Article sélectionné par MyaMya lors de la semaine de rédaction en chef
Je suis un peu gĂŞnĂ©e parce que j’adore Jean TeulĂ©. Je me fais un plaisir, Ă chaque Salon du livre, d’aller discuter un peu avec lui. A chaque fois, je repars avec son dernier opus, un joli dessin, son sourire et le mien.
Et puis, j’avais adorĂ© “Ă” Verlaine!“. Et puis, et puis, “Le Montespan” fait parti de ces livres avec lesquels on entretient une relation ambiguĂ« : Au moment de la lecture on se dit que finalement “bof!” et une fois fini, on est triste et on en redemande! J’ai bien mis un bon quart du livre tout de mĂŞme, Ă entrer dans l’histoire.
“Le Montespan”, c’est la biographie non autorisĂ©e du cocu le plus cĂ©lèbre de l’Histoire de France. Car, ce n’est pas cette fois-ci la cĂ©lĂ©brissime maĂ®tresse de Louis XIV qui est prĂ©sentĂ©e, mais son mari, homme dont l”infortune n’a eu d’Ă©gale que son opiniâtretĂ© Ă conserver son honneur. Ici, toutes les facettes du marivaudage, de la comĂ©die et de la tragĂ©die sont utilisĂ©es.
Il fallait la plume libĂ©rĂ©e et la verve de Jean TeulĂ© pour nous conter les aventures de ce mari trompĂ© qui osa, sa vie durant, dĂ©fier le Roi-Soleil. Face aux charmes lĂ©gendaires de sa cĂ©lèbre maĂ®tresse femme, le marquis oubliĂ© se pose en hĂ©ros dès le titre de l’ouvrage, soit le Montespan, un homme qui n’avait «qu’un seul dĂ©faut : l’amour tenace».
TeulĂ© nous fait aimer ce personnage, son panache, son cĂ´tĂ© revanchard. Bien qu’Ă l’Ă©poque, personne n’osait contredire le Roi, lui osait tout et le peuple Français en redemandait, comme aujourd’hui les lecteurs de la presse «people» : Tous voulaient savoir quelles Ă©taient les dernières frasques du mari trompĂ©. Molière le raillait, les chansonniers du Pont-Neuf se dĂ©lectaient de ses aventures Ă rebondissements qui finissaient irrĂ©mĂ©diablement par faire de l’ombre au Soleil. Car, Ă une Ă©poque oĂą tous les maris espĂ©raient que leur femme finisse un jour dans le lit du roi, lui fut bien le seul Ă se rĂ©volter, ne cessant jamais de harceler Louis XIV.
Tout en lui criait la rĂ©volte, de son Ă©tonnant carrosse drapĂ© de noir sur lequel il avait fait installer d’immenses cornes de cerf jusqu’Ă ses missives au roi, qu’il signa sans jamais se lasser: «Marquis de Montespan, Ă©poux sĂ©parĂ© quoique insĂ©parable». Dans une langue fort imagĂ©e, TeulĂ© recrĂ©e avec entrain les moeurs invraisemblables de la noblesse d’alors. Affreux, sales et mĂ©chants… qui dĂ©fèquent sans pudeur, trompent sans Ă©tats d’âme, trahissent sans vergogne, Ă l’image de leur maĂ®tre Ă tous, Louis XIV… Ces femmes qui se soulagent de leur pressante envie en public.
Le marquis cornu Louis Antoine de Montespan n’a rien d’un saint homme, mais sa rĂ©volte contre le fait du prince va peu Ă peu le transformer en quasi-rĂ©volutionnaire. Jean TeulĂ© est clairement du cĂ´tĂ© du pot de terre contre le pot de fer. Il pointe dans un humour constant l’ignominie des nobles.
Ce rĂ©cit n’est pourtant pas un roman historique ; L’auteur suit au plus près les alĂ©as de la vie des cĹ“urs et des sexes, ce n’est pas un roman d’amour ; Et ce n’est pas non plus une biographie. La rĂ©ussite du romancier est d’avoir su judicieusement insĂ©rer son imagination dans la rĂ©alitĂ©, en Ă©tant aussi fidèle Ă celle-ci que passionnant par celle-lĂ . Attention, les paroles sont quelques fois un peu crues…
A vous de voir…
En 1663, Louis-Henri de Montespan, jeune marquis dĂ©sargentĂ©, Ă©pouse la somptueuse Françoise « AthĂ©naĂŻs » de Rochechouart. Lorsque cette dernière accède Ă la charge de dame de compagnie de la reine, ses charmes ne tardent pas Ă Ă©blouir le monarque Ă qui nulle femme ne saurait rĂ©sister. D’Ă©poux comblĂ©, le Montespan devient alors la risĂ©e des courtisans. DĂ©sormais, et jusqu’Ă la fin de ses jours, il n’aura de cesse de braver l’autoritĂ© de Louis XIV et d’exiger de lui qu’il lui rende sa femme.
Lorsqu’il apprend son infortune conjugale, le marquis fait repeindre son carrosse en noir et orner le toit du vĂ©hicule d’Ă©normes ramures de cerf. La provocation fait scandale mais ne s’arrĂŞte pas lĂ . Le roi lui a pris sa femme, qu’Ă cela ne tienne : Il sĂ©duira la sienne. Une fois introduit dans la chambre de la reine, seule la laideur repoussante de celle-ci le fera renoncer Ă ses plans. Ă€ force d’impertinences rĂ©pĂ©tĂ©es, l’atypique, facĂ©tieux et très amoureux marquis Ă©chappera de justesse Ă une tentative d’assassinat, puis sera exilĂ© sur ses terres jusqu’Ă sa mort.
En ayant portĂ© haut son indignation, y compris auprès du pape, le marquis de Montespan fut l’une des premières figures historiques Ă oser contester la lĂ©gitimitĂ© de la monarchie absolue de droit divin. Il incarne Ă lui seul l’esprit rĂ©volutionnaire qui renversera un siècle plus tard l’Ancien RĂ©gime.
“Le Montespan” de Jean TeulĂ© - 20 euros - Ed. Julliard.
Prochaine lecture : “Une Gourmandise” de Muriel Barbery.
posté le 26/04/2009 | 410 vues | 3 commentaires | tags: Montespan Jean Teulé Louis XIV règne cour roi soleil lecture littérature
Ma cousine est une fondue de Jean TeulĂ© depuis qu’elle a lu « Darling ». Elle est en train de lire « Le Montespan » et elle apprĂ©cie…
Well well, je l’ai lu cette nuit (oui je suis un peu insomniaque, d’oĂą une fabuleuse collection d’ouvrages lus, pas lus, relus au grĂ© de mes envies). J’ai mis un peu de temps aussi…mais je l’ai lu d’une traite. J’ai trouvĂ© le ton juste, bien qu’actuel, je suppose que la rĂ©alitĂ© n’est pas si Ă©loignĂ©e.
J’ai adorĂ© le fait de dĂ©crire cette saletĂ©, ce qu’on ne montre jamais dans les films (l’allĂ©e du roi…etc), ces dents pourries, colmatĂ©es…etc parce qu’ils Ă©taient vraiment dĂ©gueu…et montrer Louis XIV sous son vrai jour aussi…je l’ai encore un peu plus dĂ©testĂ©! beurk, la scĂ©ne de la fellation^^ un bain dans sa vie!
J’ai eu un fou rire au passage oĂą le marquis rencontre Charles II, et comment il dĂ©crit son fils…
Bref, j’ai passĂ© une super nuit d’insomnie!roman historique qui nous entraine…moi ça me change des manuels! et bien sĂ»r, presqu’amoureuse du marquis! un gascon en plus!!
NB : Avant de commenter, rendez-vous sur la charte des commentaires
Vous devez vous identifier pour pouvoir laisser un commentaire.

Some kind of unreal music #27 Chroniquer quelques albums que la rédaction de Ladies Room m’a laissé le loisir d’écouter...
Some kind of unreal music #26 Voici donc les 5 sensations du printemps à l’essai. Alors oui, il y a beaucoup d’albums de vieux briscards...
Vente privée Fripesketchup Vous connaissez Fripesketchup ? La marque de vêtements, bijoux et accessoires Vintage...
Le couple, tout un concept. Je ne suis pas douée pour la vie à deux, je crois que ce n'est plus un secret pour vous. Je suis maladroite, chiante, un peu brute et j'en passe... Et il y a quelque chose qui me titille...
Nuits Fauves - le titre de Fauve, me trotte dans la tête depuis que je l'ai découvert. Subjuguée à chaque écoute par la violence, l'urgence de vivre et d'aimer qui émane de ces paroles. Ce titre fait écho au roman...
Du temps où Internet n’existait pas, quand il n’était pas possible de prouver dans la seconde la véracité de certains propos, toute rumeur devenait une information capitale. Les invasions vikings...
Le pire parfois, en catéchisme, ce sont ces laïcs dévoués qui s’offrent à former les enfants aux arcanes de la religion. Je me souviens d’une dame, la trentaine, habillée et coiffée...
Bang, bang ! Après les « Two mothers » indignes, voila les « Two Fathers » torturés. 2011 fut une année bénie : en France, Michaël Fassbender (Shame), Ryan Gosling (Drive)...
Manon a été troublée par ce contact physique inattendu. L’électricité transmise est remontée le long de son dos et n’était pas pour lui déplaire. Mais la morale lui interdit d’imaginer autre chose...
J’ai lu ce bouquin et j’ai eu beaucoup de mal Ă distinguer ce qui Ă©tait romancĂ© de ce qui tenait de la vĂ©ritĂ© historique.
Contrairement Ă toi, je suis rentrĂ©e de suite dans l’histoire. Les
phrases très “anachroniques” et crues m’ont plutĂ´t fait sourire et me portent Ă croire que la sociĂ©tĂ© d’aujourd’hui n’a finalement pas beaucoup plus Ă©voluĂ©…