(Précédemment: Orgasme métropolitain, La Garçonnière.)
Je n’ai toujours pas osé raconter ce qu’il m’arrive à Muriel… c’est pourtant ma meilleure amie mais nous ne parlons pas de notre sexualité : nous avons tout juste évoqué une fois, après une soirée un peu arrosée, nos premières fois respectives.
Je ne me reconnais pas dans ce laisser-aller sexuel : j’ai donné ma jouissance à un parfait inconnu… Je me rends compte de mon inconscience : je ne connais même pas son prénom ! Et pourtant toujours cette même attirance pour ce que me procure cet homme.
Je revis une partie de mon adolescence quand, amoureuse pour la première fois, j’attendais fiévreuse LE coup de fil de mon petit copain qui m’avait promis de m’appeler au cours du week-end mais qui n’en faisait rien. A l’époque, j’avais interdit à tous les membres de ma famille de s’approcher, ne serait-ce d’un mètre, du combiné gris… là mon attente s’est modernisée : j’ai partout avec moi ce portable qu’il m’a laissé. Je le regarde toutes les deux à cinq minutes… dès fois que je ne l’entende pas sonner. Mais rien, pas d’appel, pas de messages.
Une semaine se passe : c’est très long une semaine quand on attend quelque chose qui ne se manifeste pas.
Je me traite de tous les noms, j’essaye de me ressaisir, de l’ignorer mais je n’y arrive pas. Je suis magnétisée, vissée à ce téléphone mobile…
Mon inconnu joue avec mes nerfs : ça m’agace, c’est comme quand on a décidé d’arrêter de fumer et qu’il reste juste une clope dans le paquet… On se dit non, je n’y toucherai pas/je ne regarderai pas le téléphone… et puis on cède à l’envie.
La deuxième semaine est déjà bien entamée : je me suis contrainte à laisser le portable au fond de mon sac et à ne le sortir QUE cinq minutes avant les repas.
Ce soir je dîne chez mes parents, je n’ai pas eu le temps de jeter un coup d’œil sur l’objet de mon supplice… je suis nerveuse, mes parents le ressentent et ma mère ne peut pas s’empêcher de glisser entre l’entrée et le plat :
-« Toi, ma chérie tu as un homme dans ta vie en ce moment ! ».
C’est bien ma mère : un sixième sens féminin… mais je ne peux rien partager avec elle : elle ne comprendrait pas mon attirance mystérieuse pour un parfait inconnu.
Je réponds par un :
-« Maman ! Il n’y a pas que les hommes qui donnent du tracas ! ». Je sais qu’avec cette réponse, elle n’ira pas plus loin et changera de sujet.
Avant le dessert, je n’y tiens plus. Je prétexte d’aller aux toilettes pour vérifier.
Une petite enveloppe clignote sur l’écran miniature : j’ai un message ! Enfin ! C’est un sms :
« RDV demain 18h30 L’express bleu/gare de Lyon ».
J’allai revoir mon inconnu ! Si je puis dire : j’en salive d’avance ! Je reviens à table de meilleure humeur !
La nuit qui suit est courte, pleine de rêves troublants. Au réveil, je ne connais plus la limite entre le réel et le rêve.
En fin de matinée, j’ai un nouveau message, vocal cette fois-ci. La voix mécanique du répondeur m’annonce :
- « Vous avez un nouveau message. Aujourd’hui à onze heure dix-sept.
- Bonjour Mademoiselle ; c’est lui… ça ne peut être que lui de toutes façons… aussitôt mon corps est en émoi ; pour notre rendez-vous de ce soir, vous vous vêtirez de bas noirs et d’un trench. Vous vous chausserez d’escarpins et porterez un collier à sautoir. C’est tout, pas de sac, pas d’accessoires, pas d’artifices non plus. ».
Je suis tellement contente d’entendre sa voix que je ne réalise pas tout de suite ce qu’il me demande de faire… Ce n’est qu’à la deuxième écoute que je comprends qu’il veut que je vienne presque nue à notre rencontre.
Je me dis que je pourrais tricher et me changer dans les toilettes du café mais il me précise bien de ne pas prendre de sac… et puis je ne peux pas le décevoir, ni lui mentir. Moi qui ai horreur que l’on me dise quoi faire, je ne veux pas lui résister : j’irai comme il me le demande.
Je n’ai pas le courage de prendre les transports en commun, je me suis réfugiée dans un taxi pour faire le trajet… je me pelotonne à l’arrière du véhicule, serrant mes jambes au maximum et tenant le col de l’imperméable pour ne rien laisser paraître.
Cette fois, je suis à l’heure, même un peu en avance.
Je paie ma course et m’engouffre dans le hall de la gare. C’est le début des vacances scolaires, il y a bien évidemment plein de voyageurs sur le départ.
Je regarde à la terrasse du café, sous les palmiers, il n’est pas là . J’entre dans la salle, serrant toujours le col de mon manteau et marchant à petits pas pour ne pas découvrir mes jambes par l’ouverture des pans de tissu.
Je ne le vois pas… sa façon de jouer à cache-cache quand on doit se retrouver m’agace un peu, je suis joueuse mais je n’aime pas que l’on se joue de moi.
Le portable vibre dans ma poche : un sms.
« Montez, Big Ben Bar,étage supérieur. »
Je ressors du café. J’aimerai monter quatre à quatre ces marches pour le retrouver mais je les gravis les jambes encore plus serrées qu’auparavant : j’ai peur que des regards indiscrets se glissent sous mon vêtement.
J’entre et le vois confortablement installé dans un des clubs en cuir du bar.
Il se lève pour m’accueillir, me sourit et me susurre :
-« Vous êtes ravissante, petite tricheuse… j’avais dit aucun accessoire… vous avez tout de même pris le téléphone, il va falloir vous faire pardonner. »
Je m’apprête à lui faire des excuses mais il m’interrompt en appuyant son pouce sur mes lèvres…ce contact me trouble, m’électrise.
-« Asseyez vous, j’ai déjà commandé. ».
Nous voilà assis l’un face à l’autre. Je baisse les yeux quand il pose son regard dans le mien. Je suis intimidée, je n’ose pas parler.
- « Détendez-vous Mademoiselle, finit-il par me dire après cinq bonnes minutes de silence, je suis le seul à savoir que vous êtes nue : le peu de gens qui nous ont remarqué ne voient en vous qu’une délicieuse jeune femme qui a un rendez-vous galant. ».
Le serveur nous apporte deux verres dans celui qu’il me tend s’entrechoquent mollement deux olives. Mon inconnu m’invite à trinquer. En portant le verre à mes lèvres, je reconnais l’odeur suave du Créole Crème. Je suis tentée de le boire cul sec afin de me donner un peu plus d’assurance mais je me retiens.
Comme si il lisait dans mes pensées, il me dit :
-« Pourquoi nous donner une identité ? Je pourrais vous donner n’importe quel prénom, vous ne sauriez pas si c’est le vrai ou un pseudonyme… Et puis la magie de notre rencontre a besoin de conserver sa part de mystère. »
J’approuve par un dodelinement de la tête.
Il continue à parler comme un conférencier sauf qu’il ne parle pas d’un sujet particulier : je bois ses paroles. Quand soudain alors qu’il rebondit entre la pluie et le beau temps, il me dit :
- « Montrez-moi vos seins. »
J’hésite un peu puis ouvre un peu mon col, dévoilant mon décolleté dans lequel plonge le collier à sautoir.
-« Tut, tut, mieux que ça, dit-il sur un ton autoritaire… je veux les voir en entier. »
Je jette un coup d’œil sur nos voisins ; personne ne prête attention à personne. Je me lance et ouvre en grand le haut de mon imperméable.
- « Haa, voilà qui est mieux. ».
C’est alors que le serveur arrive à notre hauteur :
- « Tout se passe bien ? Tout est à votre convenance ? ».
D’un geste brusque, manquant complètement de discrétion, je referme mon imperméable… Arrivant dans mon dos, je ne l’avais pas vu venir.
- « Nous reprendrons la même chose, lui répond mon inconnu. ».
Ils échangent un sourire qui me semble convenu… je sens mes joues rougir.
A peine le garçon partit vers le bar que Mister Joy (c’est ainsi que j’ai décidé de le surnommer) me lance l’air de rien :
- « Montrez-moi votre cul à présent. ».
Ă suivre…
credit photo: Jessie Romaneix via Flickr
posté le 25/03/2009 | 10761 vues | 11 commentaires | tags: sexe/inconnu/exhibition | 2 ont aimé
Je ne veux pas pousser à la polémique, juste mettre quelques mots sur un malaise, qui ne tient pas entièrement à toi, Lolipop.
Je suis ton “feuilleton” depuis le dĂ©but, Ă©tant une grande consommatrice du mĂ©tro, j’ai adorĂ© la mise en scène de tes fantasmes ou de tes souvenirs… (?) C’est bien Ă©crit, on se laisse emporter.
Mais (le voilĂ donc ce vilain mot), j’ai de plus en plus de mal Ă accepter que les dĂ©sirs fĂ©minins se vivent dans la passivitĂ©, la naĂŻvetĂ©, la soumission. C’est vrai que du haut de mon grand âge, je vais peut-ĂŞtre me la pĂ©ter un peu, mais le fantasme de “l’initiation” est Ă mon gout très machiste. La plupart des grands succès littĂ©raires et/ou cinĂ©matographiques, mĂŞme artistiquement rĂ©ussis, sont basĂ©s sur cette vision surannĂ©e de la sexualitĂ© : Histoire d’O, Emmanuelle, Lady Chatterley…
Heureusement plus recemment : Linda Fiorentino dans “Last seduction” mais on tombe tout de suite dans le travers inverse, la femme ultra dominatrice et donc manipulatrice. Enfin, moi, j’ai adorĂ© la dĂ©tester ;)
J’ai bien sur vĂ©cu aussi cette pĂ©riode, mais “grâce” Ă mon expĂ©rience, j’ai pris une bonne confiance en moi dans ma sexualitĂ© (mais juste lĂ ) et j’aime mener le jeu Ă mon tour, ce qui est le cas de plus en plus de femmes Ă mon humble avis…D’ailleurs, notre partenaire “secondsexe.com” a instituĂ© un super “cadavre exquis” avec des escort boys, “Hommes Ă louer”, qui me mets bien en joie ;)
En résumé, vivement la suite de tes écrits, quand tu sortiras ton martinet ou ton fouet ;)
en mĂŞme temps on va pas modifier nos fantasmes parce que ça n’est pas fĂ©ministement correct…
@Druuna : ChĂ©rie, quand mĂŞme ! MĂŞme si on est fĂ©ministe, on a bien le droit de temps en temps Ă se soumettre Ă un homme, si ça nous excite ! Je me rappelle d’ailleurs la première entrevue dans le mĂ©tro avec mon alter ego sexuel. Nous ne nous Ă©tions jamais vus, mais combien de fois nous avions joui ensemble au tĂ©lĂ©phone… :p. Heureusement, je portais une petite robe noire avec des bas. Juste avant de partir du boulot, pouf, j’enlève mon string.
Je le retrouve donc Ă notre point de RV dans le mĂ©tro… Malheureusement, le chemin Ă©tait très court, mais je lui ai juste fait sentir que je n’avais pas de string… C’est tout. C’est aussi lui qui m’a emmenĂ©e en boĂ®te libertine, mais un peu plus tard… Bref, j’ai Ă©tĂ© très heureuse d’avoir eu un initiateur, parce que c’est grâce Ă lui que j’ai pu envisager une sexualitĂ© Ă©panouie dans une histoire d’amour…
@Druuna75, tu as tout Ă fait raison Mais (moi aussi je l’utilise) ta sexualitĂ© n’est pas la mienne et la mienne n’est pas celle des autres.. ;-)
@Storia, merci tu dis ce que je pense:
“MĂŞme si on est fĂ©ministe, on a bien le droit de temps en temps Ă se soumettre Ă un homme, si ça nous excite!”
je suis d’accord ĂŞtre soumise fait partie d’un jeu très excitant
J’ai des commentaires de retard Ă ce que je vois, pas pu me connecter ce week-end : alors, les filles (@Storia et @Gimmishoes), oĂą est-ce que vous voyez marquĂ© “FEMINISME” dans mon com’ ?????????
Je ne crois pas non plus parler pas de “fĂ©ministement correct”, puisque qu’au contraire, je revendique juste une fĂ©minitĂ© plus “active”.
Bien sur que je me me “soumets” (parfois) Ă un homme, je n’ai d’ailleurs jamais niĂ© aimer ça, et je n’institue pas ma sexualitĂ© comme une norme ou comme supĂ©rieure Ă une autre @lolipop. Je faisais juste un apartĂ©…
D’ailleurs, j’aime aussi les fantasmes de gang-bang, de viol, de nature (vivement le retour du beau temps ;), c’est moins glamour, mais ça n’empĂŞche que j’aime quand mĂŞme ton texte…
ArrĂŞter de me tomber dessus alors… :p
J’ai d’ailleurs vu un documentaire ce week-end sur Paris Première sur Just Jaeckin, ancien pubard, rĂ©alisateur en son temps, des cĂ©lĂ©brissimes “Emmanuelle”, “Histoire d’O”, “Madame Claude”, “Gwendoline”, “L’amant de Lady Chatterley”, il les a tous fait :
c’est vrai que l’Ă©rotisme y est dĂ©licieux, mais un rien surannĂ© et kitsh pour certains, avec ses vouvoiements, ses hommes mystĂ©rieux, ses appartements et dĂ©cors bourgeois.
Just(e) que je prĂ©fère Virginie Despentes…
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