Les nouvelles depuis l’hiver dernier n’étaient pas bonnes : les maux qui font peur hosto, chimio, cancer.
La minceur, la calvitie et surtout le regard des autres, de ceux de tous ceux qui vous pensent mort. Déjà . Par peur d’envisager leur propre mort et sans doute parce qu’ils y voient là le châtiment divin d’une vie d’artiste, comme si la maladie avait une morale, comme si il y avait un prix à payer !
Et ce simplement parce que timide vous mélangez un peu les mots, parce que votre geste fatigué est moins assuré qu’auparavant que déjà  l’on vous enterre.
Pour avoir flirté avec la chose je savais que l’absence d’opération n’était pas forcement bon signe .
Et cette tournée incroyable que pouvait elle évoquer d’autre que le chant du cygne ?
Mais à quoi bon être en vie si l’on ne croit pas au miracle .
Et des miracles, il y en a. Parfois.
Bref Bashung était vivant : le même à Saint germain en Laye en octobre dernier qu’il y a 25 ans. Le même sur scène et ce n’était pas rien. Je ne voyais que cela. La moindre allusion à sa santé jusqu’aux Victoires de la Musique m’était totalement insupportable. Moi j’y croyais, je le voyais vivre l’Alain , mon Alain. Et je ne m’excuserais pas auprès de tous ceux que j’ai pu envoyer chier…
Alors j’en veux énormément à Bashung, particulièrement en ce début d’après midi où j’ai coupé la radio au moment même où la speakerine allait évoquer les funérailles, les « amis », le poète, le manque.
Je lui en veux parce que comme jamais j’accuse le coup, parce qu’au Bataclan il faisait pleurer mes copines, parce qu’un seul geste de sa main était plus signifiant que n’importe quel mot, parce que son incroyable prestance bouleversait celle qui me tenait lors du dernier concert.
J’en veux à Bashung d’avoir été le meilleur rocker français sans que personne ne s’en aperçoive : la discrétion pour grâce.
Et avec lui un morceau de moi s’est envolé. Oh bien sûr on peut penser que j’exagère, mais parfois un petit bout, juste un tout petit bout est suffisant pour vous rappelez que l’on ne revient jamais en arrière.
Dandy timide, rocker discret, lien élégant entre Drucker et l’Elysée Montmartre, entre Biz et underground, Alain Bashung était sans doute aucun le dernier de l’espèce.
Et aujourd’hui il nous laisse seul.
Désespérément.
« Et pour sa voix, lointaine et calme et grave, elle a l’inflexion des voix chères qui se sont tues »Â
posté le 21/03/2009 | 700 vues | 1 commentaire | tags: Bashung rip chanteur disparition hommage
NB : Avant de commenter, rendez-vous sur la charte des commentaires
Vous devez vous identifier pour pouvoir laisser un commentaire.

Des filles et des talents Troisième jour de rédac' chef pour Laurie et encore une sélection de textes aussi inspirés et émouvants les uns que les autres.
Some kind of unreal music #17 : Nécrologies Petit retour sur les carrières de deux figures emblématique de la musique.
Doc BBC #18 : Boenbotte, un ami qui nous veut du bien… Docteur Britbrit Chérie remonte les bretelles d'une Lady et vole à la rescousse de Boenbotte !
Je me dois de vous prévenir : alors je vous préviens, perdre l’un de ses meilleurs amis n’est pas une sinécure, si un jour on vous en donne l’opportunité, refusez immédiatement et faites de votre possible pour éviter toute...
« On ne badine pas avec l'Amour » d'Alfred de Musset. Alors voilà . Je vais vous parler du XIXème siècle. D’une pièce de théâtre qui commence comme une gentille bluette et qui finit en tragédie. On était pourtant...
Depuis plusieurs jours je m’installe à une terrasse et je regarde une grand-mère avec sa petite-fille… La grand-mère doit avoir la cinquantaine, elle semble jeune et dynamique, elle admire sa petite-fille qui doit avoir entre six...
La fille est debout devant le miroir, elle est en culotte, les cheveux en bataille, le dos un peu voûté, l'air misérable. Elle doit avoir dans les 25 ans, et voilà dix minutes que debout devant...
« J’ai parfois envie de vous dire tant de choses. » Mais par où commencer ? Là est la question. « Est-ce que je vous parle de la pluie et du beau temps ? Du dernier navet vu au cinéma ? Peut-être pourrais-je commencer par vous parler…
Depuis quelques temps, je me laisse aller sur le plan alimentaire. J’ai bien conscience que faire des apéros en grignotant des tas de cochonneries trois fois par semaine (minimum...) n’est...
“Dandy timide, rocker discret, lien Ă©lĂ©gant entre Drucker et l’ElysĂ©e Montmartre, entre Biz et underground, Alain Bashung Ă©tait sans doute aucun le dernier de l’espèce.”
je suis entièrement d’accord avec toi, je trouve que mĂŞme johnny halliday ne lui arrivais pas Ă la cheville parce que bashung faut le dire il Ă©tait quand mĂŞme modeste et n’a jamais pris la grosse tĂŞte lui. Ses chansons et ses jeux de mots Ă©taient vraiment originaux , on a perdu un grand homme mais tu lui fais un bel hommage.