Humeurs

Merci, la presse people…

Mon métier est de lire. Oui, je suis secrétaire éditoriale, et je dirais que 40% de mon travail consiste à lire et corriger des documents. J’en suis devenue myope et cela fait deux ans que je porte des lunettes à plein temps (outre l’hérédité : 95% des personnes de ma famille ont une prescription chez l’ophtalmo…).

 Le problème est que lire est devenu pour moi un vice. Je vais chez ma grand-mère, je me réfugie dans le Pèlerin magazine ou Paris-Match; Je vais chez Tiny, je saute sur Télérama et je vais même jusqu’à me réfugier une heure dans ses toilettes pour explorer sa bibliothèque. N’importe où que je sois, il faut que je lise.

 Je suis donc heureuse, depuis que je vis à Paris, de trouver la presse gratuite tous les matins. Et je ne jette jamais un journal : J’aime le principe de la lecture partagée. J’explique : Au lieu de jeter vulgairement un journal gratuit à la poubelle, je le laisse dans la rame de métro, comme ça, au moins, une autre personne en profitera. Je ne suis pas la seule à le faire, et j’aime le concept.

Vous me direz : il est dur de se décongestionner le cerveau après une journée de travail en lisant. Pas faux. C’est pourquoi les livres que je lis, la plupart du temps, sont soit très nuls (en témoigne le désastreux La souris bleue de Kate Atkinson, un polar anglais mal traduit à la narration éclatée), soit érotiques (pour me changer de la Bible toute la journée). J’aimerais relire du Umberto Eco, du Bernard Werber, mais mon cerveau ne répond plus de rien. Ou alors, en vacances.

Mais j’ai trouvé la solution : la presse people. Pour ceux qui vivent au fin fond d’une grotte afghane, la presse people, c’est l’équivalent français de ce que l’on appelle les tabloïds dans les pays anglo-saxons. Ce sont des magazines imprimés sur du papier de mauvaise qualité et qui racontent la vie des stars. Parfois, il y a également des témoignages de gens assez trash. Bref, un vrai bouillon de culture.

En France, nous avons quatre représentants de ce que l’on appelle la presse people.

  • Merci, la presse people…Le plus vieux, Voici, date de 1987. C’est encore le plus gros vendeur, avec plus de deux millions d’exemplaires. Leur spécialité sont les paparazzades et les procès au tribunal de Nanterre. Depuis 2007, avec humour, ils font étalage de leurs procès dans leur une en prenant en dérision les plaintes des stars prises dans leur intimité. Très instructif sur la grosse tête que peuvent avoir, à tort ou à raison, certains people.
  • Merci, la presse people…Ensuite est venu Public en 2001. Dans Public, tout est public : C’est donc un magazine qui fait le tour des soirées people et qui ne se risque pas trop à monter de paparazzades. C’est aussi le premier magazine qui a utilisé le Net pour faire la course aux rumeurs (ou en tout cas, à les citer). Il a aussi lancé la mode dans les magazines people des gros dossiers thématiques.
  • Merci, la presse people… Closer, apparu en 2002, est plus axé sur un modèle anglo-saxon. C’est normal, c’est la version française d’un tabloïd  anglais. Là, on retrouve des trucs assez trash : Des paparazzades montées de toutes pièces, des détournements d’images, et des témoignages à faire pleurer dans les chaumières. J’étais fan, maintenant je le suis nettement moins.
  • Merci, la presse people…Le petit dernier, Oops, a débarqué en 2006. C’est un bihebdomadaire qui prend le parti du 27e degré. D’où des commentaires quelque peu acerbes, des titres très très accrocheurs, et des thématiques sur les enfants des stars. C’est le plus proche de Voici, mais avec beaucoup plus de mordant. À l’époque de son lancement, j’ai beaucoup aimé la campagne de pub télé : l’histoire d’une star dans ses méfaits, et son agent lui dit avec l’accent italien : Arrêtes tes conneries, tu vas encore te retrouver dans Oops !

 

Évidemment, je ne parle pas des dinosaures, tels que Ici Paris ou France dimanche. Des trucs que lisaient mes grands-mères et qui, aujourd’hui, font dans le vraiment racoleur, avec des titres tels que Jean-Pierre Foucault menacé de mort ! ou Depardieu : la tragédie !, alors qu’il n’y a pas lieu de s’affoler.

Vous me direz : Mais comment une fille aussi intelligente que toi, Storia Giovanna, peut-elle lire ce genre de torchon ? Je vous répondrai : Mais comment des gens aussi intelligents que vous peuvent regarder Next sur Virgin 17 ? La presse people est évidemment néfaste au bon fonctionnement de l’intellect et ne permet pas de briller dans le cadre de dîners mondains. Je dirais même qu’il m’est fortement déconseillé de lire ce genre de magazines dans le milieu culturel où je gravite. Dans mon cas, il serait bon de les remplacer par Telerama, Danse, Théâtre ou bien même Les Inrockuptibles.

Mais la presse people a un énorme avantage : Celui de servir de catharsis. En effet, en paparazzant les happy few du monde de la musique, du cinéma et de la télé dans leurs gestes quotidiens, les paparazzi travaillant pour la presse people descendent de leur piédestal ces personnes que le commun des mortels a tendance à idolâtrer comme des demi-dieux. Alors qu’en vérité, ce sont des êtres humains et qu’il suffit finalement de peu de choses pour les rendre anonymes à tous. Par conséquent, en rabaissant les people, ce genre de magazine montrent que chaque geste du quotidien peut représenter quelque chose d’exceptionnel. Par conséquent, nos soucis nous paraissent moins conséquents. Les stars ont des soucis comme les autres quidams, mais cela ne les empêchent pas d’être des stars.

Cela peut aussi avoir des effets pervers. Certaines personnes ne doivent leur célébrité qu’à leur présence dans la presse people. Par conséquent, le modèle de réussite qu’ils renvoient est basé sur la vacuité. Certains lecteurs un peu pas très fute-fute pourraient se dire que “S’ils ont bâti leur célébrité sur rien, pourquoi pas moi ?” Cette dérive est née d’Internet, où des millions d’anonymes accèdent à la célébrité avec des concepts à la mord-moi le noeud… Mais là n’est pas le propos.

Bref, tant de vacuité détend. C’est tout ce que l’on demande à la presse people. C’est un peu plus instructif que la télé-poubelle, car au moins, la presse people demande un minimum de lecture. Ce qui suffit pour lire sur la plage l’été, sans pour autant se plonger dans l’intégrale de Spinoza pour en comprendre les tenants et les aboutissants.

Une autre caractéristique de la presse people est que ses propos ressemblent à des conversations de bureau. Que celle qui n’a jamais médit ou partagé des potins croustillants sur un collègue absent de la pièce jette le premier tas de purin devant Voici. En vérité, un magazine people, c’est une conversation de tous les jours, sauf que ce sont des stars. Et puis rien n’empêche aussi d’en discuter à la machine à café.

Bref, lénifiant, mais moins que la télé-poubelle, Merci la presse people !

9 Responses to “Merci, la presse people…”

  • Oh !!! Cette fois je suis fâchée :) Je te pardonne de ne pas baver devant Benjamin Siksou mais pas la vacherie que je viens de lire sur Kate Atkinson, que j’adore !!!
    ps : j’adore la presse people et j’assume…de toute façon, même les people en questions la lisent ! (enfin, du moins leurs avocats).

  • Et puis la presse people est un excellent moyen d’entretenir des relations sociales avec ses collègues de bureau qui ont toujours un avis sur le mariage battant de l’aile de Brad et Angie.
    Un vrai lien relationnel !

  • Mais c’est tout à fait cela, ma Brit ! La presse people crée autant de liens relationnels que les gossips sur Madame Michu de la compta…

  • Avatar de
    Petite_Bulle

    La presse people, je la dévore. A coup evidement de Public .. mais aussi de Gala. : D

  • tres bonne analyse du sujet storia! J’avoue avoir un gros faible pour Oups vraiment tres drole (j’adorais leur espece de roman photo avec les stars mais ils le font plus : ( )

    sinon la presse people ca y’est j’ai une fait une overdose complete! J’ai été en charge d’une revue de presse pendant 4 mois d’affillé et je me suis tapé chaque semaine 15 mag people a lire (feuilleter), ….et ya un moment ou j’ai craqué, j’en pouvais plus. C’est surtout les mags anglais qui sont responsable de ca…c’est vraiment que de la real tv, des faits divers abjectes (je couche avec mon grand pere, j’allaite mon chien..) des articles sur le poid des stars…j’ai arreté au moment ou jade goody etait mourante. Je pouvais plus continuer a avaler ces tonnes de merde chaque semaine sous peine de devenir completement folle.
    donc voila je vous met au defi de lire ces trucs toutes les semaines (meme rien que les 4 mag francais + le gala journal officiel de rachida, cecilia, carla…) pendant quelques mois et vous allez voir a quel point ca grignote les neuronnes et le moral tellement que c’est mal ecrit, superficiel, racoleur…enfin bref voila j’ai eu ma dose là

  • Évidemment, mypaw, mais il faut aussi se faire un posologie raisonnable de presse people, sinon, évidemment, c’est indigeste. À côté, je lis aussi Télérama, Les Inrockuptibles, Rock & Folk et Cosmopolitan (oui, désolée…)

  • @Storia : tu lis la presse people, tu l’as lit ! Pas la peine de justifier que tu es une intello ^^^
    Bon, c’est pas tout, mais j’ai un super bouquin à finir de Kant.

  • Mon dieu, mais quelle erreur grammaticale !!! J’ai honte. Bon je refais ma phrase : “Tu lis la presse people, tu la lis !”
    C’est mieux ?

  • Voilà, Brit, c’est beaucoup mieux ^^

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