Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

25. mai 2012

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magenta

Lecture de « Et que morts s’ensuivent » de Marc Villemain, Le Seuil..

Voici donc ma première critique littéraire que je poste sur Ladies Room. Je viens faire un peu de concurrence à Mam’zelle !

marc-villemain.jpgIl s’agit d’un recueil de nouvelles. Et oui, les recueils de nouvelles sont très tendance en ce moment. Chaque écrivain un peu confirmé (= au moins 2 ou 3 romans) se doit de sortir son recueil. (cf. Jean-Baptiste Gendarme, Le temps qu’il faudra, Vincent Delecroix, La chaussure sur le toit, Claire Castillon, Insectes…)
Mais qui dit nouvelles dit bien-sûr une thématique, un fil d’Ariane, bref, une unité ! On ne va pas noyer son lecteur sous un tas d’histoires hétéroclites. Non, ce serait trop simple et ce qui réunit ces nouvelles de Marc Villemain c’est la mort –souvent brutale- de ses protagonistes.

La mort y est personnifiée par une femme, la figure de Géraldine Bouvier, dont on finit par guetter, redouter la présence à chaque nouvelle en se demandant constamment sous quels traits se manifestera-t-elle cette fois : mère de famille, infirmière, sœur ? Car celles qui sont sensées donner la vie, remettre d’aplomb, guérir, ont toujours un double visage, despotique, violent…
Telle cette infirmière, qui s’attache à son jeune malade jusqu’à en oublier sa propre dépression et finit par ne pas supporter de le voir guérir. Ce qui signifie de le voir lui échapper. Quand lui ne parvient plus à réprimer « le trépignement de la vie qui piaffe et qui s’affaire ».

Car sous couvert de parler de la mort, on parle ici plutôt de la vie bien-sûr, et de l’amour, ou plutôt de son impossibilité. Et la mort ne vient souvent que dans l’unique but d’entériner ce constat.
Les femmes entre elles ? Elles s’entretuent, telles ces deux amies d’enfance, tellement similaires qu’on jurerait «  des jumelles stellaires », mais qui ne supportent pas de se voir l’une dans l’autre comme dans un miroir.

Les hommes et les femmes ? Lorsqu’ils s’aiment, c’est dans la fusion. Jusqu’à s’échanger leurs souffrances et reprendre à leur compte les problématiques de l’autre, comme Lisa Cornwell, l’égérie mécène de l’art contemporain, qui le temps d’un enlèvement épouse les idées révolutionnaires de son kidnappeur alors que lui-même réalise qu’il n’aurait finalement aspiré qu’à partager avec elle une existence bourgeoise.

La famille ? Les pères violent leurs enfants, et quand ceux-ci s’en vengent, cela devient un jeu d’enfant, cruel et drolatique. Quand la fille ne mange pas tout bonnement sa mère et « emporte avec elle les restes de celle qui, ce soir encore, l’avait aidée à grandir ». Pourtant, l’enfance et son émerveillement restent « le lieu de l’unique et éphémère territoire d’une métaphysique d’avant l’ordre social « […] « la dernière trace d’un bonheur sans écueil ni mémoire ».

Mais quand l’adulte s’essaie à retrouver son enfance, c’est à nouveau la mort qui le remet à sa place. Et que morts s’ensuivent… La chute n’est pas toujours là où on l’attend, mais parfois dans la partie annexe « Exposition des corps », où sont déclinées l’identité et la biographie de chaque victime. La mort a-t-elle jamais été plus à la mode ?

Alors que les philosophes nous expliquent qu’on ne peut rien connaître de la mort hormis ses rites, que les artistes exhibent l’anatomie de cadavres écorchés (exposition itinérante Our Body, actuellement à Paris), l’écrivain nous rappelle que la mort est partout : Dans l’emprise mortifère d’une mère, dans les remarques assassines d’une critique aigrie, ou dans l’amour sensuel d’un père pour sa fille. Un seul lui échappera, Matthieu Vilmin, double de l’écrivain, qui dans une nouvelle qu’il dédie pourtant à sa mère, se dit «  qu’à dix-huit ans, on est fabriqué pour le soleil et pour la lune, pour les anges et pour les filles… » 

Et que morts s’ensuivent, Marc Villemain, Le Seuil

 

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Merci pour cet article Magenta!! :) Et tu peux me faire toute la concurrence que tu veux, tu es plutôt bien placée pour ca (teasing teasing!!


 

Merci de ta magnamité Mam’zelle! ( ça se dit ça?!). Ton accueil chaleureux me réjouit, mais oui, chut, teasing…

Ceci dit, je vous conseille vraiment de lire ce recueil !


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