Les caractères sexuels secondaires : Quand on lit ce titre, on se demande si ce n’est pas l’un de ces bouquins sur les relations homme/femme qu’on trouve au rayon « psycho-bazar » de la Fnac. Et puis on voit qu’il s’agit du dernier roman de Tania de Montaigne, la suite de son prĂ©cĂ©dent opus, “Tokyo, c’est loin” (que vous n’êtes absolument pas obligĂ©s de lire pour comprendre l’histoire).
Les caractères sexuels secondaires, ce sont toutes ces petites choses qui font qu’on rentre bien dans la case « femme » ou « homme », elle-même désignée à la naissance par le simple fait de notre caractère sexuel primaire, à savoir tout simplement d’être né fille ou garçon. Et c’est bien ça qui préoccupe l’héroïne du roman : De retour d’un périple sur les traces de son père au Japon, quittée par son mari, elle retourne chez sa mère, la veille de Noël, et accessoirement, le jour de son anniversaire.
De l’aéroport à l’arrivée dans le bâtiment – où elle reste coincée dans l’ascenseur, entre le 11eme et le 12eme étage -, elle se demande si elle va bien, malgré les circonstances. Elle se questionne aussi, pleine d’ironie, sur la marche à suivre pour devenir une « femme comme tout le monde » à qui tout réussi, celle toujours polie et impeccable, qui cuisine à l’improviste un dîner raffiné pour 10 personnes avec les restes du frigo en un clignement de cil - impeccablement mascarisé, le cil - et qui a les cheveux qui bougent, contrairement à elle.
Le roman est présenté sous forme d’un abécédaire de A(ller bien) à Z(éro), bien pensé, bien rangé, et truffé de détails scientifiques super cartésiens, en total contradiction avec l’état d’esprit de l’héroïne qui semble complètement perdue. «J’ai vingt-trois paires de chromosomes, trois cents millions d’alvéoles, 2,4 millions de bactéries par centimètre carré sous chaque aisselle[…] J’ai cinq millions de poils mais aucun sur les lèvres, la paume des mains ou la plante des pieds[…] J’ai 18 kilos de masse grasse, un ph général de 7,4. Je vais bien ? »
Coincée entre deux âges, entre deux étages, entre deux pays, notre héroïne est bel et bien en transition, oscille entre le rêve de ressembler à ces stéréotypes de papier glacé pour qui tout semble si simple et l’affrontement de la réalité beaucoup plus imparfaite. Tout en se remémorant son cheminement, elle va devoir accepter que dans la vie, être une femme (tout comme un homme, d’ailleurs) ne vas pas sans couacs, tout ça sous les yeux de plusieurs personnages, aussi loufoques que touchants.
Bien loin d’être de la chick-lit creuse, ce roman très féminin est écrit d’une façon moderne et originale, avec beaucoup d’ironie, des passages à pouffer de rire, des digressions délicieuses, et des morceaux d’enfance très tendres. C’est une vrai petite bouffée d’oxygène qui invite à ne pas se prendre la tête dans cette vie où ce qui doit arriver arrive et qui est, de toute manière, la plupart du temps absurde…
posté le 06/04/2009 | 508 vues | aucun commentaire | tags: caractères sexuels secondaires rencontre littéraire tania de montaigne drôle féminin livre bouquin Culture | une personne a aimé
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