un Wonderbra… » « Mais je porte constamment un Wonderbra… » Regard Ă©loquent de ses nièces. Elle prit conscience qu’elle en avait fait peut-ĂŞtre un peu trop. RĂ©sultat, elle a pris du poids (j’ai cru l’autre jour qu’elle Ă©tait enceinte ^^) et elle est beaucoup moins chiante avec nous…


 

wouaw, poignant, fĂ©licitation pour ta victoire.certaines n’en sortent pas.


 

@Storia:S’ACCEPTER tel que l’on est c’est l’essence mĂŞme de la vie mais c’est tellement plus facile Ă  le dire qu’Ă  le vivre!!!

moi, au contraire de ta tante, les moqueries ne m’ont pas fait rĂ©agir dans le bon sens!!! Il m’a fallu bcp de temps pour relativiser.Je trouvais tout le monde très bien mĂŞme quand ils avaient beaucoup plus de poids que moi.j’Ă©tais mĂŞme la première Ă  leur dire qu’il ne fallait pas commencer de rĂ©gime car leurs formes les mettaient en valeur!

@Bamako: merci pour ton commentaire.


 

Smile, tu es belle, aujourd’hui, physiquement, mais surtout dans tes gestes, tes actes, tes paroles. Et puis elle est vivante, la smile que je vois, souriante, c’est une revanche sur les annĂ©es “mange-graisses”. Rien Ă  changer, tout Ă  garder… Et surtout le fessier, que toutes jalousent…;-)


 

J’aime beaucoup ton texte. Au delĂ  des mots, on sent le combat contre soi qui est certainement un des plus difficiles Ă  mener et qui guette Ă  tout moment…


 

@lili: oui elle est bien vivante la smile d’aujourd’hui. il est bien loin le temps de la “sad”. mes paroles ou mes gestes ne sont rien d’autres que le reflet de ce que les personnes comme toi m’offrent!!

@britbrit: ce combat a Ă©tĂ© long, “mĂ©tamorphosant” mais la vie le vaut tellement!


 

Toujours la note d’espoir Ă  la fin (*^_^*). Tu t’en es sortie victorieuse, fĂ©licitations! J’espère que ton tĂ©moignage pourra en aider d’autres.

J’ai eu une amie dans ce cas, le pire ce sont les gens qui pensent que les personnes souffrant de troubles alimentaires veulent juste attirer l’attention, que c’est facile d’arrĂŞter. Sans parler des “blagues”: on dirait que tu sors d’un camp d’extermination…!


 

@mielpops: en peu de temps ma vie a été un enchainement de passages (pas- vraiment sages!!!) négatifs et je suis encore là. Il ne me reste plus que (ou en tout cas beaucoup) du positif à découvrir et surtout à en apprécier à sa juste valeur!!!


 

Ce texte fait Ă©trangement Ă©cho Ă  mon propre vĂ©cu : dĂ©but d’un “petit rĂ©gime” Ă  15 ans, puis une descente en enfer pendant 3 ans oĂą il fallait tous les jours arriver Ă  se fatiguer de plus en plus en mangeant de moins en moins. MĂŞme Ă  distance, je m’horrifie des mĂ©canismes d’autodestruction que j’ai pu mettre en oeuvre Ă  cette Ă©poque pour me persuader que la lutte contre la dĂ©gradation Ă©tait vaine, que je ne vallais absolument rien et qu’il fallai me punir de faire du mal aux parents.


Cette histoire a aboutit pour moi Ă  6 mois d’hospitalisations (et non d’internement) oĂą l’on est rendu compte qu’un Ă©norme problème digestif me rongeait de l’intĂ©rieur depuis le dĂ©but et que tout ces mĂ©canismes “anti-alimentation” n’Ă©taient vraisemblablement qu’un mĂ©canisme de protection pour Ă©viter la douleur. J’y ai frĂ´lĂ© la mort, on me disait 1chance sur 10 de m’en sortir et finalement le corps a tenu. Mais la plus grande et plus dure des batailles Ă  Ă©tĂ© l’après-hopitalisation quand il a fallu affronter l’anorexie de face, puis la boulimie qui s’instaurait par ‘”retour de balancier”.. Je pense m’en ĂŞtre sortie au bout de 5-6 ans après mon hospitalisation, suite Ă  une Ă©norme analyse sur moi, sur la peur ressentie depuis que je suis petite, sur le sentiment d’Ă©chec ancrĂ©, etc..


Au final, cela a Ă©tĂ© Ă©normĂ©ment de souffrance, mais je crois que cela m’a apprit ce qu’est la galère, ce qu’est le bonheur, et comment rĂ©ellement apprĂ©cier la vie…


 

belle conclusion. Je suis entièrement en accord avec toi. Bravo pour ton combat.


 

Ton rĂ©cits est des plus poignant. Ton combat Ă  Ă©tĂ© rude et tu t’en est sortie : fĂ©licitations.

Je trouve juste dingue que ta famille ai contribuĂ© Ă  ton mal ĂŞtre au dĂ©part avec leur moqueries qu’ils pensaient, je pense, anodines…


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