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Femmes, féminismes et féminophilie en musique…

Aaah… Les femmes en musique… Toute une histoire ! Du plus loin que l’on peut chanter, elle a été au centre de toutes les attentions des poètes, d’Ovide à Michel Houellebecq (oui, j’avoue, cette dernière occurrence est quelque peu problématique, mais il fallait bien une chute à cette phrase…).

Femmes, féminismes et féminophilie en musique…Au Moyen-Âge, la femme en chanson, ce n’est pas n’importe qui ! C’est à travers la chanson de geste qu’est magnifiée et popularisée cette fameuse définition duale de la femme : la maman et la putain. Autrement dit, il n’y a pas de demi-mesure dans la poésie comme dans la société. La femme devait être vertueuse comme la Vierge Marie, ou elle était considérée comme sorcière.

Je me rappelle d’ailleurs d’un cours de paléographie médiévale en master avec mon directeur de mémoire, un petit jeunot tout timide qui me rappelle terriblement Tiny. Nous étions donc à transcrire un acte juridique, quand nous tombons sur l’expression la dame des estuves. Il nous dit en rougissant comme une pucelle (so cute ^^) que la dame des estuves, ce n’était pas une noble dame, mais la gardienne des bains publics et par glissement la tenancière du bordel qui s’y tenait donc.

Il faut attendre le Siècle des Lumières pour que les femmes commencent à s’exprimer, certes timidement, dans la littérature et la chanson. En témoignent les Salons littéraires où les femmes sont encore réduits à l’état de courtisane, mais elles commencent à se cultiver et cela leur donne des idées. Si bien que, durant la Révolution Française, les femmes n’étaient pas les dernières à fournir des slogans.

Et puis les mœurs ont évolué quelque peu au XIXe siècle, ne serait-ce qu’en littérature. Mesdames de Staël et de La Fayette, ainsi qu’Olympe de Gouges (la fameuse rédactrice de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne en 1790) étaient passées par là. Mais là encore, cette littérature montre encore une féminité soumise, même quand ce sont des femmes qui écrivent (n’est-ce pas, mesdames Austen et Brontë). Et quand ce sont des femmes qui ont un semblant de vie sexuelle et d’émancipation, elles finissent forcément mal. Deux exemples flagrants : La Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas fils et le désastreux Madame Bovary de Gustave Flaubert.

Il faut donc attendre le XXe siècle et la Belle Époque pour voir des femmes qui s’émancipent intellectuellement. Évidemment Colette, évidemment Joséphine Baker, évidemment la Môme… Mais le déclencheur a été 1949 avec le coup de poing de Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe. Du coup, la marche féministe est en route… Y compris en musique, où les femmes commencent à donner leur avis…

Les années 1960 et 1970 ont été un terreau de création pour les femmes. Avec les avancées féministes (pilule, avortement, autorité parentale, soutien-gorge brûlé), la femme prend un poids non négligeable dans la société et dans la création artistique. Même si, aujourd’hui, des artistes telles que PJ Harvey, Meredith Brooks ou Liz Phair s’engagent à travers le Lilith Fair (groupe d’artistes féministes qui font des petits festivals à travers le monde), il semblerait que peu d’hommes aient suivi le mouvement.

Attention, match hommes/femmes !

Les femmes

1. Les femmes engagées

La particularité de la femme engagée, c’est qu’elle possède une guitare. Et qu’elle sait en jouer. Et comme elle se débrouille bien avec trois accords, au lieu de faire dans le riff trop puissant, elle fait dans le mot qui cogne contre l’Homme…

- Meredith Brooks, Bitch (Oui, à l’époque, ça avait beaucoup choqué qu’une femme puisse avoir appelée sa chanson Pute. Mais cette féministe acharnée voulait justement dénoncer la sacro-sainte représentation duale de la femme sur le plan social…)

- Peaches, Two guys (for every girl) (Déjantée, la Berlinoise d’origine Canadienne Peaches se fait coquine pour détourner le fantasme si masculin de voir deux femmes faire l’amour ensemble. Elle s’est dit Ben pourquoi pas faire la transposition pour les filles ? Bien vu.)

- Kittie, Get off ! (You can eat a dick) (Décidément, les Canadiennes ne sont pas tendres avec ces messieurs. Ce groupe de petites lycéennes avaient à l’époque défrayé la chronique par leur philosophie misandre…)

- Idir & Manu Chao, A Tulawin (La force de cette chanson réside dans le texte déclamé par l’écrivaine et femme politique kabyle Khalida Messaoudi, qui est devenue Ministre de la Culture en Algérie. Écoutez-le, il est sublime…)

- Zazie, Aux armes citoyennes (Jolie chanson sur la condition de la femme par la spécialiste des bons sentiments en France. Désolée, des fois, elle m’énerve. M’enfin pas dans ce cas…)

- Joan Baez, The ballad of Sacco & Vanzetti (Sublime chanson composée avec les lettres du dissident Vanzetti écrit lorsqu’il était en prison. Y’a pas à chier, pour dénoncer les injustices de ce bas monde, on met Joan Baez et une guitare et le message passe de la plus belle des manières…)

2. Les moqueuses

Une chanson féministe sert aussi à détourner gentiment mais fermement un comportement quelque peu machiste. Et la plupart du temps, c’est très drôle…

- Shania Twain, That don’t impress me much (Un peu gnan gnan à son accoutumée, j’avoue qu’elle a fait un bon coup avec ça… Très rigolote)

- Spice Girls, Wannabe (Oui, je sais que vais rappeler de très mauvais souvenirs à certains… Mais quand on abuse du comportement de peste, tout de suite, on est beaucoup moins crédible quand on veut tourner les machos en dérision…)

- Koxie, Garçon (Même remarque que précédemment… Disons que Koxie est passée à deux doigts de la correctionnelle. Car il n’y a qu’un fil de Tampax entre la fille qui veut faire de la dérision et la fille qui a réellement ses menstrues…)

- Yelle, Je veux te voir (Même si on enlève le capital sympathie que lui apporte ses origines briochines, je trouve qu’elle a très très bien réussi l’exercice de dérision. On reconnaît le côté vanneuse de la Bretonne sous vodka… Et je m’y connais en Bretonne vanneuse…)

- 20 Fingers, Short dick man (Ça, même à l’époque, c’était super super gonflé. Je ne comprenais pas les paroles, mais à voir la correspondante Anglaise de ma sœur qui était pensionnaire dans un lycée de filles et qui était morte de rire, j’ai tout de suite compris que ce n’était pas les Bisounours…)

3. Les révélées

Oui, quand une femme se révèle, cela fait des chansons parfois très fortes, parfois très cucul…

- Édith Piaf, La vie en rose (Et oui, s’il y a bien une femme qui s’est retrouvée magnifiée par l’amour de son homme – Marcel Cerdan en l’occurence –, c’est bien elle. Et quelle chanson, je crois l’une des plus belles chansons d’amour qui ont été chantées en France…)

- Barbra Streisand, Woman in love (S’il est bien une chanson pour caractériser une femme révélée par l’amour, c’est bien celle-ci. Et puis la version de Barbra est quand même plus puissante que celle de Mireille, qui huche à qui le veut qu’elle est Une femme amoureuse…)

- Ginette Garcin, Les nuits d’une demoiselle (Je ne vous ai pas encore trouvé la version originale de Colette Renard, de 1963. N’empêche, quel beau lexique pour tout simplement balancer qu’elle se fait défoncer tous les soirs, et qu’en plus elle est célibataire. Jolie avancée sexuelle ^^)

- Mylène Farmer, Sans contrefaçon (Il arrive enfin que la femme soit joueuse avec son identité sexuée. Après tout, puisqu’elle a eu la révélation, elle est désormais libre…)

- Melissa Auf Der Maur, Taste you (Une femme tellement obsédée par son homme qu’elle propose de le goûter… Un bel exemple de sensualité révélée, ce qui peut s’avérer précieux pour un couple…)

Les hommes, maintenant !

Oui, les hommes aiment les femmes, mais parfois, c’est quelque peu n’importe quoi…

1. Ceux qui n’ont rien compris

Ils mettent pourtant plein de bonne volonté, mais non, une femme, pour eux, ça sert à faire la vaisselle, le ménage, mais surtout à se vider les ***. Ou alors, il ne faut pas trop qu’elles en demandent, hein…

- Booba, Baby (Spéciale dédicace à Maty… Mais c’est vrai que véhiculer une telle image de la femme est une tragédie qu’il faut enrayer très très vite. Et après, ils s’étonnent qu’on leur balance qu’On ne veut pas des mecs à petite bite…)

- Soldat Louis, Du rhum, des femmes (Toute la philosophie du marin : pas le temps d’avoir une femme, alors on essaie de ne pas penser aux sentiments et on considère qu’une femme est un trou qui sert à patienter en attendant de reprendre la mer… Youpi ! Et vive les marins bretons ^^)

- Julio Iglesias, Vous les femmes (Oui, j’estime que Julio n’a rien compris. C’est sévère, mais je me dis aussi qu’il y en a marre des dragueurs à deux balles qui n’aiment les femmes que parce qu’elles leur renvoient leur propre narcissisme…)

- Alphonse X Le Sage, Cantiques à sainte Marie – Rosa das rosas (Oui, la femme médiévale était passive, mais comme Julio Iglesias, pour faire passer la pilule et quand même valoriser la femme, on a inventé la littérature courtoise. Alphonse X le Sage, roi d’Aragon au XIIIe siècle, compose des poèmes pour la plus parfaite des femmes : la Vierge Marie. Oui, la littérature courtoise n’était pas vraiment pour la libération de la femme. Mais pour avoir entendu un poème de Guillaume d’Aquitaine par un prof à la voix éraillée – donc très sexy –, je peux vous assurer que ça faisait de l’effet…)

2. Les amoureux inconditionnels

Rhôôô faut les laisser faire, ils sont tellement mignons, bien que l’on sache que sous leurs aspects inoffensifs se cachent de dangereux briseurs de cœurs… Et parfois même, ils ont assez de sensibilité pour comprendre leurs sœurs-femelles.

- Jean-Jacques Goldman, Elle a fait un bébé toute seule (LA chanson phare du mec qui observe un peu paumé le nouveau statut de la mère dans les années 1980. Et ben qu’est-ce qu’il écrirait, Goldman, aujourd’hui…)

- John Lennon, Woman (So cute… Je crois que c’est la plus belle chanson écrite pour toutes les femmes du monde, de la working girl à la mère de 17 enfants. Il faudrait que toutes les femmes puissent l’écouter une fois par jour pour se remonter le moral, même si c’est de la soupe…)

- Julien Clerc, Femmes, je vous aime (La même chose que John Lennon, sauf que Juju rajoute dans le pathos et dans le soulignement des paradoxes des femmes. Et c’est vrai, ça peut énerver…)

- Jean Ferrat, La femme est l’avenir de l’homme (Pour finir, LE mec qui a tout compris. Certes, c’est old school, mais p***, rien qu’avec ça, Jean Ferrat redonne aux femmes l’espoir de trouver des hommes qui les comprennent dans leur lutte au quotidien…)

Même si les femmes s’expriment plus facilement en chansons à l’heure actuelle, il faudra encore beaucoup de temps pour que l’homme suive le mouvement… Allez, mesdames et messieurs, à vos stylos pour réinventer l’homme et la femme…

[deezer]http://www.deezer.com/#music/playlist/24574683/2140522[/deezer]

(cc) ♥starxdust

7 Responses to “Femmes, féminismes et féminophilie en musique…”

  • Très bonne liste. :) Pleins de bons (et mauvais) souvenirs…
    J’suis canadienne, et même par chez nous dans une p’tite ville du Nouveau-Brunswick on écoutait Soldat Louis?! Je les avais presque oublié. J’dois avouer aimer Du rhum, des femmes, mais plus pour le côté nostalgique… assez sexiste en effet!

  • Merci, septembre… Mais je suis bretonne d’origine, d’où la référence à Soldat Louis…

  • Désastreux dans quel sens, Madame Bovary ? o_O

    Sinon, dans les figures féminines de la littérature romantique, j’ai toujours été fascinée par Mathilde de la Mole…

  • @Shen-Te : Ma théorie sur Madame Bovary : En bon machiste, Flaubert la fait se suicider à la fin pour la faire culpabiliser de penser que son existence de femme soumise et bourgeoise était chiante et qu’elle a eu tort de vouloir s’en émanciper, ne serait-ce que pour avoir un amant.

  • c’est avec ça qu’il s’en est tiré à son procès, où on l’a accusé d’immoralité!
    comment, môa, immoral? Vous avez vu le sort que je lui réserve à la femme adultère?
    perso je pense surtout qu’il se foutait des juges…
    je crois que Mme Bovary n’a pas de chance… son problème n’est pas qu’elle prenne un amant, mais qu’elle vive à la campagne entourée de branques. ( et qu’elle même ne soit pas très…)

  • donc plutôt critique sociale générale. C’est vrai quoi! les seuls qui s’en tirent à bon frais dans ce livre sont les enfants!

  • article très enrichissant!! merci

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